‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 15 sur 75 · II · texte numérisé non relu

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S6 CHIPITRË \J1I.

OU leur réception dans la secle, afin de s'unir de nouveau avec elles, et de les reconduire, après ta mort des corps, dans la Jérusalem céleste ^ C'est h que les âmes sont de nouveau Uevétues des corps resplendissants qu'elles avaienl dû quitter, iet que chacune est rétablie avec son rang primitif dans sa [gloire et dans sa pureté originelles^. Celte reprise des corps Icclestes était ce que les Cathares absolus appelaient, en leur |«ens, la résurrection des corps^.

Au dire d*un auteur, ils croyaient en outre que les âmes Ldes femmes ne retourneront pas au ciel comme femmes, '-contrairement a l'Église qui, par Torgane de saint Thomas d^Aquin , soutenait la perpétuité de la différence des sexes*; ils se fondaient sur le passage S. Matth. XXII, 30, et sur les paroles de Jésus-Christ : « Venez, les bénis de mon Vèren (S. Matth. XXV, 34); au sujet de ces mots, ils disaient naïvement : Jésus ne i>arle que de bénis au masculin, donc il ne reconnaît plus dans le ciel un autre sexe. Une raison plus logique était tirée de la nature des âmes célestes qui étaient sans sexe , le sexe n'étant que dans les corps faits par le mauvais Dieu , et ayant un but contraire auK intentions du Dieu bon^.

Quant ans âmes qui ne feront jamais pénitence, elles retourneront un jour, ou plutôt elles resteront sous le pouvoir du démon ; ce sout celles qu'il a créées lui-même. Par le

^ Quando Filius Deî descendit ds ûi^iù, cuin mhntate Fatrii descenderunt ctim eo i 44,tiO0 angelornm . qui sun( spiritus paccati si boni , et iHi rÈfnanserunî in mundo ad recipiendum animas quœ fecerunt et leruauemni mandata Dei, et reducunî em ad ffloriam PatrU unde exiverani^ ÀcUê de Vlnguisit. de €arvG.s sonne, i:^05; noat, XXXIV, f** lOK

- Quiscjue resUluitnr in gradntn prisîimim. KemefiyMSf 176:», Redihunt ♦arf cathedras et (unieas quas dimiserunt in paradiso. Actes de l'inquisiL de Carcassonnt, 1305 î Doal, XXXI V^ î^^^l, 101 .

^Summa^ pars III, in Suppkm., qaœsL 81, art. S^ p. âOû.

^ Ëbordiis, 16*. Le même an leur, L e,^ prétend qu'ils en^igRaient dV

fait de leur refus de faire pénitence, c'esl-à-dire d'entrer dans l'Église cathare, elles prouvent qu'elles n'ont pas été du Dieu bon, et par conséquent qu'elles n'ont pas été du nombre des âmes qui devaient être sauvées; elles sont condamnées dès leur origine, elles ne subissent que la nécessité de leur naturel

On comprend aisément , d'après tout cela , les motifs pour lesquels ils ont dû se prononcer contre l'usage de l'Église de prier pour les morts. Les âmes qui accomplissent la pénitence ne peuvent manquer leur salut ^ celles qui ajournent leur pénitence passent dans un autre corps; celles enfin qui ne se repentent jamais, prouvent par cela même que le salut ne leur était jamais destiné. Nulle prière ne saurait changer cet ordre de choses. Le salut est attaché à une condition qui, lorsqu'elle est remplie, a pour conséquence nécessaire le retour au ciel; il ne dépend pas de Dieu de changer quelque chose à ces lois qu'il a établies lui-même ; par conséquent il n'y a pas non plus lieu k lui adresser des supplications. Les âmes qui sont damnées, le sont par une nécessité semblable; ce sont les âmes créées par le démon , et exclues ainsi par leur origine et par leur nature du domaine céleste ; toutes les prières , toutes les messes en leur faveur demeureraient sans effet; toutes les bonnes œuvres quelconques

prés Ëphés. lY, 13, quàd in speeie viri perfecti et in iBtate XXX annorum adjttdicittm veniamus. Cette opinion ne 8*accorde guère avec la doctrine de la préexistence des âmes et la négation de la résurrection des corps. Il est possible qu'elle n*ait été qu'une croyance locale, partagée par quelques membres de la secte, peu au fait de Tenchainement et de la tendance de tout le système. Elle était d'ailleurs assez commune chez les docteurs el les prédicateurs catholiques du moyen âge, qui la fondaient sur le même passage Eph. IV, 15, interprété tout littéralement. Elle était soute- . nue par saint Thomas d'Aquin lui-même; Summa, t. III, Supplem., quœst. 81, art. 1 et 2, p. S04; voy aussi Olivier Maillard, Sermones quadragesimales in oppido Brugensi declamatij a. 1501, dans son Novumdiversarum sermonum opus, Paris, s. a., in-8o; P» 115».

1 Actes de VInquisit. de Carcassonne ^ 1247; Doat, XXII, fo 101.

52 SYSTÈME MODIFIÉ f AR JEAÎÏ DE LUGIO.

des vivants, de iBêmc'^que les mériles et rinlcrcessioii des saints seraient impHissants à modilicr en quoi que ce soit rélat des morts. Telles sont les raisons fondées dans le système même des dualistes absolus^ ils y ajoutaient des considérations dirigées directement contre la doctrine de YÈ~ glise qu'on peut intervenir en faveur des morts ^ ils soutenaient que selon leNoHvean Testament thacnn doit être jugé sur ses propres œuvres 5 si donc Dien faisait miséricorde aux coupables pour les mérites d'aiUrui, il ne les jugerait pas selon la justice , ils ne porteraient point leur propre fardeau et ne recevraient point selon leurs œuvres ^

B, ATSTÈME llïODiVji PAR JBAN HI LIKÎICV

Nous venons d'exposer, autant que les sources nous Tout permis, le système métaphysique et théologique de cette partie de la secte des Cathares qui professait le dithéisme absolu, la croyance à deux principes indépendants Tun de l'autre et également éternels. Comme nous Tavons déjà remarqué , ce système a été le plus ancien de la secte \ il est en même temps celui qui a été le plus généralement répandu et qui a régné le plus longtemps. Avant d'aborder la doctrine de ceux qui, en admettant un seul Dieu suprême, ont voulu miliger ou tempérer ce que le dualisme a de choquant pour la raison et pour la conscience, il faut jeter un coup d'œil sur les modifications qu'un des principaux docteurs éen dualistes absolus a apportées à plusieurs des points foudamen* taux de leur système. Ce docteur est Jean de Lugio, esprit ' ^subtil et spéculatif, qui, au commencement du treizième

' ru cilaient Rom. H, « ; 1 Cor. II!, S; â Cor V, 10; Gai. Vï. 5î Apocal. XIV, 1Ô. Erkhpiitîs, 015; Alânus, 16:;; IHoriola, Ôlà el »oiv,î Bisputaiio, 1755.

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