‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 55 sur 113 · RÉMISSION DES PÉCHÉS ET INITIATION AU MONDE SUPÉRIEUR · texte numérisé non relu

RÉMISSION DES PÉCHÉS ET INITIATION AU MONDE SUPÉRIEUR

Comment cette union se rétablit-elle, ou comment l’âme obtient-elle le pardon de ses péchés et la délivrance d’entre les mains du principe mauvais? En ce point la doctrine des Cathares différait profondément de celle de l’Église orthodoxe; car, comme il a été dit plus haut, ils ne pouvaient attribuer aucune puissance pour le salut h la mort de Jésus- Christ; cette mort n’a été qu’apparente, le but en a été moins de satisfaire à la justice de Dieu , que de tromper le diable. Cependant il faut aussi aux Cathares un moyen d’ob-

1 ’Eiat fi p tùvoüyoi, oftivs; Ex xotXl'aç jxrjTpô; éy(vv^0r,oav oStw xaî tlaiv «ùvoûyoi , oïttvtç tùvou/iaÎTjSav 6tk> twv àvOptôitwv xat eimv sùvoë/ot, oÏtiveç EÔvoûyiaav êiuToù; Sii -rrlv ëaoiXcîav twv oùpavôiv. 6 ouvauzvoî /topEÏv, ytopEitt». — Etang. Joh., chez Benoist, 1. 1, 292; Eckbertus, 905; Monela, 315 cl suiv. ; üisputatio, 1712.

2 Monda, 526 cl suiv.

3 Actes de l’Inquis. de Carcassonne, 1305; Doat, XXXIV, f» 100; Eymcricus, 274.

tenir la rémission de leurs péchés et de rentrer en grâce auprès de Dieu; celui-ci étant la bonté parfaite, ne peut avoir aucune communauté avec ce qui est encore mauvais ou imparfait; l’âme ne peut espérer de revenir à lui qu'après s’être dégagée de tout ce qui rattache au règne du mal et â son service impur. Outre le mérite de Jésus- Christ, l’Église enseignait aussi que par de bonnes œuvres on pouvait diminuer le poids de ses fautes, qu’on pouvait offrir ces œuvres à la justice divine en compensation des péchés et s’attendre alors à un jugement moins rigoureux. Les Cathares niaient entièrement le mérite de ces œuvres satisfactoires ; toute action bonne et pieuse n’était â leurs yeux que le simple accomplissement d’un devoir imposé par Dieu lui -même, et ne contribuait en rien h l’expiation d’une culpabilité trop profondément enracinée dans l ame, pour pouvoir être efïacée par quelques œuvres isolées, qui bien souvent ne sont bonnes qu’en apparence1. Il n’y a qu’un seul chemin pour arriver à la rémission des péchés, c’est une pénitence radicale, un changement absolu de vie; et il n’y a qu’une seule manière de faire pénitence, c’est de renoncer au monde et d’entrer dans l’Église cathare; dans cette Église seule on trouve les moyens et l’assurance du pardon; hors d’elle il n’y a point de salut, la foi cathare est la seule qui sauve, ceux qui l’embrassent sont seuls certains que leurs péchés sont â jamais oubliés2.

La réception dans l’Eglise cathare se faisait par un acte solennel , qui n’avait pas seulement une signification symbolique, mais toute l’importance et tous les effets d’un sacrement. Au dire de la secte, cet acte est institué par Jésus- Christ, quoiqu’il soit tout autre chose que le baptême d’eau , qu’ils rejetaient comme étaut une institution du mauvais

1 Moneta, 506 ; Reinerius, 1765.

2 Ebrardus, 165; Moneta, 596; Reinerius, 1762; Eymericus , 274; — es Bogomiles : Euthymius, Narratio de Bogom., 55.

LES PARFAITS

Dieu. Ils ne prétendaient reconnaître que le baptême du Saint-Esprit, qui se conférait par l’imposition des mains, et qu’ils appelaient le Consolamentum' . Ce baptême fait descendre sur l’ame le Saint-Esprit; suivant les dualistes absolus, cela veut dire qu’il l’unit de nouveau avec cet esprit céleste, préposé à sa garde, dont elle avait dû se séparer lors de sa chute, et qui désormais sera son consolateur jusqu’au moment de la mort du corps3; suivant les dualistes mitigés, cela signifie qu’il fait en effet descendre sur l’âme la troisième personne de la Trinité. Le nom de Consolamentum est donné à cet acte , parce que par l’effet de la réunion de l’âme avec l’Espril-Saintet consolateur, il devient une initiation au monde céleste, destinée h consoler les âmes pendant le temps que doit durer encore leur captivité dans le monde d’en-bas. Ce baptême spirituel est l’unique moyen de salut; il doit remettre l’âme dans son état de pureté originelle, et la délivrer de l’empire du mauvais Dieu ; il lui assure le pardon du péché et la rémission de la peine.

LES PARFAITS

Quand on avait reçu le Consolamentum, et qu’on se croyait, remis en possession de l’Esprit-Saint et affranchi de la puissance de la matière et du démon , on était considéré comme parfait; c’est là le nom par lequel la secte désignait ceux qui avaient reçu l’imposition des mains. Ce n’est à vrai dire qu'aux parfaits seuls que convenait aussi le nom de Cathares,

1 Ermengaudus, 356; Bouacursus. 309; Monda, 375 et suit.; Reincriua, 1761 et auiv.

- Monda, 4.

car eux seuls passaient pour être redevenus purs de la souillure du péché1 ; pour celte raison on les appelait aussi les /lmis de Dim, les Bonshommes, les Bons chrétiens par excellence2; çà et là on les nommait les Consolés, à cause de la grâce que leur conférait le Consolamentum*, ou bien les Consolateurs ou les Paraclets , parce qu’ils avaient le pouvoir de communiquer la même grâce à d’autres en leur donnant le baptême spirituel4. Comme par ce baptême ils faisaient redescendre le Saint-Esprit dans l’âme, et qu’ainsi ils y engendraient pour ainsi dire de nouveau le Verbe de Dieu , les Bogomiles les vénéraient comme Pères de Dieu5. Ils formaient la classe des élus6, auxquels s’appliquait tout ce qui est dit à ce sujet dans le Nouveau Testament. Les catholiques, qui les haïssaient et les craignaient plus que toutes les autres sectes , se bornaient à les appeler les hérétiques par excellence7.

