‹ Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (volume 3)Chapitre 65 sur 75 · OPINIONS ÉMISES SUR L'ORIGINE DES CATHARES · texte numérisé non relu

OPINIONS ÉMISES SUR L'ORIGINE DES CATHARES

chéen chassé d'Afrique (Albericus, 570). Mais toujours est-il qu'avant tout il faudrait démontrer Fidentité des deux doctrines; si entre le catharisme et le manichéisme il y a des différences telles , que l'un doit s'être formé indépendamment de l'autre, les germes en question n'ont pu contribuer, là où ils ont existé , qu'à une propagation plus rapide de la nouvelle secte. C'est là ce que nous admettons ; nous pensons même que des rémmiscences manichéennes dans les couvents gréco-slaves ont pu coopérer à la naissance de l'hérésie cathare. Mais c'est là toute la part que nous croyons devoir assigner au manichéisme dans l'histoire de l'origine de notre secte. Si Eckbert prétend que les Cathares ont avoué eux-mêmes leur dérivation des Manichéens, et qu'ils ont même accusé saint Augustin d'avoir trahi leurs secrets^, on ne peut rien en inférer, si ce n'est qu'au douzième siècle il y a eu à Cologne ou à Bonn des Cathares qui , aussi désireux de s'attribuer l'honneur d'une haute 'antiquité, qu'ignorants de leur véritable origine, ont cherché à se rattacher aux anciens Manichéens , dont ils avaient peut-être puisé une connaissance plus ou moins imparfaite dans les écrits de l'évêque d'Hippone^.

II. On fait venir les Cathares soit de sectes gnostiques, soit de sectes dualistes, différentes des Manichéens.

i'* Us viennent des Priscillianistes.

Cette opinion a été proposée par les auteurs de V Histoire générale du Languedoc (1, 148) 3; mais elle est réfutée d'un côté par les différences entre les deux doctrines , qui n'ont d'analogue que les points les plus saillants , communs k peu près à tous les systèmes dualistes j et de Vautre par le fait que les Cathares ne sont pas sortis de l'Espagne ou de la France pour se répandre vers l'Est, mais que , suivant les indications historiques , ils se sont propagés dans le sens précisément inverse.

^ Ils viennent des Pauliciens.

Muratori est, autant que nous sachions, le premier historien qui ait fait venir les Cathares directement des Pauliciens (Antiquit. ital, med. tsvi, V, 83). Après lui , celte opinion fut défendue avec talent par Mosheim , un des plus savants théologiens de l'Allemagne au dix-huitième siècle*, il admet que les Cathares ont été des Pauliciens qui , venant de la Bulgarie et de la Thracc, ont répandu leurs doctrines en Italie, et de là dans le reste de TOeciàeaX. (Institutt. hist, eccles,, 379 j Versuck einer Ketzergesckichte^ 369). Vers le même temps , Gibbon essaya de prouver que la doctrine paulicienne

1 Produnt autem semetipsos qubd sint de errore Manichœi, in eo, quod dicere soient, quod B, AugusUmis prodiderit sécréta eorum. P. 899.

* C'est là aussi l'opiaioa de Neaadcr, Kirckengeschichte, V, 763» aote. 3 T. III, p. I , ils sont mis en rapport plus direct avec les Manichéens.

262 ^'OTE PREMIÈliË.

a été propagée dans FEurope occideniale, Eaut par la voie du comnaerce

entre ritalîe et la Dalmatie» que par des pèlerins et des croisés qui, suivanl

la route du Danube ^ élaienl venus en coutact arec les PàulicîeDs de b Bul^

garie et de la Thrace {X, 77 et suiv.). Beaucoup d'autres auteurs ^ tels que

I Biccliioî (p. 14 et suiv.), Bossuet (11^ 168 et suiv.J> le Danois Fréd. Sclimid

L{p. 34 et âuiv.)S Hahn (p. 51)^^ Maitlaud (p. 83J, Julia (p. 66), suivent la

Iméme opioion, D* après l'esemple de Pierre de Sicile 'p. 2); la plupart de

] ces historiens confoudeot les Paulieicus et les ManicUéeus , et rattachent

[ainsi les Cathares euï-nièines à cette dernière secte, ilais les Paultciens el

l las Manichéens n'ont de commun que les analogies générales ^ résultant du

I fiiïnejpe fondamental dualiste j U côté de ces analogies^ il )' a des difierenees

f telle mont essentielles , qu'on est forcé de coHsidérer les PauUciensj qui

allaient jusqu^a maudire h mémoire de Manèi*^, comme indépendants des

Manichéens j ce qui parait le plus probable , c'est qu'ils \ienncnt d\m parti

I ^nostiqiîo de la Syrie (?oy. Gicseler, Uniersuch^ Uber die Geschichte der

^aulicianer^ 105 et suîv.).

