‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois (volume 2)Chapitre 62 sur 64 · SUR LES CAGOTS · texte numérisé non relu

SUR LES CAGOTS

Ce n'est pas une hypothèse nouvelle quand nous prétendons que les Cagots descendent des Albigeois. Plusieurs auteurs anciens et modernes leur ont assigné cette origine, mais sans l'expliquer. Nous pensons que ce que nous avons dit sur les pénitents cathares , reud notre opinion fort vraisem-

blable. Dans une requête adressée à Léon X, en 1514, les Cagots de la Haute-Navarre disent eux-mêmes que leurs ancêtres avaient été Albigeois , partisans du comte Raymond de Toulouse : ...ex quo quôd dudum majores et progenitores adhœserunt cuidam comiti Raymundo de Tolosa, qui alias quandam rebellionem fecisse dicitur Ecclesiœ Romance, per tune Remanum Pontificem a gremio S. Matris Ecclesiœ segregati dicebantur (Fr. Michel, II, 220). Dans son ouvrage fort remarquable, M. Fr. Michel se prononce contre cette origine des Cagots (I, 283), mais par des raisons qui ne nous paraissent pas suffisantes ; il dit que les Cagots ont été plus anciens que les Albigeois , et pour le prouver il cite P. de Marca , qui dit (p. 75) : « Les Albigeois commencèrent à paroistre en Languedoc environ l'année 1180, et furent ruinés l'an 1215, et néantmoins les Cagots estaient reconnus sous le nom de Chrestiens, dès l'an 1000, ainsi qu'on remarque dans le Cartulaire de l'abbaye de Luc ; et l'ancien For de Navarre, qui fut compilé l'an 1074, fait mention de ces gens sous le nom de Gaffos.» Quant a ce dernier fait, M. Fr. Michel prouve lui-même (1, 174) que c'est une erreur, les Gaffos n'ayant été que des lépreux. Dans le passage du Cartulaire de Luc (I, 4 73) il est parlé de la maison d'un chrétien cédée à cette abbaye. Mais rien du tout ne nous force à admettre que par ce chrétien il faille entendre un Cagot, attendu que le nom de Crestiaas donné à ceux-ci ne paraît que beaucoup plus tard. Nous n'insistons pas sur la double erreur de De Marca, que les Albigeois ne se sont montrés que depuis 1180 et ont été exterminés en 1215. M. Fr. Michel ajoute que si la tradition rattachant les Cagots aux Albigeois eût été exacte , elle eût régné de préférence dans les lieux qui avaient été le théâtre de la croisade. «Or, dit-il, nous ne savons pas qu'il en ait été ainsi.» Mais la tradition peut s'être perdue de bonne heure; au moins les documents, s'il y en a eu, n'existent plus. Sans la requête des Cagots navarrais à Léon X, on ne saurait pas non plus que la tradition s'était conservée chez eux jusqu'au seizième siècle.

PRINCIPAUX OUVRAGES SUR L'iNQUISITION .

Le recueil le plus complet sur la législation et la jurisprudence contre les hérétiques, est celui de Nicolas Eymericus, intitulé Directorium inquisitorum.

Le dominicain Nicolas Eymerici , né à Girona en Catalogne , a été inquisiteur en Aragon et en Catalogne, depuis 1358. S'étant rendu à la

cour de Grégoire XI à Avignon , il fut élevé par ce pape a la dignité de chapelain de sa maison; il mourut a Girona en 1393. 11 a écrit différents ouvrages, sur la physique et la logique, des commentaires sur les Évangiles, des sermons, un traité sur le schisme ; tout cela encore manuscrit.

En 1378, sur l'ordre de Clément VII, il écrivit à Avignon son Manuel pour les inquisiteurs. C'est une compilation tirée des décrétales des papes, des lois des empereurs , des canons des conciles , des privilèges accordés aux inquisiteurs, etc., sur tout ce qui concerne l'exercice de l'inquisition. Dans la première partie il donne une espèce d'exposition de la foi orthodoxe, afin que l'on sache bien en distinguer l'hérésie. Dans la seconde il réunit les documents pontificaux concernant les hérétiques , et donne les caractères et les doctrines des principales hérésies. La troisième partie enfin contient les instructions les plus détaillées sur l'exercice des fonctions d'inquisiteur, sur les procédures, les témoins, les punitions, sur les qualités et les privilèges des inquisiteurs , etc. C'est pour cette matière l'ouvrage le plus complet et le plus authentique. Une première édition en parut à Barcelone en 1503. En 1587 François Pegna, docteur en théologie et en droit à Rome , en publia une nouvelle , avec des commentaires trèsétendus, d'après l'édition de Barcelone et trois manuscrits; Rome, in-fol. Haenel (p. 59) cite un manuscrit de cet ouvrage à Avignon, sous le litre : Tractatus ad hœreticos et schismaticos .

