‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois (volume 4)Chapitre 20 sur 29 · FR1X0B · texte numérisé non relu

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serfs de l'Église. Par suite de différentes circonstances favorables, ils s'étaient élevés, vers le milieu du douzième siècle, a une prospérité, qui ne leur faisait supporter qu'à contrecœur leur état de servitude *. C'est vers cette époque qu'un étranger, originaire du Midi2, vint s'établir a Yézelay, il s'appelait Hugues de Saint-Pierre, et appartenait évidemment à la secte des Cathares -, par son industrie il ne tarda pas a s'amasser des richesses et à obtenir une grande influence sur les autres habitants du bourg. Dès 1154, il ouvrit dans sa maison, près des moulins qu'il avait construits, des réunions auxquelles il convoqua ses concitoyens, aspirant, comme lui , à jouir plus librement du fruit de leurs peines. Dans ces réunions secrètes, il fit avec eux des exercices de piété3, c est-à-dire que, profitant de leur aversion pour les moines dont ils étaient les serfs, il les instruisit dans les doctrines cathares, et jeta ainsi les fondements d'une communauté hérétique qui ne fut découverte que plus de dix ans plus tard. Mais là ne se borna pas son activité ^ doué de toute l'ardeur méridionale4, il parla aussi dans ces réunions de la liberté civile; il fit le tableau de l'indépendance dont on jouissait dans le Midi , et parvint sans peine à éveiller dans le cœur de ses partisans le désir de s'affranchir du pouvoir despotique de l'abbé de Sainte -Madeleine. Son projet était d'établir à Vézelay un gouvernement laïque et bourgeois, semblable aux communes municipales de la Provence et du comté de Toulouse5. Pour mieux arriver à ses fins, il conseilla au comte de Nevers, Guillaume III, de dépouiller l'abbé de sa

1 Voy. Hist. de la commune de Vézelay; Aug. Thierry, 428 et suiv.

2 Hist. Vîzeliac. monast., lib. III, 526 et suiv. La supposition de M. Thierry, p. 431 , que Hugues était originaire du Midi , et la nôtre qu'il était Cathare, se confirment l'une l'autre.

3 Nonnullos pravitate sut similes clandestinis conciliabulis... sibi associabat , ut sub specie libertatis proditionem meditarentur, et obtentu pietatis dolos machinarentur. Hist. Vizel, 526.

4 Erat acer ingénia. 0. c, 526. — 5 Thierry, 4SI , 441.

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juridiction; le comte entra dans ces vues; il était depuis longtemps, ainsi que plusieurs de ses barons, hostile aux moines de Vézelay. Forts de son assistance, les habitants secouèrent le joug clérical et se constituèrent en commune ; mais ils ne possédèrent que peu de temps leur liberté; l'abbé, qui porta ses plaintes devant le pape et devant le roi, rentra dans la plénitude de ses privilèges : les chefs de la commune furent obligés de fuir; les moulins et les maisons de Hugues de Saint-Pierre, ainsi que les biens de plusieurs autres bourgeois furent ruinés, et la commune elle-même fut dissoute par ordre de Louis-le-Jeune, en 1 155; les habitant de Vézelay redevinrent serfs de l'Église. Contraints de renoncer a la liberté civile , dont ils avaient à peine eu le temps de goûter le prix, ils se réfugièrent dans le domaine de la liberté spirituelle que les leçons du meunier méridional avaient ouvert devant eux. Dans leur amertume contre leurs maîtres, ils protestèrent contre leur joug en continuant à tenir les réunions secrètes instituées par Hugues; ils y cultivèrent les germes cathares que le premier il leur avait apportés. Cette communauté hérétique ne fut découverte qu'en 1467; jusqu'à cette époque l'abbé de Vézelay, Guillaume de Marlot , n'avait été occupé que de la défense des propriétés et des privilèges de son abbaye contre les attaques du comte Guillaume IV1; son attention ne se porta sur d'autres objets, que lorsque le comte, réconcilié avec lui , fut parti pour la Terre-Sainte. C'est alors qu'il découvrit parmi les habitants du bourg plusieurs PoMicans2. Il les fît mettre a la question , mais ils cherchèrent par des détours a dissimuler leur hérésie. Ne pouvant parvenir à les convaincre, il les fit enfermer, chacun séparément ; pendant plus de soixante jours il fit de vains efforts , tantôt avec douceur, tantôt avec menaces, pour les ramener a l'Église. Il invoqua

i llist. Vizel, lib. IV, p. 556 et suiv.— - O. c, 560.