Quant à^ropinion que les Cathares se rattachent aux Panliciensj elle ne ' pouvait être que le résultat d'une comparaison incomplète entre les systèmes de ces deux sectes. Les différences sont ici plus frappantes encore qu'entre le catharisme et le manichéisme. Le point de contact ne consiste qtie dans la base dualiste, et dans quelques conséquences qui en découlent; pour tout te reste ^ les deui systèmes s'éloignent complètement Tim de l'autre j les Fauliciens rejetaient toute espèce de culte, ils oélèbraieot le baptême et la cène, auxquels sU donnaient un autre sens que les Cathares^ l jsans éléments matériels ^ sans acte symbolique , par F unique récitation des paroles sacramentelles- les Cathai^es^ au contraire j avaient nu culte , des usages symboliques j fin pain bénît auquel ils iittachaient une {grande importance j des cérémonies accompagnant le baptême spirituel* Chez les Pauïiciens on ne reucontre aucune trace d'organisation ecclésiastique ni do hiérarchie 3 tandis que les Cathares possédaient l'une et l'autre a un degré très-remarquable. L'ascétisme cathare était également étranger aux Pauliçjêns J qui ne condamnaient ni le mariage ni l'usîige des vîandes. Or, d'oii

1 Frëd. Scbmiii envîj^igç k$Catharts cumnic idlemeot identifpicJi 3îec U-âPatiIicieûs, > qitlL se tcrt même de leur ifuléme puur compléter celiti ite ces dernier».

^ Hiho dit Diêoie qu'en France et en ttilie qr donBiit aui Catbarci iuosi îe g&m de PauJidej].^, On les appetaît^ iJ est irai, l'ablicantâ, cornr[]tion frzijtraîie du nom de l*an- ' liciens^ nmii pas,t]D sbuI auteur ne donne nuK QitliareA ce «femcerûorn lut même.

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▼iendraient ces différences radicales^ sî le catharisme n'était que le panlî* eianisme transplanté en Occident? 11 faudrait pouvoir prouver qu'à une certaine époque ce dernier système a subi une transformation complète ; mais comme aucun indice historique ne révèle ni quand ni où ni par qui il aurait èié transformé, il est beaucoup plus simple de renoncer à une hypothèse qui a contre elle une aussi profonde différence des doctrines.

dP Os viennent des Bogomiles.

Le premier historien qui considère les Cathares comme descendant de Bi^omiles , réfugiés ai Bulgarie , nous parait être Farlati , le savant auteur de fniyria sacra (lY, 44). Cette opinion qui , à cause de la grande conf<(»^ mité des deux systèmes , parait au premier coup d'œil très-plausible , a été soutenue dans les derniers temps par plusieurs écrivains distingués. M. Malter, dans son Hiêtoire du Gnasticisme, admet comme évident que les Cathares du douzième et du treizième siècle se rattachent aux Bogomiles-, il croit trouver chez eux un gnosticisme « très-reconnaissable ; » le système ctthare n'est « qu'une sorte de résumé tronqué , de traduction occidentale» des doctrines bogomiles [IH, 237, 266, 300, 3ii). Nous devons faire \ ee sujet plusieurs remarques. D'abord il nous semble que ce n'est pas sans lui faire quelque violence , qu'on pourrait découvrir un gnosticisme très-reoonnaissable dans le système cathare ; s'il y a des analogies aitre lui et la théologie des gnostiques, elles sont fortuites, et, loin d'accuser une filiation historique, elles ne proviennent , comme les analogies avec le manichéisme et le paulicianisme , que de la communauté du point de départ , de la spéculation sur l'origine du mal ; le catharisme a pu arriver par luimême k des idées semblables k des idées gnostiques. Si M. Matter dit , par exemple , p. 267, que la doctrine de la création du monde par le démon , est empruntée au gnosticisme, cela ne peut être prouvé par aucun témoignage historique ; cette doctrine n'est que la première conséquence inévitable du principe dualiste. Ensuite nous ne pensons pas que le catharisme puisse être envisagé comme le résumé tronqué de quelque autre système, notamment de celui des Bogomiles. Si nous ne nous sommes pas trompé dans h manière dont nous avons cru devoir exposer le système cathare, en suivant fidèlement les sources, nous y voyons bien plutôt un tout complet et dont les parties sont logiquonent liées entre elles, qu'un résumé tronqué, c^est-à-dire présentant des lacunes ; du moins ne savons-nous pas quelle partie en aurait été retranchée. Le catharisme du douzième et du treizième siècle, ^M>que de son développement le plus remarquable, forme un système auquel il ne manque rien ; s'il y a une doctrine incomplète , c'est bien plutôt cdle des Bogomiles; c'est de celle-ci que l'on pourrait dire, avec plus de raison, qu'on n'en possède pbis qu'un résumé tronqué, car

