‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 16 sur 75 · SYSTÈME MODIFIÉ PAR JEAN DE LUGIO · texte numérisé non relu

SYSTÈME MODIFIÉ PAR JEAN DE LUGIO

siècle , fit une espèce de scission parmi les Cathares d'Italie, dont beaucoup embrassèrent sa doctrine^ on peut même trouver des traces de celle-ci parmi les Cathares de France.

Jean de Lugio admet les deux principes éternels^ ; mais il parait avoir été frappé de plusieurs des difiicultés qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître dans ce système , et qu'il a essayé de résoudre par de nouveaux efforts de logique ou plutôt d'imagination. Ce qui, sans doute, Ta conduit k son opinion particulière , c'est la question : Comment des âmes ^ . créées bonnes ont-elles pu se laisser séduire au mal? Pour échapper aux contradictions inhérentes à la doctrine telle ^qu'elle était reçue jusqu'à lui, il imagine que de toute éternité il y a eu opposition et lutte entre le bien et le mal , que ces deux principes sont même en conflit dans le monde supérieur, et que, par conséquent, le Dieu bon lui-même est ,..~. limité dans sa puissance et dans sa science par son adver- " saire. Il par^, pour prouver ces propositions, de la notion àQcréer, qu'il définit ainsi : Créer, ce n'est pas tirer les choses du néant , mais donner des formes ou de la vie à une matière déjà existante; les créateurs, le bon comme le mauvais, ne "7 sont pas antérieurs à leurs créatures, dans le temps, mais uniquement comme en étant les causes , de même que le soleil ne précède pas dans le temps les rayons qui émanent de lui ; le soleil est sans doute la cause de ses rayons , mais ils existent simultanément avec lui , on ne peut pas se le figurer sans eux. Il en est ainsi des créateurs et des créatures ; un des attributs divins c'est l'activité; cette activité se jpanifesle par la production , la création -, il ne peut pas y avoir eu un moment où Dieu fut sans cet attribut ou sans le manifester; il est donc impossible d'admettre que Dieu ait une fois existé sans le monde. Ce raisonnement, qui se trouve

> Reinerias, 1769 et suiv.

Si SYSTÈME UODIFJÉ PAR JEA?1 DE LUGIO.

déjà chez Scol Erigène, qu'il conduisit h des résultats paothéistes^ el auquel plus tard saîul Thomas d'Âquin oe sut échapper qu'en opposaut la foi a la science^, est appliqué par Jean de Lui^îo iiou-seul émeut au Dieu bon, mais aussi au Dieu mauvais; chez tous les deux l'être et Tactiou sont inséparables; tous les detii^ ils sont causes éternelles^ leurs créatures sont leurs effets également éteruels; les deux mondes j le hou et le mauvais, sont donc aussi éternels que les deux Dieux,

Le Dieu mauvais a à son seniee une légion de démons inférieurs; ce sont les personnifications des vices, et ils ont été les idoles des païens. Son monde est la terre visible, avec le ciel et les astres. Le monde du Dieu ban a également sa terre j son ciel , ses hommes , et on ajoute que Jean de Lugio a même enseigné qu'il a ses animaux el sa végétation , semblables à ceux de la terre d'icî-bas, mais incorruptibles dans leur nature* Le Dieu bon peut et veut tout bien , autant f qu'il est en lui et en ses créatures qui lui obéissent; mais sa volonté et sa puissance se trouvent empêchées par son antagoniste; il y a une lutte éiernelle entre les deux principes j lutte dans laquelle le Dieu bon a dû céder au mauvais. U aurait voulu que ses créatures fussent parfaites et pures, mais le démon sut leur implanter une «certaine malice, » qui devint pour elles le germe de la possibilité du péché. Il eût été important de savoir comment Jean de Lugio se re* présente celte influence primitive du mauvais Dieu sur le^ créatures du bon ; Tauteur qui nous sert de guide se tait sur ce point, el nous hésitons à suppléer îi cette lacune. Quoi

* Non ergo aïiud wf Deù tust ai aliud famrû, »ed ûi etse idipmm e#l et facture. De dimsione ftalttrŒ, lib. I, fîai>. 74; p, 78. Camp. M. Sa* ni- René TàîUandifir, Scoi Erigèm el la phihmphk scoluâiiqiée. Sïrast*oiirg, 1843, in-S^; p. lii eUijrv.

- il »e boruc à dire : Mimdutn incwpme ësi cr^dibikf non mHen\ Uemon' àtrabik iyet Mcibitc Summa, pars I* qu^,^l. 46, arL % p. t53.

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