I. Sous un certain aspect, on peut trouver une res
semblance très étroite. Alors, comme aujourd’hui ordinairement, le village se composait d’une seule rue, avec une rangée de maisons de chaque côté. Mais les habitants de la rue du village sont maintenant les travailleurs, les artisans du village, au nombre d’un ou deux par profession : tailleur, forgeron, sellier, bottier, et un ou deux petits boutiquiers. Les fermiers vivent dans des résidences separees (angl. honisstêods), au milieu des champs, qu’ils ont à bail, et non dans la rue du village. Autrefois tous les cultivateurs du sol vivaient
rl CHAP. I. — LE MANOIR ET LA COMMUNAUTE DE VILLAGE
temps de Glanvil jusqu’à celui d’Edouard IV, était que le vilain, d’une façon absolue, ne pouvait posséder aucune espèce de propriété, et que les cours du roi ne le protégeraient contre aucun arbitraire et aucune injustice de la part de son seigneur ; et nous nous heurterons, à l’occasion, à des cas de dépossession violente. Mais il était rarement de l'intérêt d’un seigneur d’amoindrir la force de travail de son domaine, en se débarrassant d’un tenancier ; et la coutume tendit constamment à se transformer en loi ; cependant les droits supérieurs de propriété des seigneurs ne furent jamais abandonnés, et leur survivance jusqu’au xv® siècle pourrait nous aider à expliquer quelques-uns des trails les plus obscurs de la période des enclosures (en français, clôtures).
Lorsque, au xv® siècle, les profits du fermage, pour l’élevage du mouton, induisirent les seigneurs des manoirs à déposséder injustement, en plusieurs endroits, les tenanciers coutumiers, il fut décidé parle « chief justice», président de la cour du banc du roi, (statut de la 7® année d’Edouard IV) que le tenancier selon la coutume a des droits d’héritier pour ])0sséder sa terre selon la coutume, au même titre qu(>. s’il possédait une franche tenure (1). Le yardling et le cottager étaient
ainsi
eux (1). Ils ment leur richesse ; jours une terre sur ôans une grossière
liaient agir ainsi en payant seulement un droit fixe et peu important. Ce témoignage, qui est du xiv® siècle, peut être comparé avec l’article du Domesday, I, 179, au sujet des 103 « liomines » d’Hereford, ville du domaine royal. Us étaient évidemment sortis de la position de vilains ; chacun, outie une rente de 7 pences 1 /2, payait 4 pence « ad locandos caballos », et était encore astreint à certaines corvées, — « tribus diebusin Augusto fecabat, et una die « ad fenum cnngre^'andum erat, ubi vicecomes volebat ». Cependant « si quis eorum voluisset recedere de civitate, poterat, con- « cessu prepositi, domum suum veiidere alteri homini servitiurn « inde debitum facere volenti, et liabebat prepositus tertium de- « narium liujus venditionis ».
fl) Littlcton, cité dans Digby,Wistor</ of Lare of Real Property, 253.
(1) Pour une discussion plus approfondie du sujet, et une 1ère modification d’opinion sur les progrès du développement raire, voyez plus bas, livre II, ch. iv.
(2) « Je ne connais qu’une seule période bien déterminée de faine dans toute l’histoire économique de l’Angleterre ; pendant pt années, 1315-1.321, surtout dans les deux premières et dans dernière », Rogers, Six Cent. y 62.
turc, dans lequel l’époque où chaque chose devait être faite, la méthode selon laquelle chaque chose devait être faite, étaient réglées par la coutume, appuyée sur les cours de manoir.
