II. Ô
pai't dans un silencieux recueillemeni*. Ces repas devaienl renouveler les agapes des premiers chréliens, et symboliser, non pas la parlicipalion auK bieufails de la mort du Christ, mais la communion , la fraternité entre tous les membres de la secte. Il peut paraître étrange que les Calbarcs , qui rejelaient le baptême chrétien , k cause de l'élément matériel de Teau, aient béni le pain qui n'est pas moins une production de la terre et du mauvais Dieu; aussi les dualistes absolus prétendaient-ils que la bénédiction ne portait pas sur le pain lui-même, mais sur Tacte de la manducation^. La fëule des croyants ne faisait pas celte distinction, plus subtile que vraie 5 on prenait le pain pour du pain réellement bénit, et on rappelait même le pain de Dieu ou le pain de la sainte oraison^, Lh où les parfaits étaient nombreux et pouvaient visiter souvent leurs lidèles, ils leur bénissaient du pain en assez grande quantité, pour qu'ils pussent en manger tous les jours** Dans les temps de persécution, quand les parfaits^ obligés de se tenir cachés, ne pouvaient faire leurs tournées qu'à de rares intervalles, cet usage dut se moditier^ on ne mangeait alors du pain bénit qu'aux occasions solennelles^ surtout aux fêtes de iSoët et de Pâques^; des messagers fidèles
1 Ey£rTiau9| 455; Eeîaeriuâ, 1765; le texte de Marléne et Darand est tenet panem et visïïw i^lphtrés, jii necexse e^t...; ceUii de Grelser dODoe un lueiUeur sens i panem uefta t^el plures. Beîneriys ajoule que c'est la lin des sacrements dos Calhares. ConcUe de JVarbonne^ iS4j, canoD S9; Maosî, XXIII, ZSA; Liber sentent, inquisif. Tohs,^ 28, %Û, Me*
'" Reinerius, ITCS»
^ ^^.Quemvocant panem sanclcE oraii unis. Liber sentent, intiuisit. Toi,, âài 34; E}inericus> S74; ^..dîeçnn fjmâ trai punis de Deo ; Liber senttnU inquisiL Tolos,^ \\% Oti peut déjà reconnaître cet ti^a^e du paîn bénit dans les bruiu répandus sur les Catbares d'Orléans et tie Saîs&on», qu'ils brûlaient des enfants, et quDdes cendres Us raisateut une pâle qui servait à leur Eucharistie el à laquelle ils altacb aient un grand prix. Voy. ci-arrt» le livre cinquième, note 1*
^ Arch, de VInqutsit. de Carcaïsonne, lâ44; Doat. XXllI, f«â04K
S Procès d'Armanno PungiloTO^ chcï ]Uuralorî^-4ï*(i«jfUiï.î V? 157» Liber MentenL inqumL TqIqs., 160*
LA BÉNÉDICTION DU PAIN. i3l
le portaient dans les villes et dans les villages aux croyants, et ceux-ci le conservaient religieusement dans des cassettes pendant des années entières. On n'était plus tenu alors de le manger en commun , en célébrant une agape ; on en prenait en secret une parcelle, en commémoration de son admission dans la communauté des croyants , et de la fidélité qu'on devait aux Bonshommes et a leur Église*.
On peut se demander pourquoi les Cathares , s'ils voulaient revenir aux usages de l'Église primitive, ne bénissaient pas aussi le vin et en donnaient à boire à tous. Il est vrai qu'un auteur du douzième siècle , Evervin , assure qu'à chacun de leurs repas ils consacraient aussi la boisson^; mais comme aucun témoignage postérieur ne vient k l'appui de l'opinion , qu'ils auraient attaché à la bénédiction du vin le même sens qu'h celle du pain , on doit entendre le passage d'Evervin d'une manière générale de la bénédiction que le parfait, assistant à un repas, prononçait sur chaque mets , et dont nous avons parlé plus haut. Si l'usage de ne pas consacrer aussi le vin ne se fondait pas chez eux sur la considération que le pain est un aliment plus universel et plus nécessaire, et peut-être sur un sens symbolique qu'ils lui attribuaient en souvenir de Jésus-Christ qui s'est appelé le pain de la vie (S. Jean VI, 3S), nous ne saurions expliquer pourquoi ils ont laissé leur cène incomplète^.
