‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 57 sur 113 · LE C0NS0LAM E.YR .M · texte numérisé non relu

LE C0NS0LAM E.YR .M

que ces mêmes documents rapportent sur la nature de celle cérémonie, il est impossible de reconnaître la moindre trace d’une prétendue adoration témoignée à la personne même des parfaits. Les croyants s’agenouillent et s’inclinent pour demander la bénédiction , comme cela se pratiquait en mainte occasion dans l’Église catholique elle-même ; et ce qui plus est , les parfaits ne les bénissent pas en leur propre nom , ils prient Dieu de leur pardonner leurs péchés et de leur accorder une bonne lin ; les croyants se recommandent b ces prières, parce que les Bonshommes, ayant reçu la communication du Saint-Esprit, peuvent se mettre en rapport plus immédiat avec Dieu ; tel est tout le sens de la cérémonie; on voit qu’il n’y est nullement question d’une adoration proprement dite, et qu’adorer les hérétiques ne signifiait pas autre chose que demander leur bénédiction.

Cette bénédiction avait une haute importance aux yeux de la secte ; on la répétait en une foule de circonstances; nous avons remarqué déjà combien les croyants s’estimaient heureux d’être bénis par ceux qu’ils vénéraient comme les bons chrétiens. Dans les lieux où la secte pouvait célébrer librement son culte, la cérémonie de la bénédiction avait lieu journellement, le matin et le soir1 ; c’est un usage qui remplaçait pour les croyants les messes de matines et de vêpres du catholicisme.

LE CONSOLAMENTL’M.

Nous avons dit plus haut que ce rite était l'acte le plus important de la religion cathare, lemomentleplus décisif dans

1 Arch. del'inquitit. de Carcaiionne, 1245; Doat, XXXII, f» 201b.

la vie d’un partisan de la secte. Il marquait le passage de l’état de péché à l’état de perfection , la transition de la servitude a ce qu’on appelait la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Avant de parler de ce rite lui-même, il convient de dire les raisons qui ont fait rejeter au dualisme le baptême d’eau; car au premier coup d’œil il peut paraître étrange, que des hommes qui prétendent se fonder sur le Nouveau Testament et suivre en tout point l'exemple de l’Église apostolique, n’admettent pas un usage prescrit en termes formels par Jésus-Christ lui-même et observé dans l’Église dès les premiers jours de sa fondation. Le baptême avec de l’eau ne peut avoir aucun effet, par la simple raison que l’eau est une matière créée ou formée par le mauvais Dieu ; comment le Dieu bon aurait-il pu se servir d'un produit de son adversaire , pour accomplir un acte par lequel les âmes soumises h celui-ci devaient être délivrées de son joug? On niait en outre la vertu sacramentelle de cet acte en général, et on disait : un homme qui doit être baptisé a fait pénitence ou bien il ne l'a pas faite; dans le premier cas , à quoi lui sert encore le baptême , attendu qu’il est justiûé déjà par le seul fait de sa foi et de sa pénitence? et dans le second cas , le baptême ne saurait lui conférer magiquement une pureté qu’il n’a ni recherchée ni méritée1. Ceux qui considéraient Jean-Baptiste comme un envoyé du démon, ajoutaient que le baptême d’eau doit être rejeté comme ayant été institué par ce faux prophète pour prévenir et entraver l’œuvre de Jésus-Christ, qui devait baptiser de l'Esprit-Saint2; et ne pouvant se refuser aux témoignages de l’histoire, ils allaient jusqu’à prétendre que Jésus-Christ et l’Église primitive n’avaient conservé le baptême d’eau , que pour ne pas donner du scandale à ceux qui étaient habitués à cet usage3, lequel

* Eckbertus, 899 ; Ebrardus, 139; Bonacursus, 209; Alanus, 104; Moneta, 278 et suiv.

2 Et ang. Joh., chez Benoist, I, 291.-3 Monela, 279, 291.

LE CONSOLAI! ENTLM.