III- — On voit une différence déplus d du seigneur et du tenancier, au sujet d nos jours le propriétaire foncier n’ex[; aucune terre dans 1 tion de cédés a
avoir sur toute autre terre sont indépendants de sa pr Mais foun charr bailli
vices se fut produite en gardèrent le droit de se fai les plus importantes, le labourage, tage, les charrois. Et le domaine lui composé, pour une part considérable, de dans les champs communs, gneur lui-même était obligé de que ses terres y étaient intéressées, inflexible de cultu
CARACTÈRES ÉCON. DE LA COMMÜNADTE DE VILLAGE iD
était cultivée par de petits tenanciers. Entre le seigneur du manoir et les vilains, il y avait un véritable abîme, plus grand que celui qui sépare aujourd’hui le fermier du squire ; et c’était probablement une rude affaire poulie cottager, que de s’élever jusqu’à l’état de yardling. Mais, le seigneur mis à part, il n’y avait rien qui ressemblât à la séparation des différentes classes des cultivateurs de notre temps. Le yardling et le cottager travaillaient de la même façon, leur manière de vivre était la même ; et, dans le système de la culture coopérative, et de la vie commune dans la rue de village, ils étaient faits pour sentir la communauté de leurs intérêts.
On peut remarquer qu’il n’existait pas dans le groupe de village certains éléments, que l’économie politique moderne, au point de vue abstrait, est disposée à accepter pour déllnitivement acquis. La liberté individuelle^ dans le sens où nous la comprenons, n’existait pas \ par conséquent il ne pouvait y avoir cette pleine concurrence que nous sommes habitués a reclamer. Les paiements faits par les vilains n étaient pas des rentes dans le sens absolu de l’économiste; car l’économiste présume la concurrence, admet que le propriétaire foncier et le fermier ne sont guidés que par des principes commerciaux ; qu’il y a une moyenne de gain, connue par le fermier, et qu’il ne prendra pas moins, mais qu’il ne pourra obtenir davantage (1). Cependant les services de travail en vinrent à être fixés, furent fixés même au xi® siècle ; ils restèrent invariables jusqu’à leur transformation en argent annuel. La principale pensée du seigneur et du tenancier était, non pas de rechercher ce nue le tenancier Douvait facilement fournir, mais ce
a paroisse, ou s il le fait, la direcson exploitation est aussi indépendante des progricoles des tenanciers quelconques qu’il peut
, que ceux de ses tenanciers •opre méthode d’exploitation, le travail du domaine était vilains, qui mettaient leurs ^ hommes à la disposition du Longtemps après que la transformation des ser-
grande partie, les seigneurs re assister dans les opérations la moisson, le batméme était souvent verges placées de telle façon que le seise soumettre, autant au même système re coopérative, tel qu’il était maintenu par le reste des membres de la communauté du village.
• Comparez maintenant les classes d’un manoir avec celles d'un village d’aujourd'hui, il y aura généralement un squire (Ir. ü-entilhomine camnaLmanlt finie nn
(f) Mill, Vol. Econ., liv. Il, ch. XVI, § 4. « Le fermier demande le « taux ordinaire d’intérêt de tout son capital... quoi qu il retire « pour lui-même, eu plus de ce qu’il est obligé de payer au pro- « priétaire foncier: mais il ne consentira jamais à payer plus. *
qu’il devait fournir selon la coutume. Enfin il n’y avait pas encore de capital dans le sens moderne du mot. Certainement, il y avait un capital dans le sens où le mot est défini par les économistes orthodoxes : « Uichesse appropriée à un emploi, qui la reproduit », car les vilains avaient des charrues, des herses, des bœufs, des chevaux. Mais c’est là une des définitions économiques les moins vraies. On l’a bien dit « nous donnons <i au mot capilal ordinairement plus de sens que cela;
« nous entendons par là un fond de richesses, qui peut « être dirigé dans des voies nouvelles et plus profitables,
« quand l’occasion s’en présente (1) ». Dans ce sens,’ les vilains n’avaient certainement pas de capital, et ce fut seulement peu à peu, lorsque la transformation eut commencé, que le propriétaire foncier parvint à avoir quelque chose qu’il pût capitaliser, c’est-à-dire qu’il
put mettre de côté, avec l’intention d’en tirer plus lard un intérêt (2).
Section VI — Apparition d’un état économique fondé
sur le numéraire.
