SUR LES CAGOTS
el l'origine des hérétiques albigeois est tout à fait erroné. Quant au récit, fidèlement puisé aux sources, il est en général simple et attachant; il le serait encore davantage sans les réflexions et les exclamations dont il est trop fréquemment entrecoupé.
14° J. J. Barrau et B. Darràgon, Histoire des croisades contre les Albigeois; 2 vol.; Paris, 1843, in-8°. Disciples d'une école historique qui fort souvent attribue les événements à des causes imaginaires, et qui hasarde des jugements qu'aucun fait avéré, aucun témoignage authentique ne justifient, les auteurs voient dans la question des Albigeois deux faces , l'une politique, l'autre religieuse. Gela est vrai; mais ce qui l'est moins, c'est de dire que le Nord , qui tendait à l'unité , aspirait à s'assimiler le Midi qui tendait au fédéralisme ; que le génie politique du Nord pressentait cette destinée, mais que pour l'accomplir il a dû attendre jusqu'au treizième siècle; ce n'est qu'alors, disent les auteurs, qu'il trouva un prétexte, l'hérésie, et un auxiliaire, la papauté. Sans doute il y a eu une période dans la croisade où l'extirpation de l'hérésie n'a plus été que le prétexte, et où les papes ont soutenu les prétentions politiques des rois de France ; mais il ne serait pas exact d'en conclure que l'entreprise tout entière a été provoquée uniquement par le génie du Nord; elle l'a été par les papes ; les rois plus tard se bornèrent à en profiter. Quant à la face religieuse de la croisade, MM. Barrau et Darragon l'ont négligée; ils n'ont pas suffisamment fait ressortir la part prise par les chefs de l'Église et par leurs ministres; ils ont surtout passé sous silence l'histoire même de la secte, dont d'ailleurs ils n'ont que très-inexactement jugé le caractère et les dogmes. La pensée de faire leur livre leur vint sans doute après la publication du poëme de Guillaume de Tudèle ; on peut presque dire qu'ils se sont bornés à arranger ce poëme en prose, en le complétant par l'Histoire générale du Languedoc. Leur ouvrage, très- intéressant, plein d'imagination et de nobles sentiments , est plutôt un roman historique qu'un livre d'histoire proprement dit.