Le glorieux privilège que les parfaits croyaient avoir re-

1 Eckberlus, 900. A cause du nom , il les confond avec les Catharistœ chez les Manichéens (voy. S. Augustin, De hœresibus, cap. 40; t. IX, p. 12).

2 Boni homir.sa, los boa homca ; déjà au concile de Lombers, en 1165; Mansi, XXII, 157; Petr. Vall. Cern., 556; addit. à Reinerius, chezGretser, 31; Actea de TInquis., souvent; Liber aentent. inquiait. Toloa ., 25. 105, 151. Chez Guill. de Puy-Laurens, 668, ou lit : Bononii sive Bonosii , id est hoeretici ; c’est une corruption de Bonshommes.

3 Ermengaudus, 256 ; addit. à Reinerius, l. c.

* Stepbanus de Bellavillà, 91. Suivant Alanus, HO, distinguant inter conaolatoa et perfectos; consola tos vocant eos qui nupcrad hœresim eorum renerunt , nec adhuc in ipsà confirmai sunt ... Perfectos verd illos dicuni, qui sunt in hœresi confirmali. Cette distinction ne nous parait pas justifiée ; elle ne s’accorde pas avec le sens que la secte attachait aux termes de consoler et de Consofamenlum.

0 OsovoxOt; Eutbymius, Nurratio de Bogom ., 31.

6 Evervinus, 455. Suivant cet auteur, l’imposition des mains ne confère que le grade de croyant, et ce n'est qu'aprës de nouvelles épreuves qu’on passe parmi les electi. Ce n’est pas exact ; partout ailleurs il est dit que par l’imposition des mains on devient parfait.

7 En Frauce on distinguait entre hérétiques et Vaudois; Alanus écrit:

LES PARFAITS

couvré, loin de les autoriser h passer leurs jour,s dans la tranquille béatitude d’une contemplation mystique et rêveuse, leur imposait au contraire de graves obligations et un dur

ascétisme. Ils étaient tenus d'aller de lieu en lieu pour pré-

sider les réunions religieuses , pour prêcher et enseigner, pour exhorter les croyants h la persévérance dans les persécutions, pour donner le Consolamentum à ceux qui en avaient été jugés dignes. Ils voulaient être les successeurs des apôtres du Seigneur, et les imiter aussi bien dans les privations et

les souffrances qu’ils ont endurées que dans le travail infa-

tigable pour la propagation de l’Evangile. Ils s’interdisaient la possession de toute propriété personnelle-, après avoir reçu le Consolamentum , on ne s’appartenait plus, on apportait en sacrifice 'a l’Eglise cathare son existence et ses biens ; les revenus de ceux-ci étaient ajoutés h un fonds commun, qui servait aux besoins de cette Église et de ses ministres, et qui s’augmentait de pensions, de legs et de donations faits par les croyants, et de gratifications accordées aux parfaits par les familles de ceux qui étaient consolés dans des maladies ou h l’heure de la mort1. C’est k cela que se réduisent et la communauté des biens et la soif d’argent qu’on a reprochées

Contra hœreticos et Waldenses; Guillaume de Tudéle dit, p. 14, v. 169 : ...Eretges e... sabatatz ; la même distinction est faite par le synode de Narbonne de 1245, can. 29, chez Mansi, XXIII, 564; par les tribunaux de l’inquisition; p. ex. à Toulouse, en 1244, les accusés sont interrogés super crimine hœresis et Waldensis ; Vaissette, III, preuves, 458, etc.

1 Actes de l’ Inquisit, de Carcassonne , 1545; Doat, XXII, f° 115 ; en 1510, Guill. Adzémar fait aux Bonshommes une pension annuelle d’une emina de froment; Lib. sentent, inquisit. Tolos.,iQl ; en 1501, Benoit Moulinier qui, malade, avait reçu le Cotisolamcntum, envoie, après son rétablissement , 50 sols aux parfaits , ibid., 249, etc. S’il est dit fréquemment dans les Actes de l’Inquisition, qu’ils portaient de l’argent avec eux, cela ne prouve pas qu'ils aient eu des propriétés personnelles; surtout dans les temps de persécution, quand ils ne pouvaient pas en appeler à l’hospitalité de ceux qui ne les connaissaient pas, ils étaient naturellement obligés de pourvoir eux-mémes à leurs besoins ; les sommes dont ils se ser-

aux Cathares1, dont la vie, loin d’étre facile, n’était en vérité qu’une série d’abstinences et de jeûnes ; elle était réglée par un engagement solennel qu’ils prenaient au moment de leur réception ; non-seulement ils renonçaient !a tous les liens et à toutes les joies de la famille2, mais ils faisaient vœu de pauvreté et ne se nourrissaient que de pain, de fruits, de poissons que leurs fidèles venaient leur offrir; ils iaisaient par an trois jeûnes rigoureux de quarante jours3, et jeûnaient en outre régulièrement trois fois par semaine, en ne prenant que de l’eau et du pain4.