Si peu que la simple substitution des paiements en arj^ent aux corvées puisse sembler avoir aiïecté les relations des classes, elle marqua le commencement d’une révolution d’importance capitale. L’économiste allemand Hildebrand a été le premier à démontrer ce fait : quelle que soit la dilférence qu’il puisse y avoir dans le développement des dilîérentes nations européennes, il y a un caractère qui leur est commun à toutes, à savoir, la transition du paiement en nature au paiement en
(1) Cunningliam, Growth of Engl. Indmtry, 249.
(2) Cf. Lassalle, Basliat-Schulze de Delitsch, ch. IV.
anjenl. En réalité cette expression ne représente que très insuffisamment la pensée d'ilildebrand sur la transition de la Natural-vnrtfischafl à la Geld-ioirtkschaft. Il entend par celle-ci le développement d’une société dans laquelle l’échange et la distribution de la richesse s’effectuent généralement par le moyen de la circulation monétaire, ou sont exprimés par les termes qui désignent les monnaies; et cette société s’est dégagée d’une autre, dans laquelle la terre était donnée pour les services, les services pour la terre, et les produits échangés pour les produits, sans aucune intervention de la monnaie (f). C’est celte révolution que nous voyons, dans toutes les directions, pendant ces trois siècles.
(1) Hildebrand, iu Jahrbücher für ISationaldkonomie, II (180i), p. 1, 599. Il distingue trois périodes, la troisième serait laCre(/t/dans laquelle «les marchandises, y compris les services^ « sont échangées directement pour des marchandises ; ou on fait « usage d’un moyen d’échange, les métaux précieux, la monnaie; « ou, enfin, les marchandises sont échangées contre une pro- « messe do rendre plus tard une valeur identique ou étiuiva- « lente, c'est-à-dire contre le crédit. Dans ces trois méthodes « d’échange, il est absolument indiflerent de savoir quelle peut « être la mesure de la valeur employée. Sur la base de ces trois « moyens possible d’échange ti’ois systèmes économiques se dé- « veloppent : Natural-wirthschaft Geld-wirthschaft, et Credit-ivirth- « schaft » p. 4. Knies, critiquant ce principe, dit que la distinc- « tion entre !\atnral-wirlhschaf( et Geld~wirthscfiaft a de la \a- « leur, mais la troisième période, cependant, ne contraste pas « du tout avec les deux autres, ce qui est un erreur imputable à « la méconnaissance de la nature du crédit ; tout notre système de « crédit est fondé sur Pargent »yPolitisclie (Ekonomie vom qeschichilichen Skmdpunkte, p. 382. — Wagner accepte cette critique ^‘Credit-ivirtüchaft il estpdis un développe ment de laGe/tf-îtnq/fsc/m/Y, de la même manière que celle-ci est un développement de \aNa~ tural-wirih^chafty car elle implique la persistance d'une monnaie métalique courante, servant de régulateur et de mesure pour les prix », Lehrbuch der Pol.Oekon.y 1, 194. Comme Uoscher le dit, les trois termes ne se coordonnent pas, Nat. Üekonomik in Deidschland, 1038.
les cours de justice, surveillant le bailli , faisant des arrangements avec les tenanciers. Il était obligé de faire au chapitre des paiements en nature et en argent à des intervalles réguliers ; mais il avait le droit de retenir, par devers lui, toute plus-value des produits et de la rente, et c’était une source si considérable de prolîts, que l’oflice de fermier fut monopolisé par les chanoines titulaires, qui, à chaque vacance, avaient droit, par ordre d’ancienneté, de soumissionnerle bail. L’unité de paiement était une firma. Dans le cas de saint Paul, outre son sens ordinaire, de paiement déterminé et régulier à la place d’un paiement arbitraire et variable, ce mot signifiait de plus qu’il était dù de la nourriture pour une seule semame. Cette faisance consistait en seize quarts (le quart vaut aujourd’hui 250 kilogr.) de froment, seize quarts d’avoine, trois quarts d’orge. Les treize manoirs fournissent dans le cours de l’année quarante cinq fermes de cette nature ; un manoir en donnait dix ; un autre six; deux, quatre chacun ; quatre, trois chacun ; quatre autres, deux chacun ; et le dernier manoir n’en donnait qu’une. La quantité totale de la faisance annuelle était donc de 720 quarts de froment, 720 quarts d’avoine, et 135 quarts d’orge.
