METIERS
sources. — [a) La (.ilde de commerce. — F.e meilleur ouvrage sur ce sujet est Gross, Gilda Mcrcatorin (Gültingen, 1883), qui pour la première fois a montré luniversalité de cette organisation dans les villes anglaises, et son fonctionnement au xiii" siècle. Les deux seuls recueils des statuts de gildes qui ont été conservés sont ceux de Southampton (xiii‘‘ siècle) et de Berwick (1249-1294). On trouvera le texte français du l®'" dans Archœol. Journ, xvi (1859), traduit dans Davies, Hist of Southampton (1883), — le texte latin du second est dans Cosmo Innés, Acts O f Pari. Scotland (1844), et un résumé en anglais dans Englisch Gilds {Earhj Eagland Text Societg, 1870). La seule gilde de commerce qui survive, bien que de nom seulement, est celle de Preston, dont les règlements de 1308 et 1328, et les rôles de la gilde de 1397 sont imprimés dans Abram, Memorial of thc Preston Guilds (1882), et Preston Guild Rolls (Record. Soc. Lanc. and Chesh., 1884). Les rôles de gildes de deux autres villes, Leicester et Totnes, ont été conservés. On en a donné des exposés dans Thompson, Hist. of Leicester (1849), pour Totnes dans Third Rep. Hist. MSS. Comtn. (1872). Pour les essais sur l’ancienne histoire générale des villes, voyez Kemble, Sa.voni in England, livre II, chap. vil ; Thompson, English Municipal History (1867) ; Stubbs, Constitutionial History, ch. v, vi, xiii.
(6). Les (lildes de métiers. — Le premier et jusqu’à présent le seul travail en anglais sur les gildes de métiers, est l’Es.sa? de Brentano, qui précède les English Gilds (1840), qui a paru plus tard en allemand sous forme d'Einleitimg au travail du même
géré à la fois leur indépendance et leur importance économique ; mais nous avons le point de vue, exagéré dans la direction contraire, dans Ochenkowski, Englands loirthschaflliche Eniwickeluufj im Ausgange des Mittelalters On peut obtenir une idée plus
nette en se reportant aux réglements de métiers, traduits par Riley, Memorials of London, (1868). On peut leur comparer pour Paris le Livre des métiers d'Et. Boileau, éd. Depping (18o7), éd. Lespinasse et Ronnardot (1879). Dans Vllistoire primitive de Vendustrie de la laine en Angleterre (Atner. Econ, Assoc. 1887, angl.)par Pauteurdu présent livre, on trouvera une tentative pour retracer riiistoire de la plus importante industrie de PAngleterre. Beaucoup d'informations éparses sont données dans Herbert, Histoire des corporations de Londres (1837, angl.,) Les rapports des gildes de métiers avec lorganisation municipale sont examinés dans Stubbs, Constitution. History, III, 21. Pour la France, voyez aussi Gasquet, Précis des institutions de V Ancienne France (1885) ; et pour TAllemagne, Maurer, Geschichte derStüdteverfassung, 11(1870). l/analyse la plus détaillée de rorganisation de l’industrie au moyen âge est celle de Schonberg, Zur ivirthschaft, tiedeutung des deutschen Zunfiivesens im Mittelalter, in Hildebrand’s Jahrbücher für N. Olionomie (1867) et les caractéristiques des diflerentes formes d'industrie sont brièvement comparées par Held, TéWei Bûcher zur socialen Geschichte Englands (1881), livre II, ch. ni.
(c) Commerce. — Sur Thistoirede la situation des commerçants étrangers, les premières recherches convenables ont été celles de Schanz, Englische Handclspolitik gegen Ende des Hittelalters (1881), P. H, ch. lu, et les relations entre les villes anglaises et étrangères ont été éclaircies par le Calendar of Letters (1350- 1370), éd Sharpe, imprimé (1883) sous le patronage de la Corporation de Londres. Pour la hanse de Londres, voyez Wariikœnig, Histoire de FlamHe (1835-46), trad. Cheldolf ; pour la hanse teutonique et pour la cour de l'Acier, V. Lappenberg, Geschichte des Hansischen Stahlhofes zu London (1851), et l’article de vulgarisation sur la cour de l’Acier par Pauli, dans Tableaux de la vitille Angleterre (angl. 1861). On peut recueillir beaucoup d’informations sur les marchés, les foires et les moyens de communication dans Rogers, History of Agricidture, et Kitchin Winchester Cathédral Record, n® 2 (1886), quelques renseignements dans Jusserand, La vie nomade en Angleterre au x\\^ siècle (1884). Les Slatutes of the Reabn sont d'une valeur toute spéciale sur cette question.
Comment ces villes se sont-elles formées { ^ur celte question il serait peu profitable de construire une théorie définitive, jusqu’à ce que la condition de l’ensemble de la population de l'Angleterre d’autrefois ait été déterminée d’une manière plus satisfaisante qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mais on sait, sans hésitation possible, que la population tendait à se réunir dans les endroits où les grandes roules se croisaient, ou bien près desquels les rivières pouvaient être passées à gué. De tels endroits, en effet, devaient, en bien des cas, être importants au point de vue stratégique, et par conséquent devenir fortifiés. Il n’y a pas de raisons
nii’aiir'iin rlp.s nrH res monastiaues, avant
La Gilde de Commerce
Au temps de la conquête normande, il y avait environ 80 villes en Angleterre (1). La plupart d’entre elles n’étaient pas autre chose que ce que nous considérerions aujourd’hui comme de grands villages. Elles ne se distinguaient des villages d’alentour que par les murs de terre qui les entouraient, et par des monticules qui permettaient de faire le guet aux environs. Londres, Winchester, Bristol, Aorwich, A ork et Lincoln, étaient très en avance sur les autres par l’étendue et l’importance ; mais, même une ville de premier rang ne pouvait avoir plus de 7 ou 8000 habitants (2). Nous ne nous tromperons pas peut être beaucoup, en estimant la population urbaine à environ loO.OOO personnes, sur une population totale d’environ un million et demi (3).