« Nous menons, disaient-ils, une vie dure et errante ; nous fuyons de ville en ville , pareils à des brebis au milieu des loups; nous souffrons la persécution comme les apôtres et les martyrs, et pourtant notre vie est sainte et austère, elle se passe en abstinences, en prières, en travaux que rien n'interrompt ; mais tout nous est facile, parce que nous ne sommes plus de ce monde5.»

Ils avaient la règle de ne rien faire, ni voyage, ni repas, ni prière saus compagnon ; nous ne pensons pas que celte règle ait été donnée dans une autre intention que dans un but de secours et de protection réciproque, et parce que la célébration des rites exigeait la présence de deux personnes ; rien ne nous autorise h y chercher quelque signification symbolique. D’ailleurs il n’était pas indispensable que le compagnon, socius, fût lui-même un parfait; il pouvait être un

raient alors pour payer soit leur nourriture, soit les hommes armés qui les escortaient, sortaient de la caisse commune.

1 Joachim, in Apocal., f° 131*; Maitland, 460 et suiv,

2 Pelr. Y ail. Cern., 556; Liber tentent, inquisit. Tolos., 150.

3 Aelet de l'Inquirit. de Carcaston ne, 1305; Doal, XXXIV, f» 101 ; Eymericus, 440.

♦ Inquisit. de Carcastonne, l. e., f» 97 ; Liber sentent, inquitil. Tolot., 249. — Les Bogomiles : Euthymius, Narratif) de Bog., 33; Anna Comnena, Alertas, lib. XV, p. 486.

* Erervinus, 454.

LES PARFAITS

croyant d’une fidélité éprouvée, et n’était pas astreint h suivre en tout point les mêmes observances ascétiques que les Bonshommes1. Ces derniers portaient d’ordinaire des vêtements noirs2 3; sous le manteau ils avaient une bourse de cuir, contenant un exemplaire du Nouveau Testament, qui ne les quittait jamais . Ils avaient entre eux des signes particuliers de reconnaissance ; un certain mot, un certain signe suffisait pour découvrir un frère à un frère4 5; les maisons même où demeuraient des parfaits , portaient des marques secrètes , que l’œil d’un Cathare pouvait seul reconnaître6.

Les femmes parfaites portaient également un vêtement particulier, des espèces de manteaux de couleur noire6. Elles n’étaient pas tenues de voyager comme les hommes; tantôt elles habitaient seules dans des cabanes, tantôt plusieurs d’entre elles vivaient ensemble dans des maisons communes, s’occupant de travaux manuels, ou de l’éducation de jeunes filles, ou bien aussi du soin des malades et des pauvres. Elles avaient le pouvoir d’administrer le Consola mentum en des cas extrêmes; mais il n’y a pas un seul exemple qu’elles aient aussi eu le droit de prêcher au peuple; les Cathares, différents sous ce rapport des anciens Vaudois , laissaient bien plus les femmes dans leur sphère naturelle. On relâchait même quelquefois pour les parfaites la règle austère qu’elles avaient dù s’imposer, et pourvu qu elles consentissent à recevoir de nouveau le Consolamentum avant leur mort, on leur permettait de rentrer dans

1 Actes de VInquiiit. de Carcassonne, 1243; Doat, XXIII, f° 102.

2 Petr. Vall. Cern., 556.

3 Liber sentent, inquisit. Tolos., 50.

4 Ils se reconnaissaient per solam loquelam et per solos gestus. Albericus, 326.

5 Ego bene cognosco eas ( scil domos), quia habent aliqua signa per qua cognosco eas. Procès d’Armanno Pungilovo à Ferrare, chez Muratori, Antiquit. ital. medii œvi, V. 131.

6 Super tunicale. Actes de V Inquisit. de Toulouse , Doat, XXV, f° 147.

le monde1. Les parfaits et les parfaites se donnaient entre eux les noms de frère et de sœur3; mais nous n’avons pas trouvé un seul fait qui continuât l’assertion d’un auteur, que les parfaits avaient la coutume de voyager avec des parfaites3 -, celles-ci n’avaient pas même le droit de mangera une même table avec les hommes4, et les parfaits évitaient, suivant le témoignage même des adversaires , comme un des péchés les plus graves , de toucher à une femme5.

En songeant au genre de vie prescrit aux parfaits, on concevra sans peine que leur nombre n’a jamais dû être trèsconsidérable; Reinerius Sacchoni assure que de son temps, vers 1240, il y en avait à peine 4000, des deux sexes, dans toute l’Europe6; quand Reinerius écrivit, le nombre, qui avant lui a dû être plus fort, avait été réduit par la croisade contre les Albigeois, et par les condamnations prononcées par les inquisiteurs de la France et de l’Italie.

Ils étaient en grande vénération auprès des croyants de la secte, et en général auprès des populations au milieu desquelles ils menaient leur vie simple et austère. Quand iis arrivaient dans un village ou dans un château, chacun s’empressait de les recevoir, de les servir, de leur fournir les choses nécessaires k l’existence ; l’un apportait du pain , des légumes, des poissons, un autre envoyait du vin ou de l’argent ; un troisième leur offrait de la toile ou du drap pour

* P. ex. Adélaïde, femme du chevalier Alziou de Massabrac. Acta de l'Inquisit. de Carcanonne, 1243; Doat, XXIV, f» 203 et suiv.

2 Ibid., f» 19 et suiv.

3 Ual’ent inter se feminas, ut dicunt, continentes, viducu, virgines, uxores suas quasdam inter electus, quasdam inter credentes ; quasi ad formant Apostolorum, quibus concessa fuit potestas circumducendi mulieres Evervinus, 457 ; S. Ucrnardi Sermo,65 et 56 ; I, 1494, 1497.

* P. ex. Actes de l'Inquisit. de Carcassonne, 1243; Doal, XXIII, f° 167.