Tout à côté de la cathédrale, il y avait un moulin, manœuvré par un cheval, une boulangerie, une brasserie ; on y moulait le grain, on y cuisait le pain, plusieurs fois par quinzaine ; la bière y était brassée deux fois par semaine, sous la surveillance d’un gardien de la brasserie, qui était lui-mème ordinairement un chanoine. Il était obligé d’approvisionner chacun des trente chanoines de trois pains par jour, de trente gallons de bière par semaine. Les chanoines avaient, sans doute, des intérieurs particuliers, et la plus grande partie de la bière et du pain allait à leurs serviteurs ; cinq autres personnes avaient droit à deux pains par jour, et à six gallons de bière inférieure par semaine ; pour le reste des chanoines
En examinant le caractère du groupe de village, nous, avons vu qu’au xi® siècle, et dans bien des cas longtemps après, le seigneur, avec sa famille, vivait du produit de son domaine, cultivé par ses tenanciers, astreints aux services coutumiers, et que les tenanciers vivaient du produit des terres qu'ils occupaient en retour de leurs services ; et nous avons remarqué comment ces services furent changés graduellement pour de l’argent, de façon que le seigneur reçût une rente, avec laquelle il pût louer des travailleurs salariés. Ce qui est vrai pour quelques groupes de manoirs, était vrai aussi des relations qui existaient entre les tenanciers et la domesticité seigneuriale, dans les cas où le seigneur possédait un grand nombre de manoirs. Les seigneurs recevaient de leurs baillis, non pas des sommes d’argent, mais des produits agricoles, en certaine quantité, pour l’entretien de leur maison.
Nous n’avons pas de comptes détaillés de l’administration des grands domaines laïques ; mais nous en avons plusieurs des possessions ecclésiastiques, qui étaient administrées tout-à-fait de la même façon. La seule différence était que l’esprit conservateur, naturel aux corporations, faisait que les vieilles méthodes d’exploitation restaient en usage, longtemps après qu’elles avaient été abandonnées autre part.
L’économie domestique du chapitre de saint Paul nous est exposée tout au long dans certains documents de la dernière partie du xiii® siècle. Ils ont été commentés avec bienveillance par un de nos contemporains, membre du même chapitre, l’archidiacre Ilale (1). Le chapitre possédait treize manoirs. Chacun d’eux était entre les mains d’un firmarius, qui le tenait à bail, ordinairement à vie. Le firmarius occupait, par rapport au manoir, exactement la posilion d’un seigneur, tenant
(1) Introduct. au Domcsday of Saint Patd’s, XLVI-LI
le nouvel état economique
espèces, dans les manoirs du chapitre de saint Paul, et sans doute aussi dans ceux des autres corporations ecclésiastiques, fut retardée jusqu’au xv« siècle; mais dans le domaine royal elle s’était produite de bonne heure, dès le xii®. Ce changement est décrit par l’auteur du Dialogusde Scaccario, qui écrit en il78, en des termes qui méritent qu’on s'y arrête : « Dans l’état primitif du « Royaume, après la conquête, les rois avaient coutume « de recevoir de leurs manoirs, non pas de 1 or et de 1 ar- « gent, mais certaines quantités de provisions, pour four. « nir aux besoins journaliers de la maison royale. Ceux « qui étaient chargés de cette question, savaient quelle <( quantité chaque manoir avait coutume de foui ni r. (Jn « recevait cependant de la monnaie frappee poui la
CIIAP. I
mineurs, un pain et six gallons; et un certain nombre de pains et île gallons au reste du clergé et des serviteurs. 'Fout cela environ faisait en tout 40,000 pains par an, et (>7,800 gallons de bière.
