‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 71 sur 113 · LIVRE IT · texte numérisé non relu

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prompt, en commençant par abattre celui qui était la tête de la secte? Reineri us, qui avait été parfait pendant dix-sept ans, ne se serait-il pas souvenu de celui que pendant si longtemps il aurait vénéré comme son chef, et ne devait-il pas, après sa rentrée dans l’Église, faire tous ses efforts pour persuader a ses anciens frères que leur pape n’est pas. le vrai? Moneta, qui avait étudié le système cathare dans les auteurs mêmes de la secte et qui le connaissait k fond , aurait-il passé sous silence un point aussi important? Les inquisiteurs, ne se seraient-il jamais enquis d’une hérésie qui aurait consisté k opposer au vicaire de Jésus- Christ, au chef visible et infaillible de l’Église, un autre vicaire, un autre chef? Ou dira-ton que le pape cathare s’entourait d’un tel mystère , qu’il demeurait inconnu a ses propres subordonnés? Mais en quoi consistait en ce cas son autorité sur son Église? Comment celle-ci aurait-elle pu obéir k un chef dont elle ignorait l’existence? Toutes ces questions nous semblent trop décisives, pour que le petit nombre de témoignages sur le pape cathare soit suffisant pour les écarter; et comme nous ne trouvons aucune réponse k y faire, nous devons plutôt admettre qu’en effet la secte n’a pas eu de chef suprême. Mais comment expliquer alors les passages qui parlent de ce chef? Ces passages sont de deux espèces : ceux d’Évervin et de Joachim, auxquels nous pouvons ajouter ceux d’Eckbert et d’Étienne de Belleville; et ceux relatifs au pape Nicétas, venu de Constantinople en 1167, ainsi qu’k celui résidaut vers 1220 en Bulgarie. Quant k ces derniers, nous pensons qu’il est permis de supposer, comme nous l’avons déjà fait plus haut, qu’il ne s’agit pas de papes véritables, mais d’évêques exerçant par leurs qualités personnelles une autorité, qu’augmentait la circonstance qu’ils se trouvaient k la tête d’Églises cathares plus anciennes et ayant mieux conservé la tradition des doctrines primitives. L’influence exercée par ces évêques sur des Cathares étrangers k leurs diocèses et k leur pays,

n’a du reste été que momentanée; à peine Nicétas est-il retourné en Grèce, qu’il n’est plus question de rapports quelconques que les Cathares de France et d’Italie auraient eus avec lui; l’évêque slave qui, en 1223, envoya un délégué dans le Midi , ne le fit sans doute que pour encourager les Albigeois à persévérer au milieu de la persécution , et pour leur offrir un asile s’ils devaient être forcés de quitter la France. Jamais nulle part nous n’avons trouvé que les Cathares eussent reconnu l’autorité d’un chef suprême; leurs synodes s’assemblent librement, leurs évêques sont nommés sans aucune intervention supérieure, les affaires des différentes Églises sont réglées par elles-mêmes et par elles seules ; elles ont , il est vrai , entre elles des relations intimes de fraternité, mais elles sont aussi indépendantes les unes des autres qu’elles sont indépendantes d’un chef; rien, en un mot, ne trahit l’existence réelle d’un pape de la secte.

Pour ce qui concerne enfin les assertions générales des auteurs du douzième et du treizième siècle, nous nous rangeons de l’avis de deux historiens célèbres, qui n’y voient que le résultat d’une supposition hasardée. Comme il était difficile aux catholiques du moyen âge, disent M. de Sismondi et M. Hurter1, de se représenter une société religieuse sans chef, ils s’imaginaient que les Cathares devaient également obéir a un pape, ils pensaient que l’organisation épiscopale de l’Église hérétique ne pouvait pas être sans un évêque suprême, lui servant en quelque sorte de clef de voûte; ils étaient d’autant plus portés à faire cette supposition, qu’ils aimaient a personnifier les sectes dans leurs chefs, et h considérer ceux-ci comme les lieutenants et les précurseurs de l’Antéchrist2. Les Bogomiles seuls ont eu dans le commencement un chef, le moine Basile; mais ils n’ont

1 Sismondi, Histoire des Français , VI, 521 ; Hurler, Geschichte Pabst Innocent III, II, 231.

2 P. ex. Joachim, In Apocalypsim , f<> 133®.

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