5 Non tangunt mulierem nec permittunt se tangi a muliere. Liber sentent. inquisit. Tolos., 150; Polr. Vall. Ccru., 556.

6 Reinerius, 1767.

LES PARFAITS

leurs habits; il y a même des exemples qu’on leur payait des tributs annuels en argent ou en vivres. Les plus riches barons se faisaient un honneur de les servir à table; ils leur donnaient des chevaux , leur fournissaient des escortes armées, faisaient des donations et des legs en faveur de leur communauté. En temps de danger on les cachait, on les prévenait de l’approche de leurs ennemis, et on s’exposait soi-même pour les conduire en des lieux sûrs. Leurs prédications étaient suivies avec un recueillement qu’on ne remarquait pas toujours dans les églises catholiques; on suivait avec respect leurs conseils; ils exerçaient une influence, à laquelle les seigneurs comme les gens du peuple n’hésitaient pas à se soumettre1. Le peuple leur attribuait des forces surnaturelles; il croyait qu’en lisant dans leur livre, ils pouvaient conjurer la foudre et les vents2. Leur bénédiction avait le plus grand prix pour ceux auxquels ils l’accordaient; quand un croyant rencontrait un parfait ou venait en sa maison, il lui faisait une révérence profonde, en découvrant la tête et en fléchissant les genoux , et lui disait : « Bon chrétien , hénissez-moi 3 ; » ou bien il l’embrassait, en posant les mains sur ses bras, et en inclinant trois fois la tête sur ses épaules ; chaque inclinaison était accompagnée des mots : « Bénissezmoi; » les femmes saluaient en baissant la tête et en joignant les mains sur la poitrine4. Le parfait, admis au repas d’un fidèle, prononçait l’oraison dominicale; a chaque service, les assistants demandaient sa bénédiction, et il répondait, comme pour les saluts : «Que le Seigneur vous bénisse5.» En entrant dans une maison et en la quittant, il bénissait

1 Actes de l’ Inquisit., très-souvent ; voy. aussi la partie historique.

2 Actes fiel’ Inquisit. de Toulouse, 1275; Doat, XXV, f° 216.

3 Procès d'Artnanno Pungilovo; chez Muratori , Antiquit. ital ., V,

4 Liber sentent, inquisit. Tolos., 19, 21, etc.

5 Actes de l’inquisit. de Carcassonne , 1244; Doat, XXIII, f° 127 etsuiv.

il. ?

ceux qui l’habitaient1. La même vénération était rendue aux femmes parfaites ; on n’était pas moins jaloux de leur bénédiction que de celle des hommes; elles prononçaient les mêmes formules lors des saluts et des repas; seulement les hommes se bornaient k incliner devant elles la tête et h croiser les mains2.

LES CROYANTS. NÉCESSITÉ Dü CONSOLAMENTUM POUR MOURIR SAUVÉ.

Si k cause de la difticulté d’arriver k la perfection , et de l’austérité de la vie qu’il fallait mener après avoir reçu le Consolamentum, le nombre des parfaits a dû être assez restreint, la secte comptait en revanche dans tous les pays de nombreux partisans, qui professaient pour les doctrines fondamentales du catharisme une foi souvent superstitieuse, et pour les Bonshommes une vénération sans bornes. On les appelait les fidèles, les croyants ( credentes ) de la secte. Suivant un document du douzième siècle, il y avait encore un grade inférieur k celui de croyant; c’était celui d'auditeur; on donnait ce nom k ceux qui recevaient la première instruction dans la religion cathare, tandis que les croyants étaient ceux chez lesquels cette instruction avait déjk porté ses fruits3. Cette distinction, quoiqu’elle n’ait rien de contraire

« Ibid. y XXII, fo 197.

? Ibid., 1246 ; XXIV, fo 255 , etc.

3 Hœresis hœc divertis distincta est gradibus; habet enim alditorfs, qui ad errorem initiantur ; habet crbdbntes , qui jam decepti sunt. L’Eglise de Liège à Lucius II, 1144; chez Marténe et Durand, Amplis*, collectio , I, 776. Comp. Evervini Epistola, 455 : Prius per manils imposition nem de numéro corum quos auditorbs vocant, recipiunt eum inter credentes,..

LES CROYANTS

à l’esprit de la secte, ne paraît cependant pas avoir été une règle générale; car plus tard on n'en trouve plus de traces , il n’est toujours question que de croyants et de parfaits.

Comme il était du plus haut intérêt pour ces derniers que le nombre de leurs fidèles fût très-considérable, ils leur permettaient encore bien des choses que leur doctrine rigoureuse leur interdisait à eux-mêmes. Les croyants pouvaient être mariés , posséder des richesses , faire la guerre , et se nourrir de tout ce que produit la nature, sauf à se confesser de ces péchés aux ministres de la secte. Ils n’étaient pas tous initiés aux détails les plus secrets du système cathare ; ce n’est qu’à ceux dont la persévérance n’inspirait pas de doute, que l’on donnait une instruction plus complète1. Mais ce qu'on s’efforçait d’inculquer à tous, c’est que hors de la secte il n’y a point de salut, et que par conséquent le croyant qui désirait être sauvé, devait nécessairement passer un jour par le Consolamenlum. Cet acte pouvait être différé jusqu’à la mort, mais si l’on mourait sans avoir reçu l’imposition des mains, on mourait inconsolé , sans l’espoir d’un salut immédiat2; l’âme, disait-on, émigre dans un autre corps pour recommencer son expiation, ou bien, selon les dualistes mitigés, elle est laissée sans retour entre les mains du principe mauvais. Cette opinion était profondément enracinée dans l’esprit des croyants cathares; les monuments du temps rapportent une multitude d’exemples de croyants qui, soit blessés mortellement, soit couchés sur leur lit de mort, demandent encore le Consolamenlum, afin d’obtenir la rémission de leurs péchés, et de passer immédiatement au séjour

1 Reinerius , 1768. Actes de V Inquisition de Carcassonne , 1305. Doat, XXXIV, f° 102 ; Non omnibus credentibus suis dicunt nec révélant nec prœdicant omnia,... nisi solùm bene suis familiaribus et bene firmis.