L'histoire de l'inquisition a été écrite principalement par :

Ludov. de Paramo, archidiacre à Borox près de Tolède, puis inquisiteur en Sicile, De origine, de officio et de progressu s. Inquisitionis libri 3. Madrid, 1598, in-fol.; Anvers, 1619, in-fol.

Phil. a Limborch, professeur de théologie à Amsterdam, mort en 17^2, Historia inquisitionis . Amsterd., 1692, in-fol. Nous ajouterons l'ouvrage connu de Llorente, quoique d'un côté il ne soit pas toujours très-critique, et que de l'autre il ne s'occupe presque exclusivement que de l'Espagne.

MANUSCRITS ET ÉDITIONS DES OUVRAGES CONTRE LES CATHARES; QUES- TIONS RELATIVES AUX AUTEURS DE QUELQUES-UNS DE CES OUVRAGES.

Bonacursus. Son discours fut publié pour la première fois sous le titre de Manifestatio hœresis Catharorum quam fecit Bonacursus... coram populo, par d'Achéry, d'après un manuscrit de Cîteaux; Spicil., I, 208 et suiv. Plusieurs chapitres qui manquaient dans ce manuscrit furent publiés

plus tard, d'après un manuscrit complet, dans l'édition que donna Mansi des Miscellanea de Baluze, 11, 581 et suiv.

Reinerius Sacchoni. Le texte primitif, authentique, a été publié, d'après un manuscrit des dominicains de Rouen , aujourd'hui à Paris , par Martène et Durand, Thes. novus anecdot., V, 4759 et suiv. Suivant Martène, ce manuscrit est ipsius auctoris œtate exaratus ; suivant Ëchard , Scriptt. ordin. prœdicat., I, 454, il ne serait écrit que vers 4300. Il est aussi publié chez d'Argentré, Coll. judic. de novis error., I, 48 et suiv. Le même texte , à quelques variantes près , se retrouve dans un manuscrit des dominicains de Clermont , aujourd'hui à Caen; et dans la collection Doat, XXXVI, f° 67 et suiv., copié sur un manuscrit des archives de l'inquisition de Carcassonne. Échard, l. c, I, 454, décrit un manuscrit de Dublin , reproduisant le môme texte. Un autre doit se trouver au Vatican : Eymericus, 276. Les manuscrits de Rouen, de Clermont et de Dublin ont chacun des appendices différents, relatifs à l'exercice de l'inquisition.

Quant au texte interpolé, augmenté de parties concernant l'Allemagne, il fut publié d'abord par le jésuite Jacques Gretser, sous le faux titre Liber contra Waldenses, Ingolstadt, 4613, in-4°, d'après un manuscrit bavarois admodum vitiose exaratum; Gretser ajouta des variantes d'après un manuscrit plus correct, du couvent de Lambach en Autriche. Ce texte fut aussi publié dans la Biblioth. Patrum maxima, XXV, 262 et suiv., dans celle de Cologne, XIII, 297 et suiv., et finalement dans les œuvres complètes de Gretser, XII, II, 24 et suiv. Cette dernière édition a l'avantage de présenter à chaque page les variantes , qui dans les autres sont rejetées a la lin du texte. Outre les détails relatifs aux hérétiques allemands, ce texte de Reinerius contient un fragment extrait de la Disputatio inter Ca~ tholicum et Paterinum, commençant par ces mots Paterinus dicit (édit. dans les œuvres de Gretser, p. 39) 5 il cite une Summa fratris Tonsonis , inconnue ; il ajoute des instructions pour les inquisiteurs , et termine par un fragment intitulé : Catalogus in quo variorum hœreticorum delirarnenta, amas confus d'erreurs et de superstitions attribuées à des sectes de différents siècles. Des fragments de ce texte interpolé se trouvent, tirés de divers manuscrits, dans un traité écrit en 4445 contre Jacques de Misa, chap. 3, chez V. de Hardt, llist . concilii Constant . , I, III, p. 663 3 dans Flacius, Catal. testium verit., Francf., 4666, in-4°, p. 644 et suiv. ; dans Freherus, Rerum bohemicarum scriptores, Hanau, 4602, in-fol.; p. 222 et suiv. Diverses opinions ont été émises sur les rapports qui existent entre les deux textes. Martène (préface de son édition) croit que le texte de Gretser, qu'il n'a pas vu, est un livre particulier, différent de celui contre les Cathares, et dirigé contre les Vaudois; il a été induit en erreur par le