Ce système primitif dura jusqu’à une époque assez avancée du xiv** siècle. Mais dès une époque qu' remonte aussi haut que le milieu du xii® siècle, on avait fait certains paiements en argent. L’unité de ces paiements était la dizena, chaque dizena valant trois marcs et sept pence, attribués de la façon suivante : deux marcs et demi pour les gages hebdomadaires des curés de la cathédrale, pour les chanoines mineurs, le sacristain, et les autres officiers du chapitre; un demi-marc pour acheter le bois de la brasserie et du four, et sept pence pour les aumônes: ainsi des paiements en argent, à la fois pour la rente et pour les gages, avaient déjà commencé. De plus, comme nous ne pouvons supposer que les chanoines vécussent exclusivement de pain et de bière, il est clair qu’ils devaient acheter de la viande, aussi bien que du drap pour leurs l obes, sur le marché de Londres avec l’argent qu’il recevaient à titre de dimes et de donalions. Cependant la plus grande partie de la nourriture du corps des chanoines de la cathédrale provint encore, pour plusieurs siècles, des manoirs dont le chapitre était le seigneur. La hiérarchie était très étroite. Nons en avonsune preuve dans le statut de Ralph de Diceto, à la fin du xiii® siècle, qui stipule, qu’en cas de disette ou de peste dans les domaines, les membres non titulaires de la corporation auront un pain et un gallon de moins par jour. Au début du xv® siècle nous trouvons que le système est en train de se briser. Les paiements en argent faits au chanoine sont substitués à la fourniture de bière ; la fourniture de pain tombe en désuétude, et finalement des rentes considérables en argent prirent la place des faisances.
La transition des paiements en nature aux paiements en
o2 CHAP, I. — LE MANOIR ET LA COMMUNAUTÉ DE VILLAGlî
« mer pour réprimer les insurrections lointaines, il eut « besoin d’argent monnayé pour suffire à ses dépenses. « ^ eis le même temps, des foules de vilains arrivèrent « à la cour pour se plaindre, ou, ce «jui désola le roi « bien davantage, venaient le trouver pendant ses vo}’a- « ges, et tendaient vers lui leurs socs de charrue, pour « lui montrer que l’agriculture était en décadence ; car « ils soulîraient beaucoup de fatigue d’être obligés de « charroyei les provisions en s’éloignant de leurs propres « demeures. Aussi le roi prêta l’oreille à leurs plaintes ; « après avoir tenu conseil avec les grands, il chargea de « cette tâche les meilleurs hommes qu’il put trouver « pour 1 accomplir, les envoya pour visiter chaque manoir « dans tout le royaume, et estimer en argent la valeur « des paiements en nature, et ils rendirent le sheritf de
on trouve un commencement d’impôt, sous la forme du Danegeld. Au temps de Canut, le /«enof, (redevance), qui n’était à Torigine qu’un don de chevaux et d’armures, était devenu un paiement en argent. Henri II obtint du grand corps des chevaliers l’impôt appelé Scutage (scuage) en remplacement du service militaire ; et sous Edouard I, des paiements réguliers en argent, opérés par les négociants, remplacèrent les dons ou les confiscations de marchandises.
De tels changements impliquent deux conditions : d’abord l’existence d’une monnaie adaptée aux besoins des paiements, secondement l’existence de marchés dans lesquels les hommes soient assurés d’obtenir de l’argent pour leurs marcbandises, ou d’obtenir des marchandises pour leur argent. Il y avait très peu d’argent monnayé en Angleterre jusqu’à la seconde moitié du vin® siècle, sous le règne d’Otîa (I). Avec Athelstan commença la longue série des lois pour la réglementation du monnayage. Il ordonna qu’on ne se servit dans tout le royaume que d’une seule espèce de monnaie, et qu’on n’en put frapper que dans les villes. A cette époque commence la pratique de graver sur les coins le nom de la ville où ils étaient frappés (2). Pendant des siècles, les autorités locales, dans les grands centres de commerce, étaient autorisées à avoir leurs propres monnayeurs ; il y en avait plusieurs dans toute ville considérable, et on peut en gros estimer l’accroissement de la masse de la monnaie courante par le nombre des noms de villes qu’on trouve sur les pièces. Sous Eanut, les monnaies étaient plus nombreuses qu’autrefois (3). Sous Henri 1, il y avait 94 monnayeurs. Ils furent tous punis de mutilation en 1 123 pour avoir altéré les monnaies (4). Pour
(1) Hawkins, Siloer Coim of Emjland (2e éd. 1870), 30.
