‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 73 sur 113 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Nous avons exposé les principes religieux des Cathares, et les préceptes moraux qui devaient servir de règle à leur conduite. 11 nous reste à recueillir les données que nous fournissent nos sources, sur le caractère qui leur était propre. Ces données sont contradictoires; mais la raison de celte contradiction sera facile 'a expliquer.

Beaucoup d’auteurs ecclésiastiques , d’époques et de pays différents, reprochent aux Cathares d’avoir commis dans leurs réunions nocturnes et secrètes les crimes les plus odieux contre la religion et contre les mœurs. Ils y adoraient le diable qui leur apparaissait en personne ou sous la forme d’une bête ; ils lui chantaient des hymnes et lui offraient d’horribles sacrifices ; ils baisaient des chats , des crapauds, des monstres infernaux. Ils faisaient plus encore : après avoir éteint les lumières, les hommes et les femmes se livraient entre eux au plus abominable concubinage; tout était permis dans ces orgies diaboliques, l’adultère, l’inceste, les crimes que la langue refuse de nommer. Les enfants qui naissaient de ce commerce étaient solennellement brûlés huit jours après leur naissance, les cendres en étaient recueillies avec soin, et

on en faisait un pain servant à TEucharistie des hérétiques1 ; cette même accusation était aussi lancée contre les Bogomiles de laThrace2. Quelques auteurs, mal informés ou mal intentionnés, ont même avancé que les Cathares, tout en rejetant le mariage légitime , avaient sanctionné par leur théorie le libertinage des parfaits; on leur a attribué la doctrine

1 Les Cathares d’Orléans, 1022 : Congregabantur certis noctibus.. , singuli lucernas tenantes in manibus , ad instar letanice dœmonum nomina declamabant , donec subito dœmonem in similitudine cujuslibet bestiolœ inter eos vidèrent descendere. Qui statim ut visibilis ilia videbatur visio , omnibus extinctis luminuribus, quam primùm quisgue poterat mulierem , quœ ad manum sibi veniebat , ad abutendum arripiebat. Sine peccati respecta, et utrum mater, aut soror, aut monacha haberetur, pro sanctitale et religione ejus concubitus ab illis œstimabatur. Ex quo spurcissimo concubitu infans generatus , octavàdie inmcdio eorum... in igné cremabatur. Cujus cinis tantà veneratione colligebatur atque custodiebatur, ut christiana rcligiositas corpus Ckristi custodire solet... Incrat enim tanta vis diabolicœ fraudis in ipso cinere , ut quicumque de prœfatà hœresi imbut us fuisset, et de eodem cinere, quamvis sumendo parum, prœlibuvisset vix unquam postea de eadern hœresi gressum mentis ad viam veritatis dirigera valeret. Gesta sgnodûs Aurclian., 605. Voy. aussi Ademarus, 159. Guiberlus Novig., 519, 520, raconle la môme chose des Cathares de Soissons, et ajoute que des cendres des enfants brûlés ils faisaient le pain qui servait à leur Eucharistie. Ils offrent, disait-on, dans leurs réunions nefanda sacrificia Lucifero suo. Radulphus Coggcshalc, 92. Noctumu, ut fkrtur, tempore, et hoc diebus statutis, conveniunt per provincias in synagogis suis, quatenus congregati in unum , et mutuos sibi aspectus exhibentes , faciunt tandem opéra patris sui. Joachim, InApocal., f° ISO*1. Calari dicuntur a cato quia osculantur posteriora cati , in cuius specie , ot dicünt , apparet cis Lucifer. Alanus, 146. ...Qudd osculenlur catos et ranos, et videant diabolum, vel extinctis lucernis pariter fornicentur. Tract, de hœresi pauperum de Lugduno, chez Martéue et Durand, Thés. noc. anccdot., t. V, p. 1782; l’auteur dit que l'on reproche cela à tort aux Vaudois , mais que les Cathares ont la réputation de le faire. Matrimonium damnant, sed incestum naturalcm... dicunt esse mundam fornicalionem, dummodo fiat secundùm ritum sectœ, qui talis est : si unus ab ipsis vult abuti proprià matre, dabit ei 18 denarios, 6 pro eo quddconcepit eum, 6 pro eo qudd peperit eum, 6 pro eo qudd nutrivit eum ; sic... liber efficitur ab omni naturali reveren tià. Qui sorore voluerit abtiti, dabit ei 6 denarios ; qui commatre, dabit ei 9. Addit. à Reincrius, chez Gretser, 59. Comp. aussi Albericus, 544; Cæsarius Heisterbac., 590. — 2 Pscllus, De operatione dœmonum, 0.

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