JUGEMENTS, ETC
qu'il signifie passagers, voyageurs, vagabundi ; en ce sens il s'appliquerait parfaitement à des hérétiques judaïsants, allant, comme jadis les Juifs , de lieu en lieu , n'ayant pas d'habitation fixe.
La loi déjà plusieurs fois mentionnée de Frédéric II nomme encore plusieurs sectes , dont , faute de données historiques , il nous est impossible de déterminer le caractère; ce sont les Joseppini , les Francisci , les Warini, les hérétiques de aquà nujrà. Les Ortlibenses sont une fraction des Frères du libre esprit ; quant aux autres noms qui figurent dans ladite loi, nous avons essayé de les expliquer dans le cours du présent ouvrage.
NOTE DOUZIÈME
JUGEMENTS DE DEUX HISTORIENS CATHOLIQUES SUR LA CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.
Selon Benoist (II, 62) la croisade a été «la cause du monde la plus juste; » elle a été à la fois «un projet nécessaire et avantageux à l'Église, et un moyen juste et infaillible pour les rois de France de réunir à leur couronne ces provinces partagées en autant de petits souverains qu'il y avait de comtes, qu'un esprit de fraction et de cabale en avaient séparées, pour les rendre héréditaires à leurs successeurs, quoiqu'originairement elles fussent amovibles et passagères. » Si les hérétiques osent taxer cela de violence et d'injustice, «il est encore beaucoup plus violent et plus injuste d'opprimer l'Église et de conspirer contre l'État monarchique et de se soustraire à la domination des légitimes souverains.»
Fleury en juge autrement. Dans son quatrième discours sur l'Histoire ecclésiastique (t. XVI, p. 24) il dit : «Quand je vois les éveques et les abbés de Cîteaux à la tête de ces armées qui faisaient un si grand carnage des hérétiques, comme à la prise de Béziers; quand je vois l'abbé de Citeaux désirer la mort des hérétiques de Minerbe, quoiqu'il n'osât les y condamner ouvertement, parce qu'il était moine et prêtre , et les croisés brûler ces malheureux avec grande joie , comme dit le moine de Vaux-Cernay en plusieurs endroits de son histoire, en tout cela je ne reconnais plus l'esprit de l'Église.»
Il faut remarquer ici que Benoist a été un jésuite , et que l'ouvrage de Fleury a été mis à l'index par l'Église de Rome.