‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois (volume 2)Chapitre 7 sur 64 · CHUTE DES AMES CÉLESTES · texte numérisé non relu

CHUTE DES AMES CÉLESTES

pendant ces habitants ont été accessibles au mal et sont tombés; les Cathares, ne pouvant en attribuer la faute au libre arbitre , l'attribuent a la séduction du démon , sans s'apercevoir qu'au lieu de résoudre le problème, ils en reculent plutôt la solution ; le séducteur a beau faire aussi longtemps que celui qu'il veut séduire n'y consent pas -, ce consentement est un acte et une preuve de la volonté libre : par conséquent la négation de la volonté et de la possibilité du choix doit être insuffisante pour lever les difficultés du problème. Ils disent, il est vrai , pour échapper a la contradiction , que le démon n'a séduit les âmes célestes qu'en prenant lui-même la forme d'un ange; il n'a pu les entraîner qu'en donnant au mal l'apparence du bien , et elles ne s'aperçurent de sa fraude et de leur erreur, que lorsqu'elles se trouvèrent ses esclaves ; mais cela n'avance guère l'éclaircissement de la question; car il reste toujours à expliquer comment des êtres parfaits, des esprits purs ont pu se laisser tromper par l'ennemi de tout bien , et surtout comment le Dieu bon lui-même n'a eu ni assez de perspicacité pour reconnaître son adversaire sous le masque , ni assez de puissance pour l'empêcher d'exécuter ses projets. Le consentement donné par Dieu ne suffirait-il pas pour prouver jusqu'à l'évidence la liberté des âmes célestes? Quoi qu'il en soit, pour les dualistes absolus parmi les Cathares , les âmes des hommes sont ces âmes célestes, engagées par le Dieu mauvais â le suivre sur la terre , et enfermées par lui dans des corps1. Le Dieu bon ne s'opposa pas à cette tentative faite pour les lui ravir ; comme elles avaient péché dans leur nature spirituelle , il permit qu'elles fussent enchaînées dans la nature corporelle, pour y subir le châtiment dû â leur faute, et pour y faire la pénitence qui doit les rendre de nouveau dignes du ciel2; nous le répétons,

1 Eckbertus, 899, 927; Petr. Val). Cern., 556; Moneta, 4; Disputatio, 1720; Actes de l'Inquisition de Carcassonne , 1005; Doat, XXXI V, fo 98. — °- Alanus, 26.

cela renverse le dogme cathare de la négation du libre arbitre.

Cette doctrine sur la nature des âmes est analogue a celle d'Origène sur leur préexistence et sur leur emprisonnement dans des corps pour y expier leurs péchés antérieurs1. Il résulte de cette manière d'envisager l'origine du genre humain , qu'il y a deux natures dans l'homme, l'une bonne, qui est l'esprit et qui le rattache au Dieu bon 5 l'autre mauvaise , qui est le corps par lequel il appartient au Dieu mauvais2. Il en résulte en outre que , parce que les âmes vinrent toutes â la fois sur la terre , il n'y a pas eu , comme l'enseigne la Genèse , un seul premier homme , et que , le Dieu bon demeurant étranger à ce qui concerne le monde de son antagoniste, il n'y a pas pour la terre de nouvelle création d'âmes , comme c'était la doctrine de l'Église, mais que les âmes d'aujourd'hui sont toujours encore du nombre de celles qui primitivement ont suivi Lucifer sur la terre3. Les Cathares croyaient de plus que le mauvais Dieu avait également créé quelques âmes, ou plutôt qu'il avait logé dans des corps quelques-uns de ces démons4; ce sont les âmes des tyrans, des scélérats , des ennemis irréconciliables de Dieu et de son Église

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