(2) Uuding, Annals of lhe Cuinages (3“ éd. 1840), I, 126
(3) Ibid., I, 137.
(4) « Avant Aoël, le roi Henri envoya de .Nonnandie en An-
Ffe-fy^
remédier aux maux causés par le rognage, il y eut de nouvelles frappes en 1125, ll'iS, 1180, 1248, 1309 (1). Kn 1220 on mit en circulation pour la première fois des demi-pennies ronds, et des farthings (liards). La pratique de ne diviser la pièce principale, que par moitié et par quarts, persista donc très tard (2).
Cela prouve combien il devait y avoir peu de commerce de détail. D’autre part, le mauvais succès d’Henri 111, lorsqu’il tenta, en 12.”)7, d’imiter ses contemporains de France et d’Italie en émettant une monnaie d’or, montre combien l’Angleterre était en arrière des autres pays pour le développement commercial (3) ; car^ avec l’accroissement du commerce, les monnaies de plus haute marque deviennent de plus en plus utiles. Les remontrances de la cité de Londres le forcèrent à publier, dans une proclamation, que personne ne serait
« gleterre l'ordre de mutiler tous les moniiayeurs et cela parce « qu’un homme pouvait posséder une livre, et cependant ne « pas pouvoir la faire prendre pour une dépense d’un penny « dans un marché. Et Roger, évêque de Salisbury, envoyé dans « tout le royaume, les fit venir tous à Winchester à Noël, et « quand ils y furent, ses hommes les saisirent l’un après l’autre,. « et leur coupèrent la main droite ; tout cela fut fait en douze « jours et avec beaucoup de justice, parce qu’ils avait ruiné cette « terre en y mettant en circulation quantité de mauvais métal »,. English Chron., s. a. 11 2a.
(1) Ruding, I, 165, 170, 171, ISl, 202. Pour les deux frappes sous Henri H, V. Ralph de Diceto (Rolls’ Sériés), I, 302 ; II, 7.
(-) Ruding, I, 181,182. On dit que les demi-pence circulaires avaient été frappées sous Henri 1, mais sans grande preuve. Le gouvernement a cette époque a dù être ti'ès désireux de mettre en circulation une grande quantité de ces pièces ; car on a livré aux monnayeurs deux fois autant de coins pour les demipence et les farthings, que pour les pence, et cela plusieurs semaines plus tôt. Selon Ruding aucun de ces demi-pence ne reste aujourd hui, et il suppose que, comme le peuple ne les aimait pas du tout, ils furent décriés, et qu’on n’en frappa plus jusqu’en 1248.
(3) Ibid., I, 186. Kenyon, Gold Coins ofEngland, 14, 15.
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LE NOUVEL ÉTAT ÉCONOMIQUE 8o
obligé d’accepter les nouveaux pennies d’or. La frappe fut donc peu importante et bientôt arrêtée ; on ne fit pas d’autre tentative semblable jusqu en 1343, lorsque Edouard se procura l’assistance de certains monnayeurs Florentins pour son émission de nobles d’or(l). Pendant le siècle dont il est question, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, un commerce considérable s’était développé ; aussi le roi put ordonner que personne ne refusât de prendre ses nobles, en paiement des dettes de 20 shillings et au-dessus. C’était avec les Flandres que le commerce élait le plus considérable. C’est pourquoi en 1343-46, Edouard négocia, avec les magistrats des villes Flamandes, l’établissement d’une monnaie uniforme, qui aurait cours dans les deux pays (2).
Nous montrerons dans le chapitre suivant, comment la seconde condition a été remplie, et comment les marchés se sont développés.
(1) Ruding, I, 216-218.
(2) Ibid., l, 222.
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