l'assistance de plusieurs prélats des provinces voisines 5 Guichard, archevêque de Lyon, Pons d'Arsac, archevêque de Narbonne, maître Gautier, évêque de Laon , vinrent a Vézelay et se joignirent a lévêque de Ncvers, Bernard, et à l'abbé Guillaume pour le jugement des hérétiques; plusieurs de ceux-ci finirent par avouer qu'ils rejetaient le baptême, l'eucharistie, le mariage et toutes les coutumes et institutions de l'Église; sur quoi les évêques les condamnèrent. Intimidés par la perspective du bûcher qui les attendait, deux des accusés demandèrent a prouver leur orthodoxie par l'épreuve de l'eau. On le leur accorda, et on choisit pour la cérémonie le jour de Pâques. Pendant la procession solennelle de cette fête, on les conduisit devant les prélats assemblés dans l'église du couvent; ils furent interrogés de nouveau, et après qu'ils eurent déclaré qu'ils étaient prêts «a démontrer, par l'épreuve de l'eau , qu'ils croyaient selon la profession qu'ils venaient de faire ; » toute l'assistance s'écria : Grâces soient rendues à Dieu! Ils furent plongés dans la rivière; l'un , dit le chroniqueur, ne succomba point; l'autre fut moins heureux ; il ne le fut pas davantage le lendemain, où il dut renouveler l'épreuve ; on le retira de l'eau , et il fut aussitôt mis à mort. Quant aux sept autres qui persistèrent dans l'hérésie , l'abbé demanda ce qu'il fallait en faire ; on répondit par le cri : Q'ils soient brûlés tous ! Ce jugement fut exécuté dans la vallée d'Écouan. Cependant le supplice des Cathares de Vézelay n'empêcha pas leur hérésie de se maintenir et de se propager dans la province; trente années plus tard on la verra remplir tout le Nivernais.

Vers la même époque où l'hérésie fut découverte a Vézelay, des missionnaires cathares tâchaient de la répandre aussi dans la Bourgogne. Deux de ces hommes vinrent à Besançon1, où ils excitèrent l'attention du peuple par leur ex-

1 Cœsar. Heislerb., 375 et suiv. D'Argentré , I, 46, et d'après lui Giescler, II, II, 530. placent ce fait en 1200. Mais comme dans le cha-

teneur ascétique ; leurs figures pâles accusaient des jeûnes rigoureux; ils marchaient sans chaussure, et ne vivaient que d'aumônes; ils assistaient régulièrement aux prières publiques dans les églises. Bientôt la curiosité du peuple se changea en admiration pour ces hommes austères; par leurs mœurs ils acquirent un ascendant, a la faveur duquel ils commencèrent à répandre aussi leurs doctrines. Les prêtres, lorsqu'ils voulurent détourner les habitants des deux hérétiques , risquèrent d'être lapidés. Suivant le moine qui rapporte ces faits, l'évêque ne sut d'autre moyen de conjurer le danger, que de consulter un nécromant1. Éclairé par cette lumière peu orthodoxe, il fit saisir et brûler les deux étrangers; pour apaiser la colère du peuple, il lui donna l'assurance qu'ils avaient fait un pacte avec le diable. On ignore si à Besançon il se conserva dans la suite quelque souvenir de leur hérésie.

Dans la Champagne, les établissements cathares formés dans la période précédente continuèrent a subsister dans la deuxième moitié du douzième siècle. On ne sait rien , il est vrai, pendant ce temps sur l'Église hérétique de Montwimer ; mais comme elle reparaît au treizième siècle aussi florissante qu'elle l'avait été dans la première période de son histoire, on doit admettre que son existence n'a pas été interrompue entre les deux époques ; elle dut au mystère profond dont elle sut s'entourer, d'échapper a l'attention de ses adversaires. A Beims il y eut également une communauté cathare secrète, composée d'hommes et de femmes. Voici le fait qui révéla son existence. Vers 1170, un clerc, rencontrant un jour une jeune fille, se promenant seule, et dont

pitre suivant Caesarius parle du Cathare Arnold, brûlé à Cologne, et qu'il commence ce chapitre par les mots in Mo tempore, c'est-à-dire vers l'époque du supplice des hérétiques de Besançon , il est évident que ce dernier fait doit être rapporté à la date du supplice d'Arnold , lequel eut lieu en 1163.