1 Procès d'ArmaDDO PaDgiloTO, L c. Areh. de VInquisit. de Toulouse, 1276; Doat, XXV, fo 229; Liber sentent, inquisit, Tolos,, 112, 160, 198, etc.
2 In mensà suà quotidie cum manducant ad formam Christi et apostolorum, cibum suum et potum in corpus Christi et sanguinem per dominieam orationem consecrant, ut inde se membra et corpus Christi nutriant, Ever?inu9, 455; S. Bernardi Sermo, 66, 1, 1500.
3 Les anciens Manichéens ne communiaient aussi que sous une espéce ; les papes Léon-le-Grand et Gélase leur en font un reproche (Léo Magnus, sermo 40; inopp,, I, 161 ; Gelasius, in GratianiDecretumfUlUy de contecrat. U, cap. 12, col. 1918). La raison des Manichéens était leur
Quoiqu'ils [lient altâclié une haute imporlance à leur pain bënit, ils rejetaient toute signiGcation mystique, relative au corps de Jésus-Christ, semblable à celle qu'on attache à FEucharistie dans le système orthodoxe. Nul d'entre eux ne croyait qu'en consacrant le pain, on lui faisait subir une transformation surnaturelle, et qu'il représentait d'une manière quelconque le corps du Christ, corps qui d'ailleurs^ suivant le dualisme cathare, n'avait été qu'apparent'. L'Église était unanime à leur reprocher leur doctrine sur la cène^ elle la déclarait fausse^ à une époque où elle-même n'avait pas encore une croyance bien arrêtée, où la transsubstantiation n était pas encore élevée au rang d'un dogme officiel. Au douzième siècle beaucoup de pcrsoimes professaient encore les opinions deBérenger 5 une grande confusion régnait dans les idées sur la présence de Jésus-Christ dans la cène; les uns n'en avaient que des notions très-vagues, tandis que d'autres se la représentaient d'une manière singuhèrement matérielle^. Cependant depuis le douzième siècle le dogme de la transsubstantiation réunit de plus en plus les suffrages des docteurs et devint de jour en jour plus populaire-, c'est aussi depuis cette époque que les objections des Cathares contre le système de l'Église devinrent plus nombreuses et plus fortes^. Ils interprétaient dans un sens allégorique et
jtverâion profonde pour te vin ; iï est évident que les Calbareii qui permeltsienl ravage ^u vUu oe pouvaient pas âvair ce même RioUr.
ï Epkbprluâ, 022; Ebrardus, 147; Eeloerius^ 1T63.
^ Comp, Zacbanas ClirysopoUlaDUs f moi ne pré mo ni ré a Laon, reri i 150), Comment, in convordiamevatiffeL; dans La Uiblioth. Pat mm maxima, XIX, 150 ; et Aideras (bénédjcUn à Cluay, mort en f loi ', Desacramento corp, et sang. Dômim; ifriV/,, XXL 251.
^ Déjà les Cathares d'Orléans, 1022 : .^.neque sacramefitum corpont H aanguints Chrhti [éise] in comecratione sacerdotîs^ GeHa syn^ AureL^ €05 ; et ceui d*Arraii| 1035 : Qui mim {diçunî) potesî iia suuni mrpuM per tùt eeûîsiim in îoto orbe diff^u^us ditirituit per tam inHunterabites popuioâ 6t longa tempm'fjf tinguUs diÉhug, Mingulia hominibm sumendtkm dUiribui^ cî nunqmm defwere? Mansi, XIX, 4â3.