2 Sleph. deBellavillà, 91 ; adtlil. à Reinerius, chez. Grelser, 40.

céleste; ou vit même des parents, dans l'espoir de sauver l'âme d'un enfant de deux ans qui se mourait, lui faire imposer les mains par les ministres de la secte1 Ceux-ci cependant attachaient de certaines conditions au Consolamentum donné aux malades en danger de mort; nonseulement ils leur faisaient promettre qu’en cas de guérison ils garderaient le même engagement que prenaient tous les aspirants au grade de parfait, mais ils s’informaient avec soin si le désir d’être consolé était vraiment sincère, si le malade ne ^demandait pas uniquement pour arriver, après une vie de péché , plus vite et plus facilement au ciel. En 1231, une femme malade demanda le Consolamentum ; on le lui refusa parce que «si elle vivait, il lui serait fort difficile de s'astreindre au régime sévère des parfaits2.» Souvent si la crise qui avait paru présager la mort passait et que le malade guérissait avant l’arrivée des ministres qu’il avait fait appeler pour le consoler, la cérémonie n’avait pas lieu , on l’ajournait pour laisser au croyant le temps d éprouver la réalité de son désir3. Dans les temps de persécution , où les Cathares pouvaient craindre de voir diminuer l’enthousiasme de leurs fidèles, ils faisaient avec eux un pacte particulier, a l’effet de s’assurer de leur constant attachement à la secte; ils leur permettaient de vivre dans le monde, affranchis des règles sévères imposées aux parfaits, â condition de promettre qu’en cas de danger ou de maladie, ils se feraient recevoir par le Consolamentum pour avoir « une bonne fin,» et que s’ils ne mouraient pas, ils subiraient toutes les conséquences de leur réception . Ce pacte, que faisaient des hommes, des femmes, des enfants même4, et par lequel on se mettait

1 Liber sentent, inquisit. Tolos ., 190.

2 Actes de l’ Inquisit. de Carcassonne, 1245 ; l)oat, XXIV, f' 125.

3 Actes de V Inquisit., souvent.

4 Liber sentent, inquisit. Tolos., 29, 42.

LES CROYANTS. 101

eu quelque sorte à la disposition de Dieu . c'est-à-dire de la secte, s'appelait « la Convenenza1.»

Peut-être l’ajournement du Consolamentum jusqu'à l’heure de la mort avait-il encore un autre motif. La secte enseignait que si après l’avoir reçu on pèche de nouveau, on perd le Saint-Esprit, et qu’on retombe sous le pouvoir du démon; pour mourir par conséquent avec l’assurance de la rémission de ses fautes, on ne se faisait donner le baptême spirituel qu’à un moment tellement rapproché de la mort, qu’on ne croyait plus avoir le temps d’annuler par une rechute les effets de la grâce reçue; c’est comme ces chrétiens du quatrième siècle qui ne se faisaient baptiser qu’à l’heuré de la mort, parce qu’ils attribuaient au baptême la vertu de les laver de tous les péchés de leur vie. En tout cas on ne peut s’empêcher de reconnaître une certaine analogie entre le Consolamentum donné aux mourants et les indulgences que l’Église accordait à ses fidèles; cet ajournement était conforme à l’esprit de l’époque; les abstinences prescrites aux parfaits devaient peu convenir à beaucoup d’hommes du douzième et du treizième siècle ; elles n’étaient guère du goût de la plupart des chevaliers qui aimaient le plaisir et la guerre; ils voulaient s’assurer du ciel, tout en continuant à vivre pour la terre; ils ne demandaient qu’à mourir consolés, de même que beaucoup de membres de l'Église ne croyaient mourir sauvés qu’en se faisant administrer le sacrement de l’Eucharistie ou en se faisant revêtir , sur leur lit de mort , de l’habit de quelque ordre religieux. Les Cathares, loin de rester fidèles à leur prétention d’élaguer du christianisme tout ce qui n’est qu’un acte extérieur, avaient fini ainsi par attribuer euxmêmes à leur Consolamentum une espèce de vertu magique

1 Liber sentent, inquitil. Tolos., 13, 19, ïi, 23, etc. Kyinericus, 271, l'appelle l,a Convinenzn. On promettait de stare in cunveniencin f)ei. Liber sentent., otc., 101 . Convenentia était au moyen âge synonyme de Conventio, pactum. Voy. Du Cange, II, 580.

et surnaturelle ; emportés par la tendance générale du moyen âge. ils étaient retombés dans l’erreur qu’ils avaient voulu éviter et qu’ils reprochaient constamment aux catholiques.