1 Csesar Heislerb., 376.

les grâces le frappèrent, s'approcha d'elle, et, après quelques mots échangés, tenta de la séduire; elle le repoussa, en disant que si jamais elle cessait d'être vierge , elle serait éternellement damnée. A cette réponse le jeune théologien de l'Église comprit aussitôt qu'elle était de la secte impure des Poblicans. Plus zélé pour la doctrine que pour les mœurs, il la fit arrêter comme suspecte d'hérésie ; comme elle ne sut pas répondre aux questions des prêtres qui procédèrent à son examen , elle demanda , dans sa simplicité , qu'on appelât une femme dont elle avait reçu les leçons, et qui , disaitelle , était capable de se défendre contre tous les arguments opposés à sa doctrine. Cette femme , arrêtée a son tour, étonna ses juges par le courage et l'habileté de sa défense. On la somma, ainsi que sa disciple, d'abjurer; elles refusèrent et furent condamnées. La maîtresse parvint sans doute à s'échapper; frappé de son intrépidité devant le tribunal ecclésiastique et de sa disparition secrète , le peuple prétendit qu'elle se sauva en jetant un paquet de fil dans l'air, et que ce fil s'envola l'entraînant après lui. La jeune fille fut brûlée ; elle monta sur le bûcher sans pousser une plainte, sans verser une larme ; la foule fut saisie d'admiration a la vue de sa joie au milieu des flammes , et au lieu de la maudire , on la compara aux martyrs du Christ1. Il paraît que ces deux femmes furent les seules Cathares qu'on découvrit à cette occasion a Reims. Depuis cette époque les traces de la secte se perdent dans cette ville ; mais on en trouve encore longtemps, surtout dans la partie flamande de l'archevêché.

En 4162, l'archevêque Henri de Reims condamna des bourgeois de la Flandre comme hérétiques ; il comprit dans son anathème plusieurs riches personnages, sur lesquels il n'avait eu que de vagues soupçons ou des dénonciations insuffisantes. Ces derniers, tout en protestant de leur ortho-

1 Rad. Coggeshale , 92. '

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doxie, quittèrent le diocèse; ils se rendirent à Tours , où se trouvait alors Alexandre III , auquel ils en appelèrent du jugement qui les condamnait. Le pape, après les avoir examinés, voulut les renvoyer absous ; mais craignant la dureté de leur archevêque , ils ne purent se décider a rentrer en Flandre. Alexandre IH écrivit alors a Henri de Reims, pour lui conseiller la modération; il vaut mieux, lui dit-il, absoudre des hommes peut-être coupables, que punir des innocents1. Les bourgeois condamnés offrirent a l'archevêque 600 marcs d'argent pour se racheter de la peine, pourvu qu'il les laissât rentrer dans leur province -, sur son refus, ils implorèrent l'intervention du roi Louis VII, qui refusa à son tour, et qui demanda au pape de souffrir que l'archevêque détruisit ces hérétiques2. Ce désir royal fit revenir Alexandre de la modération qu'il avait d'abord conseillée; car maintenant il déclara qu'il ne voulait pas prononcer lui-même dans cette affaire, mais s'abandonner au jugement de l'archevêque3. L'issue définitive du procès ne nous est pas connue ; il paraît seulement que la sentence ne fut pas modifiée, et qu'elle eut même pour résultat de faire émigrer encore d'autres Cathares flamands; en 1163, plusieurs d'entre eux vinrent a Cologne, où ils se joignirent a l'Église cathare déjà existant en cette ville4. Dans la Flandre elle-même l'hérésie fut loin d'être extirpée ; la communauté d'Arras compta toujours un grand nombre de fidèles. L'évêque de cette ville, Frumald5, en trouva tant et se vit, a ce qu'il paraît, si peu secondé, qu'embarrassé de les combattre, il ne sut qu'en exprimer son chagrin a Alexandre III ; celui-ci se borna a recommander au clergé d'Arras la surveillance la plus active6.

