‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 44 sur 75 · Î40 LIVRE IV · texte numérisé non relu

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longtemps qu'aucun fait historique ne vient les appuyer, nous croyons pouvoir admettre que ces deux auteurs confondant les Cathares avec les aneieas Manichéens, k cause de ridcntitc de leur dualisme, se sont crus autorisés à attribuer aux hérétiques de leur époque tout ce qu^ils ont trouvé chez saint Augustin sur la secte de ManèsV.

Si nous étions donc réduits a ces deux seuls témoignages, la question du pape cathare nous paraîtrait présenter moins de difficulté 5 mais il y a des autorités en apparence plus importantes*. Au douzième siècle deux auteurs, un allemand fit un italien, Évervin, prévôt de Steinfeld, et Tabbé Joachim de Flore, aiïirment que les Cathares ont eu un pape^ Dans le document dressé par !a secte elle-même sur les actes du »ynode qu'elle tînt, en H67, aSt.-Félix-de-Caraman, ainsi que dans un fragment conservé par un historien du seizième siècle, il est parlé d'un chef cathare venu de Constantinople en Italie et en France, auquel est également donné le titre de papci Au treizième siècle enfin, un légat du Saint-Siège

UODIEQUE custodhmt. Cela conârnie co qu<3 dous diisonâ sur Iti peu d'importance qu'il faut attacher en ce point à Ëckbcrt et à Étloone*

1 Comp. Gieseler, Ltihrbuck der KirchengeschichîSt i. n, p. 11, SâG*

2 L'aveu suivant des Cathares de Monteforle, de l'année lOSÛ, ne peiil pas élre aïlégué en faveur de reiistence d'un pape ealhare : Pontîficem habemus, non itlvm Bfimanum, sed a^tum, qui quotidie per orbem terrarum [ratiez nostros visitât di^peraoxt H quando Deus illum noèù fniniMtratj tune pcccatorum no$irorum venta summà cum dewlione donatur.é, Prister nosîrum Pontificem non m90 ttlium Pontificemt tfuam.vU sine ionsnràcapiiis siL Chez LanJulphus ,TCJtïor, HUi. MedioL^SB. Quoi qa'on en ait dit (Scbraid, de Jéna, />er Mt/sHcismns des MUtelalteraf âU)^ il ne s'agit pM ici d'un honime, raais le ponUfe eu question est le Saint-Esprit, dont la communieaUoti a pour effet la rémission des pécbëâ. Comp. Gieseler, U H, p, I, 41 S.

3 Se diûuni aposiolos, et iuum papam habmi. EverTimis, 457, El Apostolimm mi omnes obedittni se fateniur hah&re, Joaehim, In Apo^^aiypiim,

* Papa Niqninia. C&nciUum San Fetiçianmn ; Bouqnel > XIV, 448^ Quidam papa iMceias nomim, Kic» Yi^uier, 2C8é

en France signale, dans une circulaire aux prélats, l'exis* tence d'un pape hérétique , résidant en Bulgarie et ayant un vicaire dans les provinces françaises du Midi^ Nous n'insisterons pas sur les assertions de quelques auteurs , qui ne donnent le nom de pape ou d'apostolique évidemment qu'à de simples évêques plus influents dans la secte et plus redoutables pour l'Église que les autres^. Ce qui pourrait nous embarrasser, ce sont les témoignages plus formels que nous venons de rapporter-, sans doute il faudrait s'empresser d'y souscrire, si chez les auteurs qui ont le mieux connu la secte, tels que Reinerius etMoneta, on trouvait une mention du pape cathare ; si parmi les mesures prises et renouvelées tant de fois par l'Église contre ces hérétiques, il y en avait une seule contre un chef suprême qu'ils auraient eu ; si dans les protocoles de l'inquisition de la France et de l'Italie on rencontrait la moindre trace de questions adressées k ce sujet aux témoins et aux accusés; si enfin dans les nombreux documents qui se rapportent aux Cathares des pays slaves, on voyait paraître une seule fois ce prétendu pape. Car si ce pape eût existé , son existence n'eùt-elle pas été aux yeux de Rome une des plus coupables, une des plus dangereuses de toutes les hérésies? Le pape catholique ne devait-il pas voir dans le pape cathare son plus redoutable adversaire, et diriger contre lui ses foudres les plus écrasantes? L'Église n'aurait-elle pas dû s'attendre k un triomphe plus facile et plus

1 Conradi legatiepistola, a. 1225 ; dans Geryasii PrœmonstrateDsisi^piftolœ, ep. 120, p. 116.

2 En 1229, Guilielmus Albigensium Apostolicus; Albericus, 529. -— En 1831 il y a à Trêves un Gregorias papa ; Gesta Trevireniium arehiepiS" eop.f 244. — £n 1235 il y a à Vilerbe an papa Joh. Beneventi; Raynald., XIII, 424. IL ne s'agit en ces trois cas qae d'éyêqaes disUngnés, semblables à ce François de Piémont qai, en 1273, dicitur magnus et dominai intereos. Procès d'Armanno PangiLoYO,chez Maratori, V, 121. Peut-être les catholiques donnaient-ils à ces éyéques le nom de papa, par rapport aax fils majeur et mineur. Gomp. Gieseler, t. II, p. II, 616.

