‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 58 sur 113 · LE CONSOLAMENTUM · texte numérisé non relu

LE CONSOLAMENTUM

Le Consolamentum était le but où tendaient tous les efforts et toutes les espérances des croyants de la secte $ il devait leur donner « une bonne fin » et « sauver leur âme 1 ; » aussi était-il entouré d’une solennité extraordinaire. Le droit de le conférer appartenait de préférence à ceux qui étaient ministres dans la secte, et il fallait la présence d’au moins deux d’entre eux pour la célébration de la cérémonie. Cependant les ministres pouvaient être remplacés par d’autres membres ayant déjà reçu le Consolamentum , et en des cas d’urgence même par des femmes2. Une condition indispensable pour l’efticacité de l'acte, c’est que celui qui devait l’accomplir, ne fût point dans le moment en état de péché mortel $ on faisait dépendre la vertu du sacrement de l’état moral de celui qui l’administrait -, s’il a commis un péché et qu’il ne l’a pas encore expié , il a perdu le Saint-Esprit , et sa prière pour faire descendre ce Saint-Esprit sur l’âme du récipiendaire demeure vaine et impuissante3.

Pour recevoir le Consolamentum , il ne fallait pas seulement croire â la vérité de la doctrine cathare, il fallait s’être préparé spécialement et souvent pendant un temps assez long, par des prières et par des abstinences-, le moment définitif de l’initiation était précédé d’un jeûne rigoureux : il fallait pendant trois jours entiers se priver de toute nourriture4. A ces épreuves mêmes on n’était admis qu’après avoir été longtemps et sévèrement observé par les parfaits de la secte qui, toujours persécutés, devaient veiller h ne pas re-

* Liber sentent, inquis. Tolos., 85, 190, 1248, etc.

2 Eriuengaudus, 236; Moneta, 278 ; Keinerius, 1762 ; Arch. de V Inquis. de Carcassonne, 1243; Doat, XXIII, f° 292.

3 Eriuengaudus. I. c.; Reinerius, l. c.

4 Le Consolamentum n’est donné que post certi temporis probalionem , Moneta, 278; Arnaldus Martini... incipiebat facere abstinencias hereticorum ut fier et hercticus. Liber sent, inqutsit. Tolos., 89. Arch. de l" Inquis. de Carcassonne, 1244 ; Doat, XXIV, 0> 288b. — Les Bogomiles : Kulhyniius, Narr. de Bogoin 25.

cevoir eu leur nombre des hommes qu’ils auraient pu soupçonner de lâcheté ou de perfidie1. Conformément ù la doctrine des Cathares que l’acte sacramentel n’a son effet qu’autant qu’on a la foi et qu’on demande sincèrement le pardon de Dieu , il était de règle de n’admettre au Consolamentum que des adultes, sans distinction de sexe; cependant il y a des exemples que les mains ont été imposées à des enfants, soit à l’heure de la mort , soit pour les destiner au ministère de la secte3. Dans tous les cas il fallait être, au moment de la cérémonie , en pleine possession de ses facultés et avoir l’usage de la parole , pour pouvoir répondre aux questions et répéter les prières et les obligations usitées3.

Dans les contrées et aux époques où la secte existait librement à côté de l’Église catholique, le Consolamentum se célébrait publiquement, en présence des croyants venus de tous les côtés pour assister à ce spectacle solennel. Dans les temps de persécution , la cérémonie était entourée du plus profond mystère ; elle avait lieu sous le voile de la nuit, dans des endroits cachés, et peu de fidèles seulement pouvaient y assister4-, c’est l’acte qu’on s’efforçait avec le plus de soin de dérober à la connaissance des adversaires, car une fois consolé ou reçu hérétique, on n’avait plus de grâce à espérer de l’Église, on n’avait d’autre perspective que le bûcher.

Quand le récipiendaire s’était préparé par l'épreuve préliminaire, on l’introduisait en silence dans le lieu où l'initia-

1 Ab ipsis... qui veniunt ad vot, /idem restreint , ex qua sah andos vos esse speralis, et occulta opéra vestra longo tempore, «I dicunt quindecim annis, occultatis , donec diu vos probaveritis , ila ut sperare possilis de eis quod non prodant vos. Kckbcrtus, 900.

2 Actes de l’inquis., souvent.

3 Maris est apud e os, ut dicitur, quàd nullum... consolentur, qui non sit sauce mentis, et memoriam habeat ordinatam. Urbain IV aux inquisiteurs, 1461 ; chez Eymericus, 135 ; Actes de Naquis., souvent.

* Kckbcrtus, 911 ; Steph. de Bcllavillà, 90.

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