264 NOTE PREMIÈBE.

on n'en sait k peu près que ce qui en a été recueilli à la bMe par un tachygraphe, asiismnt à l^entreTue de Tempereur Alexis avec le chef de la secle (Auna Conmena, 488),

D'ailleurs, pour prouver que telle est Forigioe desCathafes, il Taudrait prouver aussi que les Bogomiïes sont autérieurs au onzième siècle , c'esl^kdire auléneurs à k première appaiition da dualisme cathare en Occident j or, cela ne se peut guère j le système bogomile, tel que nous le connaissons, ne se montre que depuis la seconde moitié du ûnzième siècle , taudis que dès la fin du dixième siècle ou découvre des traces caiharea en France, Cela B^a pas pu échapper h M. Matter- aussi admet-Il qne le« Cathares ^du, onzième siècle vienne ut des Paulîcîens , et que seulement ceuï des sîêekîï postérieurs se rattachent aux Bogonules(p, 257J. Pour jusiifier celte double origine, U se fonde sur le fait que les Cathares occideutauï onl professé Jusque vers le milieu du douzième siècle un dualisme absolu, et que depuis cette époque on rencontre h cété des partisans de ce système, de nombreux sectateurs d'un dualisme mitigé. Nous sommes d* accord avec M, Matler s'il attribue riniroduction en Occident de celle altération du eaiharisme primitif j k une iullueiice des dualistes mitigés ou des Bogomiïes des pays orien* taux ; mais celte inlVucuce ne porta que sur la théologie et la cosmogonie , en bissaui iûtacis les préceptes moraux j la liturgie et les principes d'orgj ûisalion ecclésiaslique , de sorte qu'il ne s'agit pas d'un système n^uti qui vint s'établir a côlé d'un syslème ancien , mais d'une simple modiU tion que subit celui-ci. Pour expliquer (es parties communes au dualisi absolu et au dualisme mitigé , il faudrait admettre que non-seulement les Cathares ^ mais les Bogomiïes eux-mêmes descendent des Pauliciens ^ c'esi là, il est vrai , l'opbion do M. Malter (p. Ml) ; mais c'est une opinion que nous croyons réfutée par ce que nous avons dit ci-dessus sur les diOerences entre la doctrine paulicienne et celle des Cathares , dont les Bogomiïes n'ont été qu'une branche.

Une opinion semblable ^ celle de Tauleur de VHUloire du GnotHciême^ 3 été défendue par un sa van l de Berlin , M. Néauder. U lui para il impossible , dit-il t de ne pas reconnaître dans les Cathares occidentaux depuis le onzième siècle, des desccudatits des Bogomiïes {IV, 4rï7), Pour le démontrer, il ne se fonde pas sur des faits historiques, mais sur la seule analogie de la doctrine. Nous devons signaler ici une contradiction qui csl échappée à cet historien d* ordinaire si judicieux ; rien j comme nous venons de le dire, ne ïui parait plus certain qu'un rapport de filiation entre les Cathares et les Bogomiïes^ ces derniers , selon lui (V^ 743), n'ont absolument rien de commun avec les Gnoalîques, et quelques pages plus loin il assurvi qu*en beaucoup de points le système cathare porte une Velle empreinte de gnosii-

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cSsme, que cela ne peut s'expliquer que par une origine orientale (p. 761). Or, si les Cathares ont de si grands rapports avec les Gnostiques, comment Tiennent-ils des Bogomiles qui n'en ont pas du tout ? Il est vrai qu'inunédiatement après M. Néander restreint, comme M. Matter, sou opinion aux Cathares qui ont professé un dualisme mitigé (p. 762) ; ceux-ci seuls , ditil, viennent des Bogomiles, tandis que les dualistes absolus viennent des Pauliciens. Mais , nous le répétons , comme à l'exception de la différence dans la manière d'envisager les rapports entre le bon et le mauvais prin- <xpe j et dans les conséquences qui en découlent pour la création du monde et la nature des âmes , les deux partis cathares enseignent les mêmes doctrines, pratiquent le même ascétisme et ont le même culte et la même hiénurdiie , il resterait à expliquer comment ils auraient pu se rencontrer en ises points si essentiels , s'ils descendaient de deux sources si différentes ; il est vrai que suivant M. Néander la différence entre ces deux sources est peu importante ; il admet à son tour que les Bogomiles sont également des descendants des Pauliciens (p. 743).

