LA CONFESSION OU L’APPABEILLAMENTL’M
Tout en rejetant le sacrement catholique de la confession1, et en disant que l’Évangile commande de ne se confesser qu’a Dieu1, les Cathares pratiquaient aussi l'usage d’une confession publique et solennelle, qu’ils considéraient même comme une espèce de sacrement3. Cet usage concernait tout aussi bien les croyants que les parfaits de la secte. Le croyant qui voulait se confesser, se présentait devant l’assemblée des parfaits et des fidèles , et en s’agenouillant et en s’adressant au ministre, qui tenait le Nouveau Testament devant la poitrine, il disait : «Je viens ici devant Dieu et devant vous me déclarer coupable et faire la confession de tous les péchés que j’ai pu commettre et du mal qui est en moi , afin de recevoir le pardon de Dieu par vous. » IJi-dessus le ministre posait le Nouveau Testament sur la tête du pénitent, les autres parfaits y mettaient leur main droite, et après avoir récité l’Oraison dominicale, ils prononçaient son absolution4. Pour les péchés mortels, chaque croyant était tenu de se confesser individuellement; pour les fautes de moindre gra-
dunt eot. Liber tentent, inquisit. Tolos., 152. Sacramenlum allant non et I niti blasphemia, et tacerdotet portantes illud per carreriat tic deeipiunt genlet. Arch. de l’InquUit. de Carcassonne , 1305; Doat, XXXIV, f°9<v
< Monela, 302.
* Alanus, 122.
3 Beinerius, 1762.
* Beinerius, 1764; le» inquisiteurs devaient s'informer si les accusé» avaient assisté sf.rvitio eorundem, ubi majore ipsorum librum tenenie apertum, per iptum, quasi tub generali confettione, remissionem intelligunt fieri peccatorum. Concile de Narbonne, 1243, can. 29 ; Mansi, XXIII,
vite, un seul parlait au nom de tous, et l'absolution leur était donnée en masse; ces dernières fautes, qui pouvaient aussi être commises par les parfaits sans entraîner la perte du Saint-Esprit, étaient confessées par eux, et iis en étaient absous de la même manière. Cette cérémonie avait lieu une fois par mois1 ; elle faisait partie d’un des services réguliers, et sa place était entre la bénédiction et le baiser de paix donné par les parfaits pour la clôture de la réunion ; quelquefois aussi on la faisait succéder à la célébration d’un Consolamentum . La confession des parfaits entre eux portait le nom particulier de Service ou d ' Appareillamentum ; en se confessant, on s’appareillait, c’est-à-dire on se disposait de nouveau 'a une observation plus sévère des règles de la vie parfaite2.
Bien que les Cathares ne reconnussent point Futilité des œuvres satisfactoires, ils avaient néanmoins l’habitude d’imposer aux pénitents, suivant la gravité des cas, des peines consistant en jeûnes , en génuflexions ou en d’autres pratiques extérieures de ce genre3. C’est une contradiction entre la pratique et la théorie qui, si elle n’est pas un résultat fortuit de l'esprit général du temps, se laisse peut-être expliquer par la considération suivante. La pénitence imposée aux âmes par la justice divine, consistait à les laisser pen-
1 Reinerius, l. c.
2 ...Dixit se inter fuisse pluries servicio hœrcticorum , quod dicunt ap* parellamentlm, quod etiam faciunt de mense in mensetn. Arch. de l’Inq. de Carcassonne , 1243 ; Doat, XXIII, f» 273a ; ...Ibi prœfati hœrelici fecerunt appareillamentum quod vocdtit servicium ; ibid., 215® ; ... Redie runt in castrum de Monte securo ad apparellandum se, et ibi apparellavirent se de episcopo hœrelicorum; ibid., f» 205®; ... Dixit se tenuisse sectam... orando, jejunando , appareillando se cum hœreticis. panem be nedicendo, etc.; ibid., XXIV, f° 192b; après la cérémonie d'un Consola merifum : et consequenter ipsi hœretici fecerunt apparellamentum, et (ecerunt paeem osculantes sese ; ibid., XXIII, f« 2721*; aussi Vaisselle, III, preuves, n° 224, p. 387.
3 Reinerius, 1766.