‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 2 sur 113 · VII · texte numérisé non relu

VII

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complète de la secte dans tous les pays où elle a eu ses églises ; mais il nous a été impossible de réaliser ce désir dans toute son étendue; nous n’avons pu donner que ce que nous avons trouvé à notre portée, c’est-à-dire ce que nous ont fourni nos recherches dans les bibliothèques de la capitale, dans celle de notre ville, et dans plusieurs dépôts de l’Allemagne et de la Suisse.

Pour l'Italie on trouverait peut-être encore quelques faits dans les monographies qui, au dix-septième et au dix-huitième siècle, ont paru dans ce pays sur l’histoire ecclésiastique des principales villes de la Lombardie; malheureusement nous n’avons pas pu nous procurer ces livres. Les mines les plus riches seraient sans doute les archives de l’inquisition en Italie ; il est à espérer que le temps ne sera pas éloigné où dans cette noble contrée affranchie, on ne mettra plus d’obstacle aux recherches faites sur l’histoire des adversaires du despotisme spirituel au moyen âge. Quant «au midi de la France, il est très-probable que dans les bibliothèques et dans les archives il se trouve encore des documents, dont la grande collection Doat à Paris ne possède pas de copies ; notre position particulière ne nous a pas permis

documente relatifs à l'inquisition du Midi. Il est rivement à regretter qu'on n'ait pas donne suite à ce projet.

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jusqu’à ce jour d’aller puiser à ces sources. Ce qu’il y aurait de plus désirable, ce serait de retrouver quelque écrit de la secte elle-même; peut-être que dans le Languedoc ou en Lombardie , on en découvrirait encore; dans la Bosnie surtout, où le catharisme a régné plus librement que partout ailleurs jusque vers le milieu du quinzième siècle, des recherches dirigées en ce sens, amèneraient sans doute quelques découvertes importantes.

Nous avons tâché enfin d’être impartial; pour nous le catharisme est une erreur, tant sous le rapport philosophique, que sous le rapport religieux; mais nous le respectons comme une manifestation du besoin de vie et de liberté religieuses, comme une protestation de la raison et du sentiment individuels contre J autorité extérieure en matière de foi, comme un effort hardi de résoudre un des problèmes les plus difficiles qui pèsent sur l’esprit de l’homme, et de ramener la vie à une pureté plus parfaite au milieu des désordres du moyen âge. A une époque où le peuple était le plus souvent dans une ignorance

profonde sur le vrai sens des questions religieuses ,

où la liberté de conscience était également étouffée par les papes et par les rois, et où la piété risquait de se perdre dans le formalisme de cérémonies extérieures, les esprits enthousiastes qui aspiraient à

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une science, à une liberté et à une vertu plus hautes, ont pu s’égarer facilement dans les spéculations et dans les pratiques du dualisme cathare. Nous le répétons, ces spéculations sont erronées, et ces pratiques sont pour la plupart aussi contraires à la nature humaine qu’au christianisme; mais pour accorder cela, est-ce une raison pour justifier les violences inouïes par lesquelles les pouvoirs ecclésiastiques et civils ont cherché à écraser les Cathares? En nous prononçant contre les doctrines de ces derniers, ne devons-nous pas nous prononcer avec plus de force encore contre ceux qui les combattaient plus souvent par le fer et par les flammes que par le raisonnement ou par la persuasion?

Nous divisons notre ouvrage en trois parties principales, dont la première est consacrée à l’histoire. Dans celle-ci nous distinguons trois périodes; la première s’étend depuis l’origine de la secte dans les pays slaves jusqu’à son apparition plus générale en Occident, vers le milieu du douzième siècle; la seconde comprend les temps de la plus grande puissance des Cathares, jusqu’à l'avénement d’innocent III ; la troisième enfin est le temps de la lutte, et s’étend depuis les persécutions organisées par ce pape, jusqu a la disparition définitive de la secte , au

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quatorzième siècle, en Italie et en France, et au quinzième dans les pays slaves.

L’exposition de la doctrine et des mœurs des Cathares forme notre seconde partie principale. Nous avons essayé de réunir en un ensemble systématique les différents points que nous avons trouvés épars dans les sources. Comme tous ces points sont dans un rapport intime tant entre eux-mêmes qu'avec le premier principe du catharisme , le travail de les relier en un système ne nous a paru ni trop hasardé ni trop difficile. En voulant reconstruire une doctrine à l’aide d'éléments plus ou moins incomplets, on court risque, il est vrai, d’y introduire des idées qui lui ont été étrangères; nous avons tâché d’éviter cet écueil, et de ne pas quitter Je terrain de la fidélité historique. Pour compléter notre travail, nous ajoutons une troisième partie sur les moyens par lesquels l’Église du moyen âge a combattu l’hérésie cathare et ses partisans; ces moyens sont de deux sortes : châtiments prononcés par le pouvoir ecclésiastique et exécutés en partie par le pouvoir civil, et controverse théologique et philosophique. C’est une étude curieuse et souvent affligeante, et tout aussi féconde en enseignements que l'histoire de la secte elle-même : ces enseignements, nous nous sommes abstenu, dans tout le

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cours de noire ouvrage, de les formuler; les esprits non prévenus en seront frappés, sans qu’on ait besoin de les leur mettre sous les yeux.

Nous n’ajouterons plus qu’un mot; nous avons présenté une partie de notre manuscrit à l'Académie des sciences morales et politiques, et M. le secrétaire perpétuel a bien voulu lui-même en donner lecture; tout ce que nous désirons, c’est que le public ratiûe le jugement bienveillant que l'Académie a porté sur notre travail.

Strasbourg , en octobre 1 848.

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