Après ce que nous avons dit tant dans la partie historique de cet ouvrage , que dans l'exposition du dualisme cathare , il est superflu de rap* peler ici notre opinion sur le genre de connexion qui nous parait exister entre les Bogomiles et les Cathares proprement dits. Nous nous bornons à observer que, par les motifs que nous venons d'alléguer contre le43ystème ^ ^; de MM. Matter et Néander, nous ne pouvons pas considérer les Cathares comme venant des Bogomiles , mais que , guidé par des considérations tirées et de l'histoire et de l'analogie des doctrines , nous envisageons Iq bogomilisme comme une branche, une modification du dualisme cathare primitif. Les autres opinions proposées pour expliquer l'origine des Bogomiles, ne nous paraissent pas suffisantes. Leurs contemporains les rattachaient tantôt aux Manichéens , tantôt à l'ancienne secte des Euchètes ou Messaliens (Psellus, 2. Euthymius, Narratio de Bogam., 5. Anna Comnena, 486. Cedrenus, I, 5i4); beaucoup d'autres ont suivi depuis cette dernière manière de voir (comp. Walch , III, 482 et suiv.) ; elle a été défendue surtout par Wolf , professeur à Wittemberg , qui a publié au commencement du dernier siècle une histoire des Bogomiles (17i2, in-4<>), et ea dernier lieu par Engelhardt, professeur à Ërlangen, qui voit dans le système de cette secte un mélange de la doctrine des anciens Euchètes avec le gnosticisme &yn2LqvLe{Kirchenge$chichtliche Abhandlungen, 162 et suiv., 191 et suiv.); cependant ce savant est lui-même forcé de dire qu'on ne peut guère s'expliquer comment ce méhinge a pu se former au onzième siècle, et surtout comment il serait venu en Thrace. Selon M. Matter, les Bogomiles sont une secte esseotiellement gnostiqoe, avec quelque» âémeots

286 NOTE phemiëre.

nianichéens (Itl, 294 et suiv.)^ tandi» que selon Néaoder ils n'ont absolu* ment rien de commua avec le gposlicismej la particularité de leur doctrine se réduisant à une espèce de « démonoiogic plus transceodanle , » baièe sur le paulicianismc (Vj 743J, Un autfe écrivain ailemaod , Sclinitzerj les fait natlffï au onzième siècle d'une des trois branches dudiâles doul parle Psellus, laquelle aurait Jini par absorber les deui autres (Dîe Ettchiien^ iWà et suiv.). Une preuve combien toutes ces questions sont obscures^ c'est que tandis que M. Scbnitiier s'efforce (p. i77) d'établir une différeoce fondamentale entre les Eucbètes du onzième siècle et ceux du quatrième | Gieseler tàcbe de dêmontTer (II, I^ 402 ei suiv.) que Les Euchètes anciens, après avoir été chassés de TAsie , se sont conservés dans la Tlirace jusqu'au onzième siècle; c'est d'eux, suivant cet historien, que sont venus les Bogomiles j qui se sont formé leur système , en ajoutant à celui des Eucbëtes quelques doctrines empruntées aux Gathares de l' Occident -

Nous ne mentionnerons que pour mémoire T opinion soutenue au dernier

; siècle par plusieurs écrivains protestants, notamment par J. L- CEder*, que ; Bogomiles, loin d'avoir enseigné une doctrine dualiste, ont professé le Nanisme dans sa pureté primitive , et n'ont été accusés dliérésie «jue

^ par la mauvaise foi de leurs adversaires.