Pour empêcher que l’effet produit par le Consolamenlum ne se perdit de nouveau , on suivait , dans certains cas , une coutume d’une horrible sévérité : on commandait aux malades dont on n’était pas tout à fait sûr, de se laisser mourir en s’abstenant de toute nourriture1. On dit même qu’il y avait des Cathares exaltés qui proposaient aux malades le choix de mourir comme martyrs ou comme confesseurs ; ceux qui choisissaient l’état de martyr, étaient étranglés par le moyen d’un linge passé autour du cou ; ceux qui préféraient la mort des simples confesseurs, devaient se laisser mourir de faim2. Cette abstinence de toute nourriture, pour accélérer le moment où l’âme serait affranchie des dernières entraves de la matière, s’appelait V endura3. Ce genre de mort n’était pas seulement imposé à des malades ou choisi par eux pour hâter leur délivrance; bien souvent aussi des Cathares, avertis d’un danger, se mettaient en endura, pour ne pas tomber vivants entre les mains des inquisiteurs; ou bien c’étaient des prisonniers qui se laissaient mourir de faim pour éviter les horreurs de la mort dans les flammes4. Dans des cas de ce genre on ne se privait pas seulement de nourriture, on employait des moyens plus directs pour abréger la vie, on se mettait dans un bain et on s’y faisait ouvrir les

' line femme malade ayant reçu le Consolamenlum, le ministre cathare inhibuit ne amodo aliquis cibus ministraretur dicta infirma hereticata,... et de totà nocte nec de die sequenti nullus cibus tel potus fuit et ministratus , ne dicta infirma perderet bonum quod recepcrat. Lib sentent, inquisit. Tolos., 134, etc.

2 Manuterogi ad hoc specialiter deputato, quod teuton tee vocalur Unterluch, ipsum strangulant... Addil. à Reiuerius, chez Grelscr, 40.

3 Liber sentent, inquisit. Tolos., 28, 33, 70, 111, etc.

* Montolina per sex septimanas steterat in kndura et nec eomederal nec biherat nisi aquam frigidam. Ibid.. 28, 111, 179.

LES CROYANTS

veines, on prenait des potions empoisonnées et mêlées avec du verre pilé, on se perçait le cœur avec le premier instrument pointu tombant sous la main1 Loin d’être un péché aux yeux des Cathares, cette mort violente était pour eux une preuve de foi, une marque de sainteté2; cependant elle n’était pas, comme on aurait pu s’y attendre, une loi générale pour tous les membres arrivés à la perfection ; elle n’était permise que dans les moments de danger extrême, soit comme un moyen d’abréger une maladie qu’on considérait comme un avertissement que l’heure de la délivrance était proche; soit comme un moyen de se soustraire aux recherches des ennemis ou de ne pas subir les supplices que ceux-ci multipliaient pour ébranler la constance des croyants effrayés. Aussi longtemps que le péril n’était pas imminent, les parfaits devaient supporter la vie , jusqu’il ce que Dieu lui-même . vînt rappeler leurs âmes; ils devaient continuer à vivre sur la terre pour achever leur pénitence; ils le devaient aussi pour représenter, au milieu du monde mauvais , la véritable Église de Jésus-Christ.

1 Guilleima de Proaudo, de Toulouse (1509; recepta per hcereticos, in abstinencià quam ipsi vocant kmdlram multis diebus per durons, .. mortemque corporalem sibi accélérons, sanguinem minuendo , balncum frequentando , potumque letifferum ex succo cucumerum silvestrium inmisso in eo vitro fracto quo frangerentur ejus viscera in fine, ut finiret celerius petitum , avide assumendo, ad mortern festinavit œternam. L. c, 35. Une autre posuit se in endura ut moreretur in cà, et balneabat se, et in dicto balneo fecit sibi minui (c’est-à-dire saigner),... quia timebat capi per inquisitores , et ut citius moreretur. Ibid., 70. Ou bien ils tiennent prêt quelqu'instrument pointu, un poignard, une alêne, etc., cum quo perforarentur in latere subitô si venirent nuncii inquisitorum. Ibid., 76.

2 Une opinion semblable se trouve déjà chez les Cathares de Monteforte, en 1030 : /Vemo nostrûm sine tormentis vitam finit, ut œtema tor menta evadere possimus... Si nos per tormenta a malis hominibus nobis ingesta deficimus, gaudcmus ; si autem aliquando nos ad mortem natura perducit , proxi mus noster, antequam animam damtis, quoquomodo interficit nos. Landulphus senior, 89.

l’église cathare.

Nous avons déjà remarqué à plusieurs reprises que les Cathares prétendaient former la véritable Église chrétienne. Suivant leur doctrine, l’Église consiste dans la réunion de ceux qui, en croyant à la révélation du Dieu bon par Jésus- Christ , et en accomplissant parfaitement ses préceptes , se sont affranchis des liens de la matière et de la puissance du démon ; en un mot, l'Église est la réunion des parfaits de la secte; ceux-ci sont seuls les bons chrétiens, les brebis du Seigneur, les successeurs des apôtres , le peuple de Dieu sur la terre1. Cette idée est conforme à toutes les prémisses du système cathare; l’Église, d’après ce système, doit être pure et sainte dans les mœurs et avoir la vraie intelligence du christianisme; quelque vraie que soit celte idée en ellemême, les Cathares tombent dans la même erreur qu’ils reprochent aux catholiques , en prétendant que leur association est la parfaite réalisation de l’Église, ou en confondant la forme extérieure et visible avec l’Église idéale et invisible

C’est parce qu’ils croyaient à la succession et au caractère apostolique de leur Église , qu’ils ne cessaient de protester vivement contre l'accusation d’hérésie : les méchants seuls, disaient-ils, nous appellent hérétiques; nous ne le sommes pas, nous sommes les vrais chrétiens , les fils du Christ dont l’héritage nous appartient1. Ils allaient jusqu’à dire que dans

1 Evervintii, 454 ; S. Bemardi Sermo, 66 ; 1, 1500; Eckbertus, 898, 9005 Disputait», 1752; les Bogomiles ; Euthymius, Narratio de Bogom., 35.

* Malœ gentes nos vocant hirrclicos, et nos non sumus haretici, ymo su mus boni christiani , illi gui recipiunt pliationem seu adoptationem n Chrislo, illi sont boni christiani, et taies possidebunl hareditatem Christ). Actes de l’Inquisit. de Carcassonne, 1305; l>oat, XXXIV, f» 100.