1 Le 23 décembre 1162. Martène et Durand, Ampliss. coll., II , 685, et Bouquet, XV, 790.

2 Bouquet XV, 790. — 3 u janvier 1163. 0. c, 792. — * Godofredi Annales, 336. — 5 De 1174 à 1183. — 6 Martène et Durand, Ampliss. coll., II , 628.

La persécution n'éclata qu'en 1182. Sur la dénonciation d'une femme , l'évêque Frumald put faire arrêter quatre des principaux Cathares de la ville ; l'un s'appelait Adam , et était un clerc plein de connaissances; un second, Radolphe, était un laïque doué d'une grande facilité de parole. Le prélat, malade, les envoya au jugement de l'archevêque Guillaume de Reims, qui se trouvait alors a Arras pour une entrevue avec le comte Philippe de Flandre. La nouvelle de la capture des quatre hérétiques eut aussitôt pour conséquence la dénonciation d'un grand nombre de partisans de la secte, de tous les rangs et de tous les états 5 des nobles, des bourgeois , des clercs , des chevaliers , des paysans , des femmes furent accusés devant le comte et l'archevêque; beaucoup d'entre eux avouèrent d'avoir professé les doctrines cathares. L'archevêque les retrancha de l'Église ; le comte fit confisquer leurs biens au profit de son trésor et de celui de l'archevêque et les envoya eux-mêmes au feu -, avant de les brûler, on leur fit subir l'épreuve de l'eau et celle du fer ardent1. Sans doute ce ne furent pas les seuls Cathares brûlés par ordre du comte Philippe; ce prince prit à tâche de témoigner son zèle pour l'Église , en punissant les hérétiques « avec une juste cruauté, sans miséricorde2. » Cependant, en les faisant tuer, il ne tua point l'hérésie; elle se retira de nouveau dans l'ombre, mais son influence mystérieuse était telle qu'on ne cessait de la redouter, et qu'un écrivain de cette époque et de ces provinces , Évrard de Réthune , crut devoir consacrer a sa réfutation un traité spécial. La violence grossière de cet écrit n'eut pas plus de succès que les flammes allumées par le comte et les anathèmes lancés par l'Église; au siècle sui-

1 Annal. Aquicinct., 536; Chron. Guill de Nangiaco, 741 ; — Andr. Silvius , prior Marchianensis, Epitomede gestis regum Francorum ; chez Bouquet, XVItl, 555.

2 ...Justà crudelitate eos immisericorditer puniebat. Rad. Coggeshale , 9:2.

vant l'inquisition trouvera de nouveau la Flandre peuplée de Cathares.

En Allemagne les progrès du catharisme ont été beaucoup plus restreints qu'en Italie et en France. Ce n'est pas que les missionnaires hérétiques n'aient pas tenté de propager leurs doctrines en ce pays ; ils y venaient de différents côtés , de l'Italie, de la Flandre, delà Hongrie, et, vers 1150, on en rencontra en Suisse , en Bavière , en Souabe , et jusque dans la Saxe1. Ce n'est pas non plus que l'état moral du clergé ait été moins propre à favoriser des projets d'opposition et de réforme -, dès le milieu du douzième siècle on entendit en Allemagne des plaintes énergiques sur la décadence de l'Église, attribuée aux tendances mondaines, à la cupidité, a l'insouciance des prélats2. Mais l'esprit germanique était plus disposé a se perdre dans les régions des abstractions métaphysiques qu'à se complaire dans les mythes du système cathare ; le sens dialectique et spéculatif des Allemands a pu les conduire plus tard a un mysticisme plus ou moins panthéiste, tandis que le dualisme a dû avoir peu d'attrait pour eux. Aussi n'est-ce que sur les bords du Rhin , sur cette terre classique des hérésies de l'Allemagne du moyen âge , que les Cathares

1 Fasti Corbej., 77 : Horum quidam etiam ex Hungarià ad nos convenerunt. Le monastère de Corbie était sur le Weser, en Saxe.