faux litre de Gretser. Éehard (p. lî?5) pense que Reinerius a lui-même deux fois revu son texte , ou que la version plus courte est un extrait fait par un autre. Suivant d'Argentré (I, 47), Reinerius aurait composé son ouvrage en deux parties à deux époques différentes. L'opinion la plus naturelle et la plus probable nous parait être celle qui a été développée par Gieseler, dans sa dissertation sur Reinerius. Cette opinion est que le texte plus court est l'original, et que les additions proviennent d'un auteur allemand , qui a voulu adapter l'ouvrage aux besoins spéciaux de son pays. On dit qu'il existe à la Bibliothèque de Strasbourg un manuscrit de Reinerius-, je n'ai pas encore pu le voir.

Monéta. Il y avait des manuscrits de son ouvrage à Bologne, à Naples, à Narbonne (aujourd'hui au Vatican), à Paris, vélin, in-fol., ancien n° 4522 (voy. D'Argentré, I, 47, 84; Éehard, -i 23) ; au couvent de Saint- Emmeram près de Ratisbonne L'ouvrage n'a été publié qu'une seule fois, en 1743, par le dominicain Thomas-Augustin Ricchini , d'après les manuscrits du Vatican, de Bologne et de Naples. Le savant éditeur a mis en tête deux dissertations fort instructives sur les Cathares et sur les Vaudois, et ajouté un grand nombre dénotes. Il fit sa publication moins dans un intérêt historique , que parce qu'il pensait qu'à cause de l'analogie des anciennes hérésies avec les modernes, les arguments de Monéta pourraient aussi être très -utiles contre les Luthériens.

Grégoire. Martène et Durand ont publié dans leur Thésaurus novus anecdot., V, 1703 et suiv., une Disputatio inter Catholicum et Paterinum, d'après deux manuscrits, l'un des dominicains de Clermont, l'autre de la collection Colbert. Un troisième est mentionné aux archives de l'inquisition de Carcassonne , copié dans la collection Doat , XXXVI , f° 242 et suiv. L'auteur n'est nommé dans aucun de ces manuscrits. Un quatrième se trouve à la Bibliothèque ambroisienne ; Muratori en a publié un spécimen dans ses Antiquit. ital. medii œvi, V, 149, 150. Ce n'est que dans ce dernier manuscrit qu'il est fait mention du nom de l'auteur; il est appelé Grégoire. C'est sans aucun doute le frère Grégoire de Florence , évêque de Fano dans la marche d'Ancône , qui suivant Quétif et Éehard (I, 110) a écrit grande volumen adversûs hœreses sui temporis.

Evrard de Béthune. Son Liber antihœresis fut publié d'abord par Gretser, d'après un manuscrit du collège des jésuites de Bruges, sous le faux titre Contra Waldenses, dans la Trias scriptorum adverses Waldenses ; Ingolstadt, 1614, in-4°; puis dans la Biblioth. Patrum maxima, XXIV, 1525 et suiv., et dans les œuvres complètes de Gretser, Xll , II, 111 et suiv. L'ouvrage est terminé , après quelques mots sur les Vaudois, par un

catalogue d'une foule d'hérésies anciennes, tiré des Origines d'Isidore de Séville, lib. VIII , cap. 5. Une Disputatio contre les juifs forme un appendice.

Ermengaud. Le titre de son livre est : Opusculum contra hœreticos, qui dicunt et credunt mundum istum et omnia visibilia non esse a Deo facta, sed a diabolo. Il fut publié par Gretser, dans sa Trias scriptorum adversûs Waldenses , d'après un manuscrit du collège des jésuites de Bruges, toujours sous le faux titre Contra Waldenses. Le R. P. Gretser voulait à tout prix confondre les Vaudois avec les Cathares , et les faire passer pour Manichéens. Le traité d'Ermengaud passa dans la Biblioth. Patrum maxima, XXIV, 1602 et suiv., et fut réimprimé une dernière fois dans les œuvres de Gretser, XII, II, 223 et suiv. Un autre manuscrit, sans nom d'auteur, appartenait à François d'Amboise; il fut publié dans les œuvres d'Abélard, Paris, 4616, in-4°, p. 452 et suiv., sous le nom de ce célèbre docteur scolastique. Les docteurs de la Sorbonne chargés de la censure de cette édition d'Abélard , remarquèrent déjà que le traité contre les hérétiques avait tout un autre style et trahissait tout un autre genre d'esprit que les ouvrages authentiques d'Abélard. L'Histoire littéraire de la France (XII, 137) est du même avis. Au texte de Gretser, comme à celui de François d'Ambroise, il manque la fin ; il paraît d'après cela que l'un des deux manuscrits est une copie de l'autre.