Quant à nous , nous ne pouvons après tout cda que maintenir notre

[propre avis, exposé dans notre partie historique ^ et qui coDsisle a voir •dans tes Bogomiles des Cathares slaves , piofessanL un dualisme mitigé et modlGé partiellement en Thrace par le contact avec des Euchètes, dont

' r existence à cette époque et en ce pays nous parait prouvée par les té-

I xnoigmtgcs ïiisioriques nlléguts par M, Gieseler. L'étymologie du nom de £ogomiles nous oblige de placer parmi les Slaves h première origine de h

I secte elle-mâme, et la circonstance que les élus parmi les Euchètes n'élaient j^as astreints à se priver d'une nourriture quelconque-, nous empêche

\ d'identiiier complètement avec eux les Bogomiles ^ lesquels suivaient sous ce rapport le rigorisme sévère des dualistes cathares ^ tout enfin , nous le

I répétons J nous prouve d'abord que les Cathares occideutauï et les Bogomilea de la Thraee ont eu une origine , une souche communes , et en se-

1 cond lieu que la doctrine de ces derniers , loin d'avoir subi une influence

^ du dualisme mitigé de rOcctdentj a plutôt contribué elle-même à ccUe modification du système primitif de la secte- les Cathares de l'Oecident n*ont

i pas agi sur ceux des pays orientaux , mais ceux-ci ont agi sur ceux de rOccident,

1 Prodromui hhkttim Bngomiiomm triiicx^ djuu Eemu:!!)» , Nova sjîlogâ dïj«rt«liaiiiumpBosCDclii i754t îa-S°; t< II» p> ^<^%dLmii*

OPINIONS ÉMISES SUR l'oRIGINË DES CATHARES. 267

ni. Il y a enfin une série d'auteurs qui soutiennent l'opinion que les Cathares n'ont pas été dualistes. Cette opinion n'a guère besoin de réfutation spéciale ; nous nous bornerons à mentionner les principaux écrivains qui l'ont défendue.

lo Outre quelques auteurs du moyen âge, pour qui Farianisme était une hérésie tout aussi détestable que le manichéisme, et qui ont appelé les Cathares des Ariens, soit parce qu'ils ne connaissaient qu'imparfaitement leur système , soit parce que ce système subordonnait le Fils au Père (Roger de Hoveden, 555, 573. Annales Aquicinct., 536, etc.), il s'est trouvé quelques historiens plus modernes qui ont également prétendu que les Cathares n'ont enseigné que l'hérésie d'Arius. Le socinien Christophe Sandius s'est donué beaucoup de peine et a déployé un grand luxe d'érudition, pour démontrer l'identité du catharisme et de Farianisme , parce que ce dernier est k ses yeux le seul système vraiment chrétien , et qu'il a voulu trouver ce système chez tous les adversaires de FÉglise romaine au moyen âge {Nucleus hist. ecclesiast., 386, 396). Il est inutile d'observer qu'on n'a pas besoin de ramener à une origine arienne la doctrine cathare de la subordination du Fils , attendu qu'elle découle tout naturellement du dualisme lui-même. Si plusieurs auteurs qui ont écrit sur Fhistoire delà croisade contre les Albigeois, tels que le jésuite Benoist (l, 4), M. Parctelaine (p. 41), MM. Barrau etDarragon^, et tout récemment M. Hahn (p. 47), ont avancé que Fhérésie cathare doit son origine non-seulement aux Pauliciens ou à d'autres sectes dualistes, mais aussi à des restes ariens conservés en Occident, ils ont négligé d'en administrer les preuves. Ils ont pensé sans doute à Farianisme établi dans le midi de la France par les Yisigoths j mais Fimmense différence entre ce système et le dualisme défend d'admettre que Fun a donné naissance à Fautre; tout ce qu'on peut dire, c'est que le long règne de FÉglise arienne a dû contribuer à perpétuer dans les provinces méridionales de la France un esprit anti-catholique, et à favoriser ainsi les progrès d'une hérésie nouvelle.

2» Une opinion qui encore aujourd'hui est répandue , consiste à identifier les Cathares avec les Vaudois. Elle a été soutenue de préférence par des auteurs protestants qui , dans Fintention d'augmenter le nombre des précurseurs de la réforme , se sont efforcés de justifier les Cathares du reproche d'avoir enseigné une doctrine aussi anti-chrétienne que le dualisme (Chassanion, 29 et suiv. Percin, 1 et suiv. Léger, l, 18). Suivant ces auteurs , cette hérésie ne leur a été imputée que pour les calomnier, pour les

I « L'albigéismc était divisé en plusieurs camps obéissant chacun à un chef particulier.. 11 y avait là des Ariens, des Panthéistes, presque des Musulmans... Deux croyances prédominaient... : la doctrine manichéenne et la doctrine yaudoise.» I, p. 4.

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