toutefois doit être abandonné dans les temps où l’Évangile est compris dans son vrai sens spirituel. Il est clair que les Cathares ont aussi dù se prononcer contre la coutume d’administrer le baptême aux enfants ; en effet , si la contrition h cause des péchés qu’on a commis est la chose essentielle , il s’ensuit que le baptême, quand même on lui attribuerait une efficacité que les Cathares croyaient devoir nier, ne doit exercer aucun effet sur des enfants qui ne sont pas encore en état de discerner entre le bien et le mal , et d’avoir par conséquent la foi sans laquelle le sacrement demeure une vaine formalité'. Le seul vrai baptême, suivant eux, est le baptême «du Saint-Esprit et de feu ,» dont parle l’Écriture et qu’elle oppose au baptême d’eau de Jean-Baptiste (S. Matth. 111, 11 ; Actes I, 5)2. Ils administraient ce baptême sans élément matériel, par la seule imposition des mains, accompagnée d’une prière , conformément à un usage apostolique , qui h la vérité avait eu un autre but et un autre sens (Actes VIII, 14-17 5 XIII, 3: 2* ép. a Timoth. I, 6)*. A ce

1 Les Cathares d'Aquitaine, 1018; Ademarus, 154; ceux d'Orléans, 1022; Gesta synodûs Aurel., 605; ceux d'Arras, 1025; Mansi, XIX, 425; ceux d'Agen, 1101 ; Radulphus Ardens, 9; ceux de Soissons, 1114; Guibertus Piovig., 519; Eckberlus, 899, 908; Ebrardus, 159; Ermengaudus, 235; Alanus, 92 et suiv.; Monda, 283; Disputatio, 1726 et suiv.; Steph. de Bellavillà, 90; Liber sent, inquisit. T oint., 84, 105, 158, 159, 191, etc. Le peuple disait grossièrement : Baptismus qui fit cum istà aquà , qutx facit plorare pueros et générât vermet, nihil est. Arch. de l’Inquis. de Carcassonne, 1305; Doal, XXXIV, f« I00k. — Les Bogomilcs : Euthvmius, .Yarr. de Bogom., 25.

3 Evervinus, 455 ; Eekberlus, 899, 911 ; Monda, 282.

•7 Les Cathares d'Orléans, 1022 ; Geita synodtls Aurel., 605. Les paroles suivantes de l'évéque Gérard de Cambrai aux Cathares d'Arras, en 1025, se rapportent aussi au Coniolamentum ; il commence par leur reprocher quèd putatis v ot poste dare quod non accepistit, c’est-à-dire le Saint-Esprit ; puis il continue : In lucis, aut in biviit, aut eliam intra pudenda tepta latrinarum vestrai phantasias atque sacrilegat incantationei, quasi quoddam sanctificationis mysterium, super eos agilit, quoi erroris veslri consorlio admiscere potestis. Mansi, XIX, 444. Les Cathares de Chiions,

baptême spirituel , qu'ils ne conféraient qu’a ceux, qui donnaient les marques d’une pénitence profonde, ils attribuaient toutes les vertus qu’ils refusaient au baptême d'eau ; logiquement ils auraient dû se contenter d’un simple acte symbolique , n’ayant d’autre but que de solenniser la réception d’un nouveau membre dans leur secte ; mais sans se souvenir qu’ils rejetaient le baptême de l’Église parce qu’il leur paraissait inutile dès qu’on se repentait de ses fautes et qu’on avait la foi , ils prétendaient que leur rite était plus qu’un symbole d’initiation , qu’il était un véritable sacrement, communiquant le Saint-Esprit et donnant la certitude de la rémission des péchés1.

On pouvait leur objecter que si le corps est l’œuvre du démon , on ne comprend pas pourquoi ils attribuent a l’imposition des mains, acte tout matériel et tout extérieur, une vertu telle qu’elle devient l’intermédiaire indispensable de la communication du Saint-Esprit; les dualistes mitigés répondaient, que selon S. Paul (2e ép. aux Cor. IV, 16), il y a un corps extérieur et un corps intérieur, et que dans le Consolamentum ce n’est pas la main visible qui agit, mais la main intérieure et invisible2: les dualistes absolus, plus conséquents, ne considéraient l’imposition des mains que comme un acte symbolique et accessoire; l’essentiel, celait la prière; c’est elle qui, selon eux, faisait tout; ils ne conservaient l’imposition des mains, que parce qu’elle était un usage apostolique3.

1045 ; Gesta episcopp. Leodiens 899; Evervinus, 455; Moneta, 280; Reineritis, 1761.

t Reinerius, 1762, dit que c’était on de leurs sacrements. Les catholiques l’appelaient hœreticatio ; hæreticare, c’était recevoir quelqu’un par le Consolamentum au nombre des parfaits. P. ex. Liber sent, inquis. Toi., 59, 109, etc.; Forma qualiter hœretici hœreticant hœreticos suos , chez Marlène et Durand, Thés, novus anecdot., V, 177G.

2 Moneta, 126; Reinerius, 1762.

3 Reinerius, l. c.

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