L’ÉGLISE CATHARE. 105

leur Église s'était conservé le don des miracles . promis par Jésus-Christ à ceux qui auraient cru (S. Marc XVI, 17, 18); mais seulement un petit nombre d'entre eux prenaient les paroles du Sauveur dans un sens littéral et matériel1 : l’opinion générale y attachait un sens allégorique, et les miracles cathares étaient la conversion des âmes h Dieu , leur délivrance de la servitude du démon , leur union nouvelle avec le Saint-Esprit2.

Une conséquence de leur manière de se représenter l’Église est que les impies, les incrédules, les méchants doivent en être exclus ; elle ne se compose que de membres parfaits3 4. En faisant l’application de ce principe à l'Église romaine , h laquelle ils reprochaient de prétendre à la pureté et h la sainteté, tout en maintenant en son sein des membres imparfaits, ils lui refusaient le caractère et le nom d’Églisc; comment, disaient-ils, saurait-elle être vraie, quand on y voit des méchants mêlés aux bons? Elle qui compte en son sein tant d’hommes adonnés h tous les vices, comment serait-elle cette « Église glorieuse, dont parle saint Paul, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et irrépréhensible?» (Epb. V,27)*, Dans la véritable Église doivent régner l’amour et la charité ; elle ne doit point connaître l’esprit de rigueur ni de persécution; d’ailleurs qu’y aurait-il à punir dans une Église où tout est pur? Une Église qui a des membres contre lesquels elle doit sévir elle-même; une Église surtout qui sévit contre les saints, comment se-

1 Mono ta, ï*i.

2 Ils font des miracles quando convertunt aliquem hominem ad Ueum, et dtrmonia et peccata ab eo ejiciunt , serpentes id est venenosas cogitationes ab eo tollunt ; linguis novis loquuntur, quia ipsi credentibus suis inaudita proférant. Disputatio , 1750.

3 Nostra est EccUsia, ubi sont homines justi cl casti. non mentienles, non fraudantes. Disputatio, 1752. In Ecelesia Dei non st<nt boni et ma/i. Peregrinus Priscianus, 95.

4 Ebrardus, 155,; Disputatio, 1751.

rail-ellc digne du nom qu elle s’arroge1? Ils reprochaient en outre au catholicisme les pompes de son culte, les richesses et le luxe de ses prélats, les honneurs que lui rendait le monde 2 ; voyez ses fruits, s’écriaient leurs ministres dans leurs prédications au peuple, ces fruits sont l’avarice, l’ambition, l’oppression; or c’est par les fruits qu’il faut juger de la nature de l’arbre3. De même que lesVaudois et d’autres sectes, ils prétendaient que la décadence de l’Église avait commencé depuis le temps du pape Silvestre; ils partageaient la fausse croyance répandue par les papes eux-mêmes , que l’empereur Constantin avait fait donation au Saint-Siège de territoires considérables; la dégénération de l’autorité spirituelle datait pour eux de l’acceptation par un ministre chrétien d’une puissance purement temporelle et terrestre , et c’est pour ne pas avoir refusé cette puissance, qu’ils appelaient le pape Silvestre l’antéchrist, « le fils de la perdition qui s’est assis comme un Dieu dans le temple de Dieu, voulant passer lui-même pour un Dieu» (2e épîlre aux Thés. II, 3, 4)4. Depuis cette époque, suivant eux , la corruption s’est constamment accrue dans une proportion de plus en plus effrayante, jusqu’à ce que finalement on enseignât et on crût dans l’Église de Rome le contraire de ce qu’avaient cru et enseigné ses fondateurs5; cette Église, disait le peuple, n’est plus « qu’une maison où se débitent des faussetés et des impostures6 ; » ses miracles sont trompeurs, ceux qui les opèrent

1 Monola, 508. En se fondant sur S. Matlh. Vil, 1, et Rom. XII, IA, ils disaient que malefaciunt sacerdotes vestri qui judicant , maledicunt. excommunicant et corulemnant nos. Disput p. 1744. Ecclesia non debet persequi tnalos. Peregr. Priscianus, 95.

2 Moneta, 395 et suiv.

3 Ibid., 390; ils citent S. Matlh. VII, 17, 18 ; S. Jean XIV, 12.

4 Bonacursus, 209.

5 Eckbertus, 919.

6 Domus in qua dicuntur falsitates et tricharice. Actes de l’Inquisit. de Carcassonne, 1247 ; Doat, XXII, f<> 98.

l’église cathare.

sont les faux prophètes annoncés par Jésus-Christ (S. MaUh. XXIV, 24)1; ses sacrements sont institués parle démon pour décevoir les hommes2; ses coutumes sont mauvaises, elles sont étrangères au Nouveau Testament et à l’Église primitive3; en un mol, tout en elle a été faussé et perverti par l’influence du démon , n’aspirant qu’à ruiner ce que Dieu avait entrepris pour le salut des âmes Les hérétiques sont donc ceux qui persistent dans cette Église et qui la croient bonne, quoiqu’on ne puisse pas être sauvé en elle ; elle est la synagogue du démon, l'Église du mauvais Dieu, celle dont il est parlé dans le dix-septième chapitre de l’Apocalypse4. Que faire donc pour être sauvé? La réponse était simple: sortir de l’Église catholique pour entrer dans celle des Cathares. Celle-ci prétendait assurer à ses membres toutes les grâces, dont elle contestait la possession à l’Église de Rome. Embrasser la secte, se faire donner le baplême de l’Esprit et renoncer au monde pour mener la vie des parfaits, telles sont les conditions uniques et indispensables du salut des âmes. Ceux qui ont rempli ces conditions sont seuls les membres de la vraie Église, leurs péchés leur sont pardonnés, ils ont le Saint-Esprit. Il paraîtrait naturel d’admettre qu’une fois en possession de ce Saint-Esprit, l’àme devrait être préservée par lui de toute chute ultérieure, en d’autres termes qu’elle ne devrait plus pouvoir consentir au mal. D’ailleurs un des auteurs qui les connaissaient le mieux, assure qu’ils ont enseigné que celui qui a le Saint-Esprit ne pèche plus5; cependant cette opinion est contredite par une série d’autres témoignages, qui en réalité sont plus conformes au système,