Alain. Les deux premiers livres de l'ouvrage d'Alain parurent pour la première fois par les soins de J. Masson, archidiacre de Baïeux, d'après un manuscrit très-défectueux , appartenant à Papire Masson , son frère , Paris, 1612, in-8°. Ils furent publiés plus correctement par Ch. de Visch, dans son édition des œuvres d'Alain de Lille ; Anvers, 4654, in- fol., p. 199 et suiv. Les deux derniers livres furent également publiés par Ch. de Visch, dans sa Biblioth. scriptorum Cisterciensium ; Cologne, 1656, in-4°, p. 411 et suiv. La Bibliothèque nationale possède un manuscrit des quatre livres, n° 5513 ; un autre se trouve à celle de Bâle. D'Argentré, 1 , 83 , veut prouver que l'auteur est Alain de Lille, le scolastique. Cave, Historia litt. scriptorum ecclesiast., Genève, 1720, in-fol., distingue entre Alain de Lille, éveque d'Auxerre, mort à Clairvaux, auteur d'une Vie de saint Bernard (p. 586) et Alain de Lille, le docteur universel, moine de Cîteaux, mort selon lui vers \ 21 5 , et auteur de tous les ouvrages connus sous le nom d'Alain (p. 624). Les auteurs de Y Histoire générale du Languedoc (III, 119 et suiv.) ne font de ces deux Alain qu'un seul. Ceux au contraire de Y Histoire littéraire de la France (XVI, 396 et suiv.) distinguent de nouveau entre l'évèque d'Auxerre et le docteur universel. Us combinent d'une manière très-ingénieuse des éléments épars et contradictoires , pour

en faire la biographie de ee dernier : né à Lille, peu avant H28 , il mourut en 1202 ; il commença a écrire des livres en Angleterre ; sa réputation l'attira en Sicile, où il fut fait chanoine de Bénévent ; h l'époque de l'expulsion des Français, en 1169, il retourna en Angleterre, où il se fit moine à Canterbury; en 1179 il accompagna sans doute l'archevêque de Canterbury au concile du Latran , où le pape le chargea d'écrire contre les hérétiques. 11 retourna à Canterbury, où il fut fait prieur; sur la fin de sa vie, il revint en France et retourna à Citeaux où il mourut. Cette combinaison nous paraît assez hasardée ; sans aucun doute elle réunit en un seul tableau les événements de la vie de plusieurs personnages différents qui n'avaient de commun entre eux que le nom. Pour prouver que cet Alain a pu écrire contre les Cathares du midi de la France , on a recours à de simples suppositions ; aussi longtemps qu'on n'a pas de preuves plus sûres, nous croyons que la conjecture que nous avons exprimée en son lieu , est exposée à beaucoup moins de difficultés que celle qui attribue l'ouvrage à Alain de Lille.

Étienne de Belleville ou de Bourbon. Un manuscrit de son ouvrage inédit De septem donis spiritûs sancti se trouve à la Bibliothèque de la Sorbonne, n° 938. Quétif et Échard (1, 184, 185) mentionnent encore d'autres manuscrits à Paris, à Marseille, à Tolède, en Angleterre. Les passages sur les hérétiques , tirés de la partie IV, de dono fortitudinis, tit. 7, de superbià, cap. 30 et suiv., f° 390 et suiv., ont été publiés par d'Argentré , I, 85 et suiv., et plus complètement par Quétif et Échard , 1 , 190 et suiv. Cette partie se trouvait aussi manuscrite aux archives de l'inquisition de Carcassonne; copie, collection Doat , XXXVI, f° 44 et suiv.

