DEPUIS INNOCENT III JUSQU'A L’EXTINCTION DE LA SECTE
pour conjurer un danger incontestable; elles lui furent inspirées par l'intérêt de sa propre conservation; la puissance de Rome chancelait dans plusieurs pays ; il fallut de nouveau la raffermir. A peine Innocent fut- il pape, que, frappé delà grandeur du péril, il comprit que l’extirpation des hérésies devait être un des principaux buts de son règne. Son imagination lui représenta les hérétiques comme des monstres épouvantables, comme des scorpions dont la morsure donne la mort éternelle , comme des sauterelles portant la désolation dans les contrées sur lesquelles elles s'abattent , comme des renards dévastant la vigne du Seigneur, comme le cheval noir monté par le démon dont il est parlé dans J 'Apocalypse1. Ces êtres terribles, -il fallait, selon Innocent III f les détruire sans miséricorde ; k ses yeux , comme k ceux de tous les docteurs de son Église, les hérétiques n'étaient pas seulement des hommes dont la raison se nourrissait d’idées fausses , mais des malfaiteurs dont la volonté pervertie ne méditait que la perte des âmes; l’hérésie n’était pas une erreur , elle était une rébellion, un crime, et le plus grand de tous. Ce jugement , basé sur l’opinion que hors de l’Église catholique le salut est impossible , et que le premier devoir des fidèles est l'obéissance h Rome , explique toutes les mesures arrêtées par Innocent III contre les sectes de son époque. Ces mesures sont loin de porter l’empreinte de la douceur, de la modération , de la charité qui auraient convenu à celui qui se disait le vicaire de Jésus-Christ ; au lieu d'aunoncer un bon pasteur qui va h la recherche' de la brebis égarée pour la ramener au bercail , elles ne trahissent qu’un despote absolu qui punit avec la dernière rigueur des sujets rebelles ; toute la politique qu’elles accusent est une politique de tyrannie, réduisant l’intolérance en système et élevant la persécution au premier rang parmi les devoirs des
1 Souvent dan» ses lettres et dans ses sermons.
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chefs de l’Église du Christ. Détruire les hérétiques et intimider les fidèles, voilà le but des violences ordonnées par Innocent III1. On a dit qu’au commencement de son règne, ce pape aurait volontiers usé de modération à l’égard des adversaires de l’Église, et qu’il ne crut devoir recourir à la force que poussé à bout par l’opiniâtreté des Albigeois à rejeter ses moyens plus conciliants. C’est une erreur, victorieusement réfutée par les faits. Si , dans sa lutte contre les Cathares de la France , Innocent commença par envoyer des légats et des missionnaires chargés de les réfuter et de les ramener par la persuasion, il ne le fit que par un effet de sa prudence politique-, le comte de Toulouse lui paraissait trop puissant encore pour pouvoir l’attaquer tout d’un coup ; pour consommer sa chute, il fallut la préparer de loin. Dans les États italiens, soumis immédiatement au pouvoir temporel du pape, ainsi que dans les pays où il se croyait sûr de l’appui du prince , il n’hésita point , il employa moins de ménagements , il ordonna dès le début les violences qu’il ne fit exécuter que plus tard contre les hérétiques provençaux. Sans doute, et nous aimons à le constater, Innocent a exprimé quelquefois des opinions différentes, plus conformes à sa mission pastorale; «tâchons, dit-il dans un de ses sermons, de dissoudre les réunions hérétiques par la fidèle prédication de la foi , car le Seigneur ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se repente et qu’il vive2; » mais c’est là une de ces inconséquences qui se rencontrent même chez les caractères les pins logiques ; et d'ailleurs , quelle valeur peut-on attacher à quelques paroles isolées, quand la vie entière de celui qui les a prononcées les contredit? Sans doute Innocent aurait désapprouvé peut-être les procédures iniques de l’inquisition sous
1 Hurler, II, $57 et suiv. Hurler emploie beaucoup de sophismes pour justifler en tout point la politique astucieuse et violente d'innocent III contre les sectes.
* Sermo î in die rinerum ; in opp., f" I *».