‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 48 sur 113 · CRÉATION DE I/HOMME. PÉCHÉ · texte numérisé non relu

CRÉATION DE I/HOMME. PÉCHÉ

auxquels ils l'entraînent; le prêtre et le lévite qui passent auprès de lui sans miséricorde, sont Melcbisédec et Aaron , incapables de le sauver; le bon Samaritain enfin est le Christ1.

Selon d’autres, le démon, après avoir fait débrouiller le chaos par ses anges, forma de limon deux corps d’hommes ; mais il essaya en vain pendant de longues années de leur donner la vie; finalement il se décida à reparaître devant le trône de Dieu , et h lui demander deux anges pour animer ces corps. L’ange du troisième ciel et celui du deuxième, depuis longtemps tourmentés du désir secret de partager la puissance de Lucifer, prièrent Dieu de les laisser partir, promettant un prompt retour. Dieu , pour les punir sans doute, ne s’opposa pas à leur départ , mais leur donna le conseil de ne pas s'endormir, alin de ne pas oublier le chemin pour revenir au ciel; s’ils s’endormaient, ajouta-t-il, il ne viendrait les rappeler qu’après un temps de sept mille ans. Les deux anges se hâtèrent de partir; bientôt le démon les fit tomber dans un profond sommeil , pendant lequel il les enferma dans des corps; l’ange du troisième ciel devint Adam, celui du deuxième devint Ève. En se réveillant, les deux anges pleurèrent de se voir bannis des cieux et enfermés dans des formes mortelles. C’est alors que, pour leur faire oublier leur patrie céleste , le démon lit le paradis et y introduisit ses deux captifs , qu’il résolut de s’asservir à jamais par de nouvelles ruses2.

Parmi le peuple enfin, l’on rencontre quelques fables d’une couleur beaucoup moius poétique. Même dans les contrées où dominait le dualisme absolu , l’imagination populaire se

1 Moneta, 110 ; Ronacursus, 208; Reinerius, 1775. Ils se servaient aussi de la parabole de l’enfant prodigue; le fils aîné était le démon, le fils cadet l’ange Adam. Moneta, 115.

- Evang. Joh., chez Benoist, I, 287, 288; Moneta, 111, 114; Disputatio, 1710.

nourrissait au hasard de mythes analogues à ceux que nous venons de rapporter; seulement elle se les représentait avec des traits plus grossiers , et auxquels chacun se croyait en droit d’ajouter ses propres fantaisies. C’est ainsi que parmi les croyants de France il y en avait qui racontaient que le diable, ayant fait le corps de l’homme d’argile, et ayant demandé que Dieu lui donnât une âme, Dieu répondit : Si tu le fais d’argile , il sera plus fort que moi et que toi , fais-le donc du limon de la mer; le diable suivit ce conseil; alors Dieu lui donna une âme en disant : C'est bien comme cela , car il ne sera ni trop fort, ni trop faible1. D’autres s’imaginaient la chose de la manière suivante : Lucifer ayant formé le corps, Dieu, pour lui faire sentir sa faiblesse, lui dit : Voyons si tu pourras le faire parler ; le diable l’essaya en vain, et se vit forcé de demander h Dieu une âme; alors Dieu souffla dans la bouche de l’homme , qui immédiatement fit un saut et cria au diable • Maintenant je ne suis plus h toi2. Un point commun en tous ces mythes , c’est que l’âme n’est pas une créature du démon , mais de Dieu ; l’opinion la plus accréditée était que les âmes des premiers hommes ont été des anges. Le démon les enferma dans des corps matériels, pour les empêcher de s’en retourner au ciel ; mais il fallut aussi un moyen de les enchaîner à perpétuité au monde mauvais; ce moyen, le démon crut le trouver dans la propagation du genre humain par l’union des sexes. Par Ève il se proposa de séduire Adam ; il voulut les faire pécher tous les deux, afin de les rendre ainsi à jamais ses esclaves, et de les ravir au monde céleste. Les ayant donc introduits dans son faux paradis, et leur ayant défendu, pour mieux les exciter, de manger de l’arbre de la science , il entra lui-même dans un serpent, et commença par séduire la femme; de lâ l'éveil

* Actes de l’induisit, de Carcassonne, 1245; Vaisselle, III, preuves, n» 2G5, p. 435.

2 Actes de l’Inquisit. de Toulouse , 1273 ; Doat, XXV, fo* 39, 59.

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