OTE PREMIÈRE
noÎFcir aux yeus du peuple catholique, Bôssuet (II, 160 et suîv.) et Fleurj (XV, 384^ 476} furent des premiers \k souienlf la différence eutre les Vaudois et les Cathares* Ils Irouvèrenl uoe forte oppasition de ta part des protestants français Allii (p. 149 et suiv.), Baâr>age(Il, 1386 etsuiv.)*^ Abadiô(I, 338 etsuiv.), etc-, qui reprochèrent nolamoïenl ^ Févéque de Meaux une partialité , dont à cet endroit ils étaient bien moins libres que lui. îls soutinrent que les Albigeois elles Vaudois avaient été les desce»dants des premières Eglises chrétiennes ^ fondées dans la Haute-Uaïie et dans les Gaules ^ qu'ils avaient conservé la pureté de la docirÎDej qu'ils avaient eu une succession non interrompue de ministres rem on tant jusqu'à us apôtres , et que par consécpxent eiïcs avaient été T Église véritable à côté de l'Église de Rome dégénérée. Le célèbre auteur de V Histoire du Manichéisme i Beau sobre lui-même eonsifïérait les Albigeois n comme une société chrétienne que la violence des évèques avait forcée de se séparer de i'ÉgUse^. » Cette opinion protestante fut aussi défendue par Voltaire qui, soit par passion contre l'Éghse dominante , soit par ignorance , prétendit , dans son Essai sur les mmurs et l'esprit des natiom^ p, 182, que « les Manichéens j depuis appelés Albigeois ^ Vaudois ^ Lollars ^ ont été les restes des premiers chrétiens des Gaules, v
La réfutation d'opmions aussi hasardées était peu difllcîîe ; il suffîsatt de se soumettre à Tévidence des faits historiques et de se débarrasser de toute prévention de parti* C'est ce que ilrent au dernier siècle les savants historiens protestants Mosheim (Jn*/*fui* hist, ^ccUsiust,^ 551) et Fûslin (H, 161) j convaincus que^ pour légilimer sa séparation de Rome, le protestantisme n^a pas besoin de fermer les yeux a l'histoire , ils firent voir la dislance profonde qui sépare les Cathares dualistes des Vaudois monothéistes, L'Église du moyen Ûge, d'ailleurs, n'est pas coupahle d'avoir donné lieu li ia confusion j à peu d'exceptions prëSj les auteurs qui ont réfuté les deuTt sectes , les conciles, les inquisiteurs eui-mûuïes ont toujours distingué entre les Patarina et les Vaudois j entre les Albigeois el le« ftUfres de Lyon j dans les premiers temps ces derniers furent même con-
érés comme beaucoup moins hérétiques que les Cathares. Les adversaires des Vaudois sont d'accord avec les propres écrits de œnx-d sur le caractère monothéiste de leur doctrine , sur leur intention de ramener la foi , la vie j le culte et la forme de rËglise \\ la simplicité du siècle aposto-
J Biasjiâge Jîitmcl i|iî'il y a eu ju moyen ^jji? de* JiialUtcs, tnais tl en eitiut lea Alhigecif.
^ T+ 1, pré face, p. ^, T. Il, p» 6^ U est dit que Bedysabre Uiisa sd manuscrit dm traitét bÏAloriquea itir Lei Pauliciens, lei Bogomllei, let VaudûiB c£ le» Alti^eoti. lia fl'&ni pit tv \t jour
OPINIONS ÉMISES SUR l'oRIGINE DES CATHARES. 269
fiqae. Gbez eux point de spéculations ayentnrenses sur les rapports entre Diea et le monde, mais une soumission exclusive à renseignement de la Bible; point d'ascétisme enthousiaste et contraire à la nature, mais une conduite austère , conforme en presque tous ses points aux préceptes de l'Évangile; point de dogmes rappebnt le paganisme, mais des efforts sérieux de réaliser l'Ëglise de Jésus-€hrist. Si dans des circonstances graves, comme pendant la croisade contre le midi de la France , les Yaudois Grent cause commune avec les Cathares pour la défense de leur liberté religieuse et de leur indépendance nationale, ils ne renoncèrent jamais k leur caractère distinctif ; loin de fondre leurs doctrines avec le dualisme, ils le combattaient plutôt avec une ardeur, attestée par les écrivains catholiques contemporains eux-mêmes ^ Les Yaudois enfin, fondés sur une base plus vraie, ont subsisté , tandis que la secte cathare a dû s'éteindre dès que les progrès de l'esprit humain l'eurent dépassée. Il est permis de s'étonner que malgré ces faits si positifs, il se soit rencontré encore dans les temps les plus récents, des auteurs qui ont confondu les Yaudois et les Cathares. Nous ne voulons pas parier ici de Henri Schmid , de Jéna , lequel (p. 387 et suiv.) voit dans ces derniers une secte mystique qui , pour avoir mêlé au christianisme quelques éléments manichéens , n'en avait pas moins pour but de ramener les chrétiens à la piété