1 Ibid.; Monda, 222.

2 Ebrardas, 153 ; Rdnerius, 1761 ; Liber sentent, inquisit. Tolos ., 37.

3 Monda, 391.

4 Pdr. Vall. Cern., 556; Monda, 397; Actes de l’ Inquisit. de Carcassonne, 1247; Doat, XXII, f® 98; Liber sentent, inquisit. Tolos., 37.

5 Nullus Spiritum sanctum habens potest peccare. Monda, 274.

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et qui en outre sont appuyés par des Faits historiques. En effet, quand on songe que i’àme, aussi longtemps qu’elle n'a pas été délivrée par la mort des chaînes de la matière , reste exposée à toutes les influences du monde, et qu’après le Consolamentum le démon doit redoubler d’efforts et de ruses pour ressaisir la victime qui lui échappe, on ne peut pas admettre que les Cathares aient nié sérieusement la possibilité du péché après l’imposition des mains. Aussi tous les auteurs, et celui-là même dont nous venons de mentionner une assertion contraire, attestent-ils que selon la doctrine de la secte, les parfaits n’étaient pas à l’abri de la tentation1. Les péchés véniels s’expiaient par une simple confession ; ils n’enlralnaient pas, comme les péchés mortels, la perte du Saint- Esprit que le Consolamentum avait rendu à l’âme2. On sait qu’au nombre de ces derniers péchés les Cathares ne comptaient pas seulement ce que la morale chrétienne entendait parce nom-, on perdait aussi le Saint-Esprit en mangeant de nouveau de la viande, en buvant du lait, en tuant un animal, en communiquant avec un homme du monde sans s’efforcer de le convertir3 ; on se souvient que la morale cathare considère tout cela comme des péchés mortels aussi graves que l’homicide ou l’adultère. La conséquence de la perte du Saint-Esprit est le retour sous le joug du démon ou la damnation, et partant l’exclusion de la communauté des

1 Monota, 502; Stepb. de Bellavillà, 91.

2 Statim Spiritum sanctum amittunt. Stepb. de Bellavillà, 91 ; Moneta, 502; Rcinerius, 1764.

3 ...Sicut est comedere cornent aut ovum tel caséum, vel inter ficere avem, vel aliquod animal, prœter repentta... Ermengaudus, 256, 257; ...vel communicando mundatiis ;... si pulicem occidunt, vel muscam... Steph. de Bellavillà, 91. Cet auteur ajoute : Vel bibendum modicum vini , ...vel si herbam cvellunt, vel ramum, vel fructum arboris disccrpunt. Cependant on a vu qu’ils avaient le droit de boire du vin et de se nourrir de fruits; il parait que le frère Étienne était en train de les charger.

l’église cathare.

parfaits*. Car le péché mortel commis après le Consolamentum est le péché contre le Saint-Esprit, le seul qui, selon Jésus-Christ, ne sera point pardonné (S. Matth. XII, 31); il est une seconde séparation de l àme de cet Esprit céleste qui dans le Consolmienlum s’était de nouveau réuni avec elle, il est une rechute aussi profonde, aussi absolue que la chute primitive, il annule tous les etfels de la pénitence antérieure1 2. Pour s’en relever, il faut donc recommencer l’expiation ; les pénitences , les jeûnes , les prières , toutes les œuvres quelconques n’y font rien , il faut se présenter de nouveau devant les ministres de la secte, pour recevoir de nouveau l'imposition des mains, comme si on ne l’avait jamais reçue. Cet acte s’appelait la Reconsolation de l’âme3. Il se faisait avec la même solennité que le Consolamenlum, mais en secret et sans autres témoins que les parfaits chargés de l’accomplir, afin de ne pas attrister les fidèles et de ne pas couvrir de confusion le pécheur repentant4. Le Cathare ainsi reconsolé rentrait dans la jouissance de tous les privilèges des parfaits, et si désormais il ne violait plus son engagement, il pouvait vivre tranquille, jusqu'à ce que la mort lui rouvrit les portes de sa patrie céleste , dont Dieu lui-même n’avait pas le droit de lui refuser l’entrée.

La même reconsolation était nécessaire à ceux qui avaient reçu l’imposition des mains d’un parfait qui , au moment de l’acte, se trouvait en état de péché mortel; quelle que fût leur foi à la vertu de cet acte , il demeurait sans effet pour eux, parce que celui qui devait l’accomplir avait perdu son Saint-Esprit; en l’ayant perdu lui-même, comment pouvait-

1 Si quit peccaverit pottquam bapiitmum eorum susceperit, sine omni misericordià a cotuortio eorum ejicitur. Alanus, 112.

2 Ibidem.

3 Ermengaudus, 2X7; Pelr. Vall C.crn., 557; Monda, 275 et suit.; 302; Stepb. de Bel la villa, 01.

■» Iteinerius. 1764.

il le communiquer k un autre, commern, lui impur, pouvaitil servir d’intermédiaire entre une àme aspirant k la pureté et le Dieu qui est cette pureté même? Comme rien n'était plus facile que d’ignorer la disposition intérieure du ministre, on n’était guère sûr d’avoir été consolé d’une manière efficace; k cet efTet la plupart des parfaits se faisaient donner le Consolamentum deux et même trois fois dans leur vie1.

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