‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 50 sur 113 · CRÉATION DE L’HOMME. PÉCHÉ · texte numérisé non relu

CRÉATION DE L’HOMME. PÉCHÉ

de corps avant de revenir au ciel a dû chercher un moyen d'expliquer la multiplication de ces âmes. L’opinion qui avait prévalu dans la théologie scolastique du moyen âge , savoir que Dieu crée pour chaque nouveau corps une âme nouvelle, cette opinion ne pouvait concorder avec un système qui excluait Dieu de la conservation et du gouvernement du monde. Si Dieu consentait k créer une âme pour chaque corps que le démon fait naître, ne serait-ce pas une approbation donnée a l’ouvrage de son adversaire? Si Dieu crée de nouvelles âmes, demandaient encore les Cathares, pourquoi crée-t-il tant d’âmes destinées k la perdition? S’il les crée pures, pourquoi les loge-t-il dans des corps impurs, où elles seront soumises au péché et livrées au châtiment? Pourquoi ne retient-il pas auprès de lui les âmes innocentes , plutôt que de les abandonner au pouvoir du démon? Par ces considérations, les dualistes mitigés rejetaient le créatianisme comme contraire k la bonté et k la dignité de Dieu1 2*, ils admettaient le traducianisme qu'avaient enseigné jadis Tertullien et la plus grande partie des docteurs occidentaux3, et que malgré l’autorité de ces souvenirs , on ne cessait de leur reprocher comme une hérésie. De meme que la chair, disaient-ils, naît de la chair, l’âme naît de l’âme ; de même que pour le corps, il y a depuis le premier couple jusqu’k la fin du monde une

1 Disputatio, 1719.

2 Cette manière d'expliquer l’origine des âmes, enseignée déjà par Hilaire de Poitiers (Tractatus in Psalmum XCI, § 3; in opp., 236), par Théodoret ( Fabula hœretic., lib. V, cap. 9; in opp., IV, 274), et par Léon le Grand ( Epist . XIV ad Tvrrib.; in opp., 1 } 702), avait fini par prédomi ner sur le traducianisme, et était soutenue par saint Anselme (De concept. Virginie , cap. 7 ; in opp , 99), par Pierre Lombard (Sentent., lib. II, disl. 17, C ; p. 194), etc.

3 Selon Tertullien l’àme du premier homme avait été de substance divine, et c’est d’elle que dérivent toutes les autres; elles sont engendrées avec les corps. De animà, cap. 20; in opp., 278. Suivant saint Jérôme (Epist. 78 ad Marcellinum , in opp., IV, 642), c’était là l’opinion de la

• maxima pars Occidentalium. C'était aussi celle de Grégoire de Nysse.

génération non interrompue d’âmes, qui toutes, par conséquent, proviennent des deux anges enfermés par le démon dans les corps d’Adam et d’Ève , et se rattachent ainsi h une origine céleste1. C’est pour les dualistes mitigés une doctrine établie par Jésus-Christ lui-même , lorsqu’il dit que ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit (S. Jean III, G)2*, elle est d’ailleurs la seule qui, suivant eux, explique la transmission delà peccabilité ; ils pensent que cette transmission ne se conçoit guère, si l'on n’admet pas que le principe dans lequel réside la volonté pour le péché , c’est-à-dire l’àmc, se transmet lui-même de père en fils3. Suivant Reinerius4, il y avait un parti parmi les dualistes mitigés qui, au lieu d’adopter le traducianisme , avait conservé à cet endroit une opinion semblable à l’ancienne doctrine du dualisme absolu ; il est clair cependant que cette dernière doctrine est peu conforme à ce que le dualisme mitigé enseigne sur l’origine de l’humanité.

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