LIVRE IV
HG
longtemps qu’aucun fait historique ne vient les appuyer, nous croyons pouvoir admettre que ces deux auteurs confondant les Cathares avec les anciens Manichéens, h cause de l’identité de leur dualisme , se sont crus autorisés a attribuer aux hérétiques de leur époque tout ce qu’ils ont trouvé chez saint Augustin sur la secte de Manès1.
Si nous étions donc réduits a ces deux seuls témoignages, la question du pape cathare nous paraîtrait présenter moins de difficulté; mais il y a des autorités en apparence plus importantes2. Au douzième siècle deux auteurs, un allemand et un italien, Evervin, prévôt deSteinfeld, et l’abbé Joachim de Flore , affirment que les Cathares ont eu un pape3. Dans le document dressé par la secte elle-même sur les actes du synode qu’elle tint, en 1167, à St.-Félix-de-Caraman, ainsi que dans un fragment conservé par un historien du seizième siècle, il est parlé d’un chef cathare venu de Constantinople en Italie et en France, auquel est également donné le titre de pape4. Au treizième siècle enfin, un légat du Saint-Siège
HODiEQUE custodiunt. Cela confirme ce que nous disons sur le peu d'importance qu’il faut attacher en ce point à Eckberl et à Étienne.
1 Comp. Gicseler, Lehrbuch der Kirchcngeschichte, t. II, p. II, 536.
2 L’aveu suivant des Cathares de Monteforle, de l’année 1030, ne peut pas être allégué en faveur de l’existence d’un pape cathare : Pontificem habemus, non ilium Romanum , sed alium, qui quotidie per orbem terrarum fratres nostros visitât dispersos , et quando Deus ilium nobis minis trat , lune pcccatorum nostrorum venia summà cum dévotions donatur... Prœter nostrum Pontificem non esse alium Pontificem, quamvis sine ton surà capilis sit. Chez Landulphus senior, Hist. Mediol., 89. Quoi qu’on en ait dit (Schmid, de Jéna, Der Mysticismus des Mittelallers, 444), il ne s'agit pas ici d’un homme, mais le pontife en question est le Saiut-Esprit, dont la communication a pour efTet la rémission des péchés. Comp. Gicseler, t. II, p. I, 413.
3 Se dicunt apostolos, et suum papam habent. Evervinus, 457. EtÂjwstolicum cui omnes obediunt se fatentur habere. Joachim, In Apocalypsim, f° 133».
♦ Papa Niquinta. Concilium San Felicianum ; Bouquet , XIV, 448. Quidam papa Nicetas nominc. Nie. Vignier, 268.
en France signale, dans une circulaire aux prélats, l'existence d’un pape hérétique , résidant en Bulgarie et ayant un vicaire dans les provinces françaises du Midi1. Nous n'insisterons pas sur les assertions de quelques auteurs, qui ne donnent le nom de pape ou d’apostolique évidemment qu’à de simples évêques plus influents dans la secte et plus redoutables pour l’Église que les autres*. Ce qui pourrait nous embarrasser, ce sont les témoignages plus formels que nous venons de rapporter -, sans doute il faudrait s’empresser d’y souscrire, si chez les auteurs qui ont le mieux connu la secte, tels que Reinerius etMoneta, on trouvait une mention du pape cathare ; si parmi les mesures prises et renouvelées tant de fois par l’Église contre ces hérétiques, il y en avait une seule contre un chef suprême qu'ils auraient eu; si dans les protocoles de l’inquisition de la France et de l’Italie on rencontrait la moindre trace de questions adressées à ce sujet aux témoins et aux accusés: si enfin dans les nombreux do-
cuments qui se rapportent aux Cathares des pays slaves , on voyait paraître une seule fois ce prétendu pape. Car si ce pape eût existé , son existence n’eût-elle pas été aux yeux de Rome une des plus coupables, une des plus dangereuses de toutes les hérésies? Le pape catholique ne devait-il pas voir dans le pape cathare son plus redoutable adversaire, et diriger contre lui ses foudres les plus écrasantes? L’Église n’aurait-elle pas dû s’attendre à un triomphe plus facile et plus
* Conradi legatiepistola, a. 4223; dans Gcrvasii Præmonslralensis Epistolœ, ep. 120, p. 11 G.
2 En 1229, Guilielmus Albigensium Apostolicus; Albericus, 529. — En 1231 il y a à Trêves un Gregorius pap a ; G esta Trevirensium archiepiscop., 244. — En 1235 il y a à Viterbe un papa Joh. Benevenli; Raynald., XIII, 424. Il ne s’agil en ces trois cas que d’évéques distingués, semblables à ce François de Piémont qui, en 1273, dicitur magnus et dominas inter eos. Procès d’Armanno Pungilovo,chez Muratori, V, 121. Peut-être les catholiques donnaient-ils à ces évêques le nom de papa, par rapport aux fils majeur et mineur. Comp. Gicseler, t. II, p. Il, 61C.