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prompt, encommeaçânL par abattre celui qui était la tête de la secte? Heinerius, qui avait été parfait pendant di^-sept ans, ne se serait-il pas souvenu de celui que pendant si longtemps il aurait vénéré comme son chef, et ne devait-il pas, après sa rentrée dans TÉglise, faire tous ses efforts pour persuadera ses anciens frères que leur pape D'est pas le vrai? Moneta, qui avait étudié le système cathare dans les auteurs mêmes de la secte et qui le connaissait à fond , aurait-il passé sous silence un point aussi important? Les inquisiteurs, ne se seraient-i! jamais enquis d'une hérésie qui aurait eonsisté à opposer au vicaire de Jésus- Christ j au chef visible et infaillible de rÉglise, un autre vicaire, un autre chef? Ou dira-ton que le pape cathare s'entourait d'un tel mystère, qu'il demeurait inconnu à ses propres subordonnés? Mais en quoi consistait en ce cas son autorité sur son Église? Commeot celle-ci aurait-elle pu obéir a un chef dont elle ignorait l'existeuce? Toutes ces questions nous semblent trop décisives, pour que le petit nombre de témoignages sur le pape cathare soit suffisant pour les écarter ; et comme nous ne trouvons aucune réponse a y faire, nous devons plutôt admettre qu'en effet la secte rra pas eu de chef suprême. Mais comment expliquer alors les passages qui parlent de ce chef? Ces passages sont de deux espèces: ceuxd'Évervin etde Joachim, auxquels nous pouvons ajouter ceux d'Eckbert et d'Etienne de Bellevillcî et ceux relatifs au pape Nicétas, venu de Constantinopleen 1167, ainsi qu'a celui résidant vers 1220 eo Bulgarie, Quant k ces derniers, nous pensons qu'il est permis de supposer, comme nous l'avons déjà fait plus hautj qu'il ne s'agît pas de papes véritables ^ mais d'évéques exerçant par leurs qualités personnelles une autorité, qu'augmentait la circonstance qu'ils se trouvaient h la tête d'Églises ^cathares plus anciennes et ayant mieux conservé la tradition des doctrines primitives. Llnfluence exercée par ces évêques sur des Cathares étrangers a leurs diocèses et à leur payS|

n'a du reste été que momentanée; à peine INicétas est-il retourné en Grèce , qu'il n'est plus question de rapports quelconques que les Cathares de France et d'Italie auraient eus avec lui-, Tévéque slave qui, en 1223, envoya un délégué dans le Midi , ne le fit sans doute que pour encourager les Albigeois ^ persévérer au milieu de la persécution , et pour leur offrir un asile s'ils devaient être forcés de quitter la France. Jamais nulle part nous n'avons trouvé que les Cathares eussent reconnu l'autorité d'un chef suprême; leurs synodes s'assemblent librement , leurs évêques sont nommés sans aucune intervention supérieure, les affaires des différentes Églises sont réglées par elles-mêmes et par elles seules ; elles ont , il est vrai , entre elles des relations intimes de fraternité, mais elles sont aussi indépendantes les unes des autres qu'elles sont indépendantes d'un chef; rien , en un mot, ne trahit l'existence réelle d'un pape de la secte.

Pour ce qui concerne enfin les assertions générales des auteurs du douzième et du treizième siècle, nous nous rangeons de l'avis de deux historiens célèbres, qui n'y voient que le résultat d'une supposition hasardée. Comme il était dîflScile aux catholiques du moyen âge, disent M. de Sismondi et M. Hurter*, de se représenter une société religieuse sans chef, ils s'imaginaient que les Cathares devaient également obéir k un pape, ils pensaient que l'organisation épiscopale de l'Église hérétique ne pouvait pas être sans un évêque suprême, lui servant en quelque sorte de clef de voûte*, ils étaient d'autant plus portés a faire cette supposition, qu'ils aimaient k personnifier les sectes dans leurs chefs, et k considérer ceux-ci comme les lieutenants et les précurseurs de l'Antéchrist^. Les Bogomiles seuls ont eu dans le commencement un chef, le moine Basile; mais ils n'ont

1 Sismondiy Histoire des Français, Yî, 521 ; Harter, Geschichte Pabst Innoeenx III, II, 251.

2 P, ex. Joachim, In Àpocaîypsim, fo 133«.

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formé qu'une branche particulière du grand tronc du dualisme cathare; et d'ailleurs ils ont subsisté encore pendant plus d'un siècle après la mort de Basile, sans qu'on sache le moins du monde si cehii-ci a en des successeurs , et si pat conséquent c'était un dogme chez les Bogomiles d'avoir, outre leurs ministres j encore un chef suprême , un directeur de toute la secte.

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