‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 36 sur 75 · LA BÉNÉDICTION DL PAIN · texte numérisé non relu

LA BÉNÉDICTION DL PAIN

spirituel les paroles sur lesquelles se fondait la doctrine catholique, et ils opposaient à celle-ci ce raisonnement : sans doute Jésus-Christ a dit que celui qui mange sa chair et qui boit son sang a la vie éternelle (S. Jean VI , 53-57); mais il a dit aussi que c'est l'esprit qui vivifie et que la chair ne sert de rien (ib. 63) ; se nourrir de sa chair et de son sang, c'est donc entendre et recevoir ses paroles, qui seules sont esprit et vie(t6. 63)*. Le vrai pain céleste qui procure la vie k celui qui en mange , ce n'est pas même le pain bénit des parfaits, c'est la Parole de Dieu , c'est la sainte prière de l'âme recevant cette Parole^; le corps de Christ, ce corps qui n'était pas fait d'une matière terrestre, n'est pas sur l'autel ni entre les mains des prêtres, il est l'Église de Dieu^. Ils élevaient en outre contre la transsubstantiation et la messe quelques objections plus directes, tirées soit des principes mêmes de leur système, soit des différents passages de FÉcriture- Sainte. Le pain et le vin, disaient-ils, sont par leur nature des produits du démon ; comment par conséquent pourraientils être changés dans le corps immatériel et céleste de Jésus- Christ? Et ce corps eût-il même été réel , ils soutenaient l'impossibilité logique et physique de la conversion d'une substance en une autre^. Ils expliquaient les paroles de Jé-

1 Ebrardus, 146; Ermengaudus, â5â; Mouela, 501.

2 Arch. de VInquisiL de Carcassonne, 1305; Doat, XXXIV, fo 100»; Eymericus, 274. — Les Bogomiles : Euthymius, Narr, de Bogom,, 26.

3 Slephanus de BeUaviUà, 90. Eckberlas, 899 et 9â4 prétend que lorsqu'on [les interrogeait, s'ils croyaient à la présence réelle du corps do Jésus-Christ dans la cène, ils n'hésitaient pas à l'affirmer, mais qu'ils eutendaient parler de leur propre corps, qu'ils consacrent en mangeant du pain bénit; c'est ainsi, dit-il, qu'ils enseignent que le pain est transsubstantié dans le corps de Christ. Cela ne nous parait être qu'une supposition d'Eckbert; car il est impossible de l'accorder avec leur doctrine sur la nature du corps de l'homme. S'ils ont parlé de consacrer le corps de Christ, ils ne peuvent avoir entendu cela que symboliquement, dans le sens indiqué ci-dessus dans le texte.

4 BoDacorsas, 209; Moneta, 295 et soir.; Ditputaiio, 1729.

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sus-Chrisl : «Ceci est mon corps» (S, Matlh, XXVI, 26), d'trne manière qui pouvait s'appuyer jusqu'à uu certain point sur Taulorité de plusieurs Pères de FÉglise^ et qui depuis a trouvé de nombreux parti&aus. En disant «ceci est mon corps, )i /ësus-ChrJst , suivant leur doctrine, n*a voulu dire autre chose sinon que le pain qu'il tenait en main devait représenter son corps; ceci est veut dire cela signifie^. Outre ces arguments, les Cathares en avaient encore d'autres^ plus appropriés au grossier sens commun du peuple. Ils disaient h celui-ci : comment pouvez -vous croire que le corps de Jésus-Christ se trouve entre les maîns des prêtres, quand vous songez que Jésus-Christ est remonté au ciel avec son corps céleste^ et que s'il avait eu un corps matériel^ celui-ci eût été réduit en poussière après Fascensiou^? Et si on mangeait réellement son corps , de quelle immense étendue aurait-il dû être pour suffire à la consommation de tant de milliers d'hommes depuis tant de siècles! Le rocher d'Ehrenbreiistein n'eût été rien en comparaison de ce corps, dit un jour un Cathare de Bonn*^ il Jaudrait qu'il fût plus grand que les Alpes, disaient ceux du midi de la France^, La messe est donc un blasphème, et les prêtres qui font les dieux de pâte, et qui portent le saint-sacrement par les rues, ne le font que pour tromper le monde ^,

1 TBTiaMieB, Âdmraus Mareiomfn, Ufa- IV| cap. 4Û| p. AWI; Orîgèlif, €f>mmenL in Matlh,, L XI, cap. 14; hi opp.^ lïï. 493*

- AUïîUs, U2 ; liriniîn^(iudu.s S'»! ; Di^ipuiaU'o , 1731 ; Sleph. de BeUaviUa, m. UscitaietU aum MaUh. XV, 17, et Osëâ VI, 6 ^ MoDeU, ÔQQ,

3 Eçkberlus, 9ï4.

* Si esset illtid eorpus Bomini tani(B qitanîUatiê ui esîpetra Erenberli, jamdudum essei cmuumpîum, ûûë quo primiwi c^pit manducari, Eckber^ tus, 035,

^ *.*Quàd Chrisîi corpus^ et si imtfjnitttdinem Alpium m se cùnîîmrci^ jamdudum consumplum a comedenlitms et adnichîlatum fuUsel^ Petr. YaU. Ceriï., 556. Yq}. d'aoU^es raisons populaires forl grossières cliez Alanas^ l^S ot suir.

^ Dkebani quàd çapeliani f^iunî plures dms dnpoitàf etpQttûa com^

LA CONFESSION OU L A1>PARË1LLÂMENTUM . 135

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