‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou AlbigeoisChapitre 74 sur 113 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

qu’une fois arrivé k la liberté spirituelle , on ne pèche plus, quoi que fasse le corps*. Rien n’est plus contraire k tout l’esprit du système cathare, que cette doctrine; elle n'a pu être mise k la charge de la secte que par les auteurs qui , en confondant les Paterini du moyen âge avec les Paterniani dont parle saint Augustin2, ont cru devoir leur imputer, k cause de la ressemblance des noms, une hérésie d'origine gnostique et qui u’a été reproduite plus tard que par quelques membres de la secte panthéiste du Libre esprit. D’ailleurs, aucun des auteurs qui rendent un compte plus détaillé du système cathare , le seul maître Alain excepté*, ne parlent d’horreurs de ce genre; ceux-là surtout qui ont écrit contre la secte, après en avoir fait partie eux-mêmes, tels que Bonacursus et Reinerius Sacchoni , gardent sur ce point un silence qu’ils auraient certes rompu , s'ils avaient eu quelque révélation k faire; car l’impureté permise aux parfaits eût été l’argument le plus puissant tant pour inspirer au peuple catholique une profonde et juste aversion pour l’hérésie, que pour ramener k l'Église les croyants qui n'étaient pas encore initiés k ces mystères affreux. On n’en trouve pas davantage des traces dans les actes de l’inquisition de l'Italie et du midi de la France; les juges de la foi n'ont pas une seule question sur cette matière, et nul témoin ne dépose en ce sens contre la secte4. Ce qui a pu donner

1 Ils auraient enseigné quàd a cingulo thorium non eommittatur mortale /leccatum. Aiiciit. à Reinerius, chez Grelsor, 50. JVon eredimus aulem tilendum, quùd et quidam hœretici dietbant, quàd nullui paierai peccare ah umbilico et inferius. Petr. Vall. Corn., 537. Il ne faut pas oublier que Pierre de Vaux-Cernai ne parle expressément que de quidam htrrelici.

i De lurresibus, cap. 85; t. IX, p. 18. L’auteur des additions à Reinerius, cbex Gretser, donne, p. 44, un extrait de saint Augustin, et dit luimême Paterini au lieu de Paterniani.

3 Vov. ci-dessus p. 451, note t.

4 Un auteur italien, catholique, dit à ce sujet : Per quanta io abbia eereato ne’ processi fatti da' nostri frati , non ho trovato ehe gli eretici Conioluti in Totcana pauattero ad atti cnormi , e che si commettent mai

lieu k ces accusations , c'est d’abord la doctrine cathare sur le principe mauvais; le peuple catholique, voyant le démon élevé au rang d’un Dieu , se laissa aller à la supposition que ce Dieu était l’objet d’un culte , et que ce culte était conforme h la nature de l’étre auquel il s’adressait. Une autre cause c’est le secret dont les Cathares, surtout dans les premiers temps , étaient obligés d’entourer leurs réunions nocturnes; le peuple, curieux de savoir ce que faisaient dans leurs assemblées mystérieuses ces hommes réprouvés par l’Église, se les représentait dans sa grossière imagination comme se livrant h des excès énormes, et répandait sur leur compte des bruits aussi odieux qu’absurdes, et que le clergé avait trop d’intérêt k ne pas contredire. Des calomnies absolument semblables avaient été dirigées par les païens contre les réunions secrètes des premiers chrétiens1; lorsque l’Église fut devenue triomphante , ses représentants furent assez peu généreux de tourner contre les hérétiques les reproches qu’elle avait dû subir jadis de la part de ses adversaires; au quatrième siècle ils furent adressés aux Priscillianistes2, et dans les mêmes termes au onzième siècle aux Cathares de l’Orient et de l’Occident.

Du reste, ces accusations sont réfutées par les auteurs catholiques eux-mêmes; les adversaires les plus véhéments des Cathares ne se taisent pas seulement sur les énormités mentionnées, mais ils rendent même hommage h l’austérité des mœurs de ceux que malgré cela ils n’hésitaient pas k livrer aux flammes. Il est vrai , qu'incapables de comprendre une vie morale en dehors du catholicisme , ils les taxent d’hypocrisie, en n’attribuant leurs vertus extérieures qu’k

da loro , mas si me tra uomini e donne eccesso alcuno di senso . Onde.., i loro errori erano pin cke di sensualità, d’intelletto. La mi, Délia eresia de’ Paterini in Firenze , 550.

1 Minucius Félix, Octavius.cap. 9, p. 57.

2 Sulpicius Severus, Sacra Historia, lib. II, cap. 64, p. 474.

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