Isarn. Le poëme de ce moine se trouve en manuscrit a la Bibliothèque nationale 5 quelques fragments de l'original ont été publiés par Raynouard, dans son Choix de poésies originales des troubadours, V, 228 et suiv.; la pièce entière est traduite chez Millot, Histoire littéraire des troubadours, II, 43 et suiv. Nous partageons l'avis de Fauriel (introduction à son édition du poëme sur la croisade, p. 25) que l'auteur est le même don Isarn dont il est fait mention dans ce poëme , et qui y est qualifié de prieur du Vieux Muret, Vielh Mores (p. 134, v. 1887). Ce moine assista, en 1211 , au supplice des hérétiques pris au château de Casser (ibid.). Dans les protocoles de l'inquisition on trouve souvent les noms de Vielh Mores, Vieux Morèse; si ce n'est pas là le môme endroit que Villemur ou Vielmur, où il y avait une ancienne abbaye de femmes, la position géographique nous en est inconnue. Fauriel , dans son Histoire de la poésie provençale (111 , 147), place le Vieux Muret dans le comté de Foix. Cependant Villemur nous paraît mériter la préférence. Si l'auteur du poëme est en effet le même que

le prieur don Isarn, il n'était pas dominicain, comme on l'a dit communément. Éméric-David , dans l'Histoire littér. de la France, XIX, 579 et suiv., le place évidemment trop tard , entre 4260 et 4280; il pense qu'il doit être postérieur à Foulques de Marseille, mort en 1231, «car celui-ci aurait probablement parlé de lui , dans son catalogue des troubadours , s'il eût pu le connaître. » Mais cela prouve seulement qu'lsarn écrivit sa pièce après 1231 ; la manière dont il fait mention du meurtre des inquisiteurs à Avignonet, en 1242 (chez Millot, /. c, 57), prouve qu'il doit avoir composé son œuvre peu de temps après cet événement. 11 n'est d'ailleurs guère impossible qu'un homme qui vers 1242 fit encore un poème, ait déjà été prieur en 1211 ; Isarn dit lui-même qu'en s'occupant delà conversion de Sicard de Figuéras, il était déjà très-avancé en âge ; il dit ironiquement (chez Millot, p. 63) que son âme ne peut pas être de celles qui, selon les Cathares, furent précipitées du ciel, il y a cinq mille ans, puisque tout âgé qu'il est , il n'a pas même encore soixante-dix ans. Si l'on trouvait surprenant qu'un vieux moine eût encore fait des vers , nous répondrons que ces vers ne portent aucune trace de sentiment poétique , d'imagination de jeune homme; il n'y règne qu'une passion , le fanatisme, et l'on sait que celui-ci ne diminue pas avec l'âge.

Eckbert. Cet auteur a ajouté à ses discours contre les Cathares un Excerptum de Manichœis, tiré des écrits de saint Augustin ; cet extrait vient à l'appui de notre opinion qu'Eckbert, parce qu'il connaissait le manichéisme par saint Augustin, et qu'il trouvait des points de contact entre ce système et celui des Cathares , s'est cru autorisé à attribuer à ces derniers tout ce qui est dit des Manichéens , en un mot à confondre les deux sectes en une seule. Son ouvrage parut d'abord à Cologne, 1530, in-8°; nous ne connaissons pas cette édition. Elle servit de base au texte inséré dans la Biblioth. Patrum maxima, XXIII, 600 et suiv., et dans celle de Cologne, XII, I, 898 et suiv. Eckbert a publié encore d'autres ouvrages, pour la plupart ascétiques ; le principal en est la Vie de sa sœur, sainte Elisabeth.

Luc de Tuy. On connaissait deux manuscrits de la Vie de saint Isidore par Luc de Tuy; l'un, opus autographum, laissé par l'auteur lui-même au monastère de Saint-Isidore à Léon, et venu de là dans la Bibliothèque d'Alcala, fondée par le cardinal de Ximénès; l'autre, copie de celui-là , dans le même couvent à Léon. Mariana publia, d'après le manuscrit d'Alcala, la partie relative aux hérétiques , sous le titre , assez mal choisi , de Libri 111 de altéra vità fideique controversiis adversùs Âlbigensium errores ; Ingolstadt, 1613, in-4°. Mariana fit la publication, parce qu'il la croyait utile pour la réfutation des Luthériens et des Calvinistes ; lesquels, selon lui ,

n'avaient fait que renouveler l'hérésie des Albigeois. C'est lui qui divisa l'ouvrage en livres et en chapitres; il fut réimprimé dans la Biblioth. Patrum mcurima, XXV, 188 et suiv., et dans celle de Cologne, XIII , 228 et suiv. Quant à la chronique de Luc, elle a été publiée par André Schott, en 1603, à Francfort, in-fol.

TABLE DES MATIÈRES

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