2 Voy. entre autres l'ouvrage du bénédictin Potho , du couvent de Prura, diocèse de Trêves; cet ouvrage, écrit en 1152, est intitulé : De statu domûs Dei , et fait un tableau effrayant de la décadence morale du clergé. Bibl. Patrum maxima , XXI , 489 et suiv.

sont parvenus a fonder des établissements. Déjà dans la première moitié du douzième siècle on a vu une Église cathare organisée a Cologne. Par le voisinage de la Flandre, cette Église reçut incessamment de nouveaux renforts, qui la préservèrent de la dissolution1. Vers 1160, elle comptait des membres dans plusieurs autres villes de l'archevêché de Cologne, principalement à Bonn. Le chef, l'évêque sans doute, était le laïque Arnold, habile dans la discussion , versé dans la connaissance de l'Écriture-Sainte, et inspirant un vif enthousiasme à ses disciples2; deux autres laïques, Théodoric et Marsilius , présidaient a Bonn aux assemblées de la secte3. Là, comme ailleurs , la communauté se composait principalement de tisserands et de leurs femmes4. Sous l'archevêque Réginald, on en découvrit a plusieurs reprises ; a Bonn , les chanoines Eckbert et Bertolphe eurent souvent des discussions avec eux, sans pouvoir les convertir5. Les chefs ne furent surpris qu'en 4163, pendant qu'ils étaient réunis, au nombre de huit hommes et de trois femmes, dans une grange près de Cologne6. Pour combattre leur hérésie , l'archevêque fit venir l'ancien chanoine Eckbert, qui depuis s'était retiré dans l'abbaye de Schonau dans le diocèse de Trêves. Le 2 août ils furent amenés dans la cathédrale , où , en présence du clergé et d'un peuple nombreux , Eckbert les interrogea et tâcha de les réfuter 5 comme ils soutinrent la discussion avec une remarquable sagacité, Eckbert prodigua en vain

1 Godofredi Annales, 336; Trithem., Ànn. Hirsaug., I, 451. 'l Eckbert, 912, l'appelle archicatharus ; Caesar. Heisterb , 378, dit : Quem cœteri magistrum suum fatebantur.

3 Eckbert., L c.; Trithem., I. c.

4 En s'adressanl au Cathare dans lequel il personnifie la secte, Eckbert dit, 712 : Ageopus consuetudinis tuœ, fac discurrere panuliam cum tramà per médium straminis. Plusieurs fois il parle des textrinœ où ils enseignent leurs erreurs; p. ex. p. 924.

5 Eckbert , 898.

6 Godofr. Annales, l. c; Trithem., c.

ses arguments théologiques-, la dispute fut renouvelée les jours suivants, sans avoir plus de résultat. Le 5 août, l'archevêque Réginald prononça sur eux l'excommunication , et Arnold, avec trois de ses compagnons, furent condamnés aux flammes 5 les autres consentirent a abjurer. Le bûcher fut dressé près du cimetière des juifs. Pendant le trajet par les rues de la ville, Arnold demanda qu'on lui donnât un plat et du pain ; il voulait sans doute célébrer encore avec ses frères une agape cathare, avec le pain bénit de la secte ; mais on lui refusa sa demande. Lorsqu'ils furent montés sur le bûcher et que déjà les flammes les enveloppèrent , Arnold , transporté d'enthousiasme, imposa les mains aux compagnons de son supplice, en s'écriant : Frères, soyez constants dans votre foi , dès aujourd'hui vous serez réunis aux martyrs du Christ. C'est alors qu'il se passa une scène qui fit une profonde impression sur la foule. Une jeune fille qui , n'ayant pas abjuré, aurait dû subir la même peine, avait été sauvée par quelques personnes touchées de sa beauté et de sa jeunesse. Voyant le feu qui dévorait les Cathares , elle s'écria : Où est mon maître vénéré? On lui montre Arnold expirant 5 elle s'échappe des mains de ceux qui la retiennent, et s'étant voilé le visage, elle se jette au milieu des flammes qui bientôt l'ont consumée1. A Bonn les bûchers s'allumèrent pour Théodoric et pour plusieurs de ses compagnons2. Mais les souvenirs de leurs prédications , vivifiés par l'impression produite par leur mort, se conservèrent encore longtemps chez les croyants de ces contrées; Eckbert, retiré dans son monastère de Schônau, saisi d'effroi en songeant a leur grand nombre, tant sur le Rhin que dans les autres pays de la chrétienté, voyait en eux les précurseurs de la fin du monde3 ; pour conjurer le danger dont ils menaçaient l'É-

! Eckbert., 9112; Caesar. Heisterb. , 578 , T>79; Godofr. Annales, /. c, Trithem., I. c.

2 Eckbert., 912. — 3 ibid., 899

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