intérieure et au mépris du monde et des formes; car malgré cela cet écrivain est un des premiers qui aient donné une idée plus claire et plus complète des Cathares jusqu'au douzième siède'. Nous avons surtout en vue quelques historiens anglais, tels que Jones, Blair, Stanley Faber, etc., chez lesquels règne au plus haut degré la confusion que nous signalons. En Angleterre cette confusion est devenue pour ainsi dire un article de foi ; on sait que la EighrChureh a la prétention de se rattacher directement k l'Église apostolique, par une série d'évoqués régulièrement consacrés; seulement il est malheureux que cette prétention , depuis longtemps abandonnée par les protestants phis éclailés du continent , soit obligée de se fonder sur une base aussi chimérique que h pureté de la foi des Pauliciens de la Grèce et de l'Arménie, des Pa* tarins de l'Italie et des Albigeois de la France. Parmi les auteurs que nous
1 Walàtnses coiUra aUos (sciL ABûgenses) aemtisàme dispmtabamt. GoiU. de Podio Laorestii , 666. ff^aUenses rtprobant, imo mauseant BÊUtemrot (Gilluret de TAlle- Magoe), et Be^utrâ» et Lueiferianos et aUos ài^ersos. Peirns de Pilicbdorf^ Traetatiis aâ^rau WaUenses ; dans U BiblioA, Patrum, Col., XDI, 3i5.
' L'nt opinion »einbUbIe est soutenac par Flalhe, I, 217 et rair., avec la différence qn'ao Uea d'ëléments aanicbéens, qu'il nie, il trooTc cbcz les Cathares des restes de gaosticisiBe , et qa*il expose son STstème d'une icanière plos confuse et soins iapartiale qoe H Schaid.
WÔTE PREMIÈRE.
menons de nommerj c'est surtout Stanley Faber qui se donne une peîue infinie pour dèmonlrer que les Cathares ont été faussement accusés de dualisme. Cependant la vérité commence aussi à se faire jour en Angleterre* Maitland a pulilié on gros volume , destiné \k prouver ia différence enire les Vatidoiset les Albigeois ■ quoiqu'il ne soit pas libre d* erreurs, cet ouvrige est un acte de courage scientifique ^ car il tend à détiiiire un des préjugés favoris de h théologie artgtaîse. Un ouvrage plus solide est la dissertation qui a été publiée, en 183i^ par un savant lIoHandais^ M, JaSj d^ Amsterdam y qui j par une critique judicieuse des doctrines et des faits , met h différence entre les deux sectes k Tabri de toute objection.
Nous terminerons cette rei?ue en citant encore les opinions de quelques écrivains français de nos jours. M. Bfuston, tout en distinguant cotre la Vaudois et les Albigeois dualistes, prétend (p. 84 et suiv., ^^ et suiv.) que les Patarins de la Lomhardie n'ont pas fait partie de la secte catliarCj inai^ ont professé depuis les premiers siècles le chnstianisrae êvangéitque. C'est une erreur ^ pardoTmahle ^ un auteur qui j Vaudois lui-même , croit rendre un service à son Ëglise , en revendiquant pour elle une plus haute antiquité» 11 en est de même de M, Monastîer, suivant lequel (t^ 71 et sui?4 les noms de Cathares , de Manichéens, d* Albigeois, etc., n'ont été que des dénominations soit injurieuses ^ soit locales de la secte des Vaudois, M. Mary-LafoUj dans son Histoire dn midi de la Francs^ déclare (II, 391) qu'il veut desiîayer de faire connaître l'hérésie albigeoise tout entière,» et il assure (p. 404) qu-'elle "se réduit au fondji aux seuls points de la doctrine vaudoise , et que les Albigeois n*ont été que a des réformateurs un peu trop mjstîques, un peu trop égarés dans l'idéal des croyances cbréttennes primitives ! u M. Julia, qui a publié une histoire de Béliers d'aUleurs fort reeomnaandable, et qui reconnait le dualisme des Albigeois^ dit (p. 7âJ néanmoins que k leurs crojanees avaient la plus grande analogie avec celles des protestants de nos jours, w C'est montrer une assez singulière ignorance du protestantisme j quand après avoir dit que les croyances albigeoises ont été manichéennes, dualistes, dokétisies, etc.j on soutient qu'elles ne dilïferent pas de celles des protestants! Quelque beureuï que nous eussions été de trouver les Cathares d'accord avec notre foi , et de les défendre contre les accusations de leurs adversaires , nous avons dû nous soumettre avant tout à la vérité historique , et si au nom de la liberté et de rhumaniié nous protestons contre les violences par lesquelles l'Église du moyen âge a combatta la secte, nous devons reconnaître aussi combien le système de celle-ci a été contraire bi la religion chrétieniie et à la véritable philosophie.