‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 61 sur 113 · LA BÉNÉDICTION DU PAIN · texte numérisé non relu

LA BÉNÉDICTION DU PAIN

De même que les Cathares faisaient correspondre le Consolamentum au baptême des chrétiens, ils avaient un usage qui devait rappeler la sainte-cène, et qu’ils appelaient la bénédiction ou la fraction du pain. Cet usage se pratiquait à chaque repas auquel assistaient des parfaits. Avant de s’asseoir à table, on disait l’oraison dominicale et on recevait la bénédiction ; puis un ministre ou bien le plus âgé des parfaits prenait un pain , le bénissait , et en distribuait des morceaux à tous les assistants , en disant : « Que la grâce de notre Seigneur soit toujours avec vous ; » chacun alors mangeait sa

1 Arch. de VInquisit. de Carcassonne , 1243; Doal, XXII, f° 111b.

2 Liber sentent, inquisit. Totos., 186. — 3 Ibid., 186, 190, 193, 249.

4 Ibid., 249; Arch. de VInquisit. de Carcassonne, t. c., f°» 112“, 163 et suiv.; Toy. aussi Vaisselle, IV, 40.

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part dans un silencieux recueillement1. Ces repas devaient renouveler les agapes des premiers chrétiens, et symboliser, non pas la participation aux bienfaits de la mort du Christ , mais la communion , la fraternité entre tous les membres de la secte. Il peut paraître étrange que les Cathares , qui rejetaient le baptême chrétien , à cause de l’élément matériel de l’eau , aient béni le pain qui n'est pas moins une production de la terre et du mauvais Dieu; aussi les dualistes absolus prétendaient-ils que la bénédiction ne portait pas sur le pain lui-même, mais sur l'acte de la manducation3. La foule des croyants ne faisait pas celte distinction, plus subtile que vraie ; ou prenait le pain pour du pain réellement bénit, et on l’appelait même le pain de Dieu ou le pain de la sainte oraison3. Là où les parfaits étaient nombreux et pouvaient visiter souvent leurs tidèles, ils leur bénissaient du pain en assez grande quantité, pour qu’ils pussent en manger tons les jours1. Dans les temps de persécution, quand les parfaits, obligés de se tenir cachés , ne pouvaient faire leurs tournées qu’à de rares intervalles, cet usage dut se modifier; on ne mangeait alors du pain bénit qu'aux occasions solennelles, surtout aux fêtes de Noël et de Pâques5 ; des messagers fidèles

1 Evervinus, 455 ; Reinerius, 1765; le texte de Marténe et Durand est lenet panera et vimjm vel plures. si nece«e est...; celui de Gretser donne un meilleur sens: panem imm vel plures. Reinerius ajoute que c'est U un des sacrements des Cathares. Concile de Narbonne, 1345, canon 29; Mansi, XXIII, 3S4; Liber sentent, inquisit. Tolos., 28, 29, etc.

2 Reinerius, 1765.

3 ...Quem vocant panem sanctee orationis. Liber sentent, inquisit. Toi., 29, 34; Eymericus, 274; ...dicens quàd erat panis de Deo; Liber sentent, inquisit. Tolos., 112. On peut déjà reconnaître cet usage du pain bénit dans les bruils répandus sur les Cathares d'Orléans et de Soissons, qu’ils brûlaient des enfants, et que des cendres ils faisaient une pâte qui serrai! à leur Eucharistie et à laquelle ils attachaient un grand prix. Voy. ci-aprés le livre cinquième, note 1.

* Arch. de l'Inquisil. de Carcassonne, 1244; Doat, XXIII, f° 204*.

5 Procès d'Armanno Pungilovo, chex Muralori, Autiquit., Y, 137. Liber sentent, inquisit. Tolos., 160.

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