‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 62 sur 113 · LA BÉNÉDICTION DI! PAIN · texte numérisé non relu

LA BÉNÉDICTION DI! PAIN

le portaient dans les villes et dans les villages aux croyants, et ceux-ci le conservaient religieusement dans des cassettes pendant des années entières. On n’était plus tenu alors de le manger en commun, en célébrant une agape-, on en prenait en secret une parcelle, en commémoration de son admission dans la communauté des croyants, et de la fidélité qu’on devait aux Bonshommes et à leur Église1.

On peut se demander pourquoi les Cathares, s’ils voulaient revenir aux usages de l’Église primitive, ne bénissaient pas aussi le vin et en donnaient h boire It tous. Il est vrai qu’un auteur du douzième siècle , Evervin , assure qu'à chacun de leurs repas ils consacraient aussi la boisson2-, mais comme aucun témoignage postérieur ne vient à l’appui de l’opinion, qu’ils auraient attaché à la bénédiction du vin le même sens qu’à celle du pain , on doit entendre le passage d’Evervin d’une manière générale de la bénédiction que le parfait, assistant à un repas, prononçait sur chaque mets, et dont nous avons parlé plus haut. Si l’usage de ne pas consacrer aussi le vin ne se fondait pas chez eux sur la considération que le pain est un aliment plus universel et plus nécessaire, et peut-être sur un sens symbolique qu’ils lui attribuaient en souvenir de Jésus-Christ qui s'est appelé le pain de la vie (S. Jean VI, 35), nous ne saurions expliquer pourquoi ils ont laissé leur cène incomplète3.

1 Procès d'Arraanno Pungilovo, I. c. Arch. de Tlnquisit. de Toulouse, 1276; Doat, XXV, f» 229; Liber sentent, inquisit. Toloe., 112, 160, 198, etc.

* In mensà suà quotidie cum manducant ad formant Christi et apostolorum, cibum suum et potum in corpus Christi et sanguinem per dominicam orationem conseerant, ut inde se membra et corpus Christi nutriant. E?er»inus, 455; S. Bernard! Sermo, 66, 1, 1500.

3 Les anciens Manichéens ne communiaient aussi que sous une espèce; les papes Léon-le-Grand et Géiase leur en font un reproche (Léo Magnus, sermo 40; inopp., I, 161 ; Gelasins, in Gratiani Decretum, t. III, de conseerat. II, cap. 12, col. 1918). La raison des Manichéens était leur

Quoiqu'ils aient attaché une haute importance à leur pain bénit , ils rejetaient toute signification mystique , relative au corps de Jésus-Christ, semblable à celle qu’on attache à l’Eucharistie dans le système orthodoxe. Nul d’entre eux ne croyait qu’en consacrant le pain, on lui faisait subir une transformation surnaturelle, et qu’il représentait d’une manière quelconque le corps du Christ , corps qui d’ailleurs , suivant le dualisme cathare, n’avait été qu'apparent1. L’Église était unanime h leur reprocher leur doctrine sur la cène ; elle la déclarait fausse , à une époque où elle-même n’avait pas encore une croyance bien arrêtée , où la transsubstantiation n’était pas encore élevée au rang d’un dogme officiel. Au douzième siècle beaucoup de personnes professaient encore les opinions de Bérenger ; une grande confusion régnait dans les idées sur la présence de Jésus-Christ dans la cène; les uns n’en avaient que des notions très- vagues, tandis que d’autres se la représentaient d’une manière singulièrement matérielle2. Cependant depuis le douzième siècle le dogme de la transsubstantiation réunit de plus en plus les suffrages des docteurs et devint de jour en jour plus populaire; c’est aussi depuis cette époque que les objections des Cathares contre le système de l’Église devinrent plus nombreuses et plus fortes*. Ils interprétaient dans un sens allégorique et

aversion profonde pour le vin ; il est évident que les Cathares, qui permettaient l'usage du vin, ne pouvaient pas avoir ce même motif.

1 Eckbertus, 922 ; Ebrardus, 147; Rcinerius, 1765.

* Comp. Zacharias Cbrysopolitanus (moine prémontré à Laon, vers 1 1 50), Comment, inconeordiam evangel.; dans la Biblioth. Patrum mari ma, XIX, 156 ; et Algerus (bénédictin à Cluny, mort en 1151:, De sacramento corp. et sang. Domini; ibid., XXI, 251.

3 Déjà les Cathares d'Orléans, 1022 : ...neque sacramentum corporiset sanguinis Christi {esse) in consecratione sacerdotis. Gesta syn. Aurel., 605 ; et ceux d'Arras, 1025 : Qui enim { dicunt ) potest ita suum corpus per toi ecclesias in toto orbe diffusas distribui, per tam innumerabiles populos et longa tempora, singulis diebus, singulis hominibus sumtndum distribui, et nunguum deficere ? Mansi, XIX, 425.

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