le nombre des feux était de 300.000, en multipliant par quatre pour avoir le nombre des femmes et des enfants, nous arriverons à une population totale de 1500 000. Cette estimatioii est probablement trop élevée, car en descendant jusqu’au règne d’Edouard lit, la population n’était au plus que de 2,500,000, Rogers, Six Centuries, 117-121. Le nombre des burgenses, inscrit dans le Domesday, est de 7968 ; mais, au temps d’Edouard le Confesseur, il avait été de 17105. En admettant 8000 omissions, nous avons un total de 25 000, qui, multipliés par 5 donne 125 000. Mais il faut remarquer que burgensis signifie un citoyen complet. 11 y avait probablement dans beaucoup de villes un nombre considérable d’habitants plus ou moins serviles. Ainsi à Norwich {Domesday, II, 116-118), il y avait 1320 « burgenses ». Au temps du dénombrement il y avait seulement 665 « burgenses anglici » ; environ 32 « burgenses » étaient partis pour les villages voisins ; d’autre part, un nouveau bourg s’était développé, dans lequel il y avait « 36 burgenses français et 6 anglais ». Mais il faut ajouter « 480 bordarii, « qui propter pauperiem nullam reddunt consuetudinem ». On ne voit pas clairement si 1 on doit inteipiétei cette indication comme signifiant qu’il y avait toujours eu une population de « bordarii », ou s’ils n’étaient que des « bourgeois » privés de leurs tenures. Dans le premier cas ils formeraient le tiers de la population, et si le même état de choses existait autre part, nous aurions à ajouter 41 000 à 125 000, ce qui ferait un total de 166 000 pour la population urbaine, dans les temps les plus florissants avant la Conquête.
(1) Soixante-dix-neuf villes, qui ont pu être identiliées,sont mentionnées dans YEnglish Chronicle (Voyez la liste dans l’appendice C. Kemble, Les Saxons en Angleterre, U, angl.) et 18 bourgs apparaissent dans le Domesday L’importance relative des villes du sud de l’Angleterre dans la première partie du x® siècle peut être estimée, d’une manière générale, d’après le nombre des monnayeurs autorisés par la loi d’Alhelstan (Schmid, Gesetze der Angelsachsen, 140), ainsi à Londres 8, à Canterbury 7, (mais là, parce que l’archevêque avait le droit à deux, et fabbé à un), à Winchester 6, à Rochester 3 (dont un dépend de l’évêque) ; à Lewes, Southampton, Wareham, Shaftesbury, Exeter, 2 ; Hastings, Chichester, Dorchester, 1.
(2) Cf. Pearson, Hist. of Engl., I, 381.
(3) Selon Ellis la population totale, enregistrée dans le Domesdag, est de 283, 242. Mais il y a des omissions considérables, non seulement celle des comtés du nord, mais de Londres, de Winchester, de quelques endroits plus petits, et des membres du (.lergé et des corporations monastiques. Si nous admettons que
vu CHAH. II, — GILDES DE COMMERCE ET DE MÉTIERS
les Cisterciens, « vécussent de propos déterminé dans les lieux sauvages (I) » ; les monastères et les églises cathédrales étaient élevés dans les endroits où il y avait déjà des villages. Mais, à l’ombre des monastères, les villages devinrent bientôt des petites villes (2) ; les corvées auxquelles leurs habitants étaient astreints, ou la transformation en argent de cos services, pour laquelle ils payèrent des droits, attestent le caractère, servile à l’oncine. de ces teniires jirliainps Plue
LA GILDE DE COMMERCE
cation, sont encore aujourd’hui si importants en Angleterre.
Le commerce avec le royaume de France s’est fait longtemps par Londres et par les ports du Kent, surtout Sandwich et Douvres. Le tralic avec les établissements danois, sur la côte irlandaise, dont les esclaves formaient l’article principal, donna la prééminence à Chester et à Bristol, au x“ et au xi® siècle. Les rapports avec les royaumes Scandinaves, dus à la conquête de Canut, établirent entre \"ork, Grimsby, Lincoln, Norwieb, Ipswicb, beaucoup d’autres ports sur la cote est, et les pays de la Baltique, des communications commerciales très actives (1). (Cependant le commerce avec les contrées étrangères ne pouvait pas être considérable.
Les denrées que, dans un vieux dialogue anglais, le commerçant, selon sa propre description, emporte avec lui, semblent être toutes des articles de luxe, dont le besoin se fait sentir seulement dans les hautes classes. « Du drap de pourpre, de la soie, des pierres précieuses, « des objets d’or, des vêtements, des cosmétiques, des « vins, de l’huile, de l’ivoire, du bronze, du cuivre, de « l’étain, du soufre, du verre et des objets sembla- « blés (2), » Il est fait si peu (3) mention des commerçants dans les lois anglaises, qu’il nous serait difticile de supposer qu’une classe commerçante considérable eût alors commencé à se former.
Dans les années troublées, qui ont suivi le débarquement du Conquérant, les plus importantes des villes anglaises souffrirent beaucoup. En certains endroits, un
(1) Green, Conquest of Eivjland, 440-452.
(2) ïunier, 113. C'est une bonne preuve que le commerce, en tant qu’occupation indépendante, s’est développé d’abord au service du luxe. Cf. Lexis, in Schonberg, Handbuch der politischen Oekonomie, 1021.
(3) Le mot ceapman se rencontre seulement trois fois, Schmid, Gesetze der Angelsachsen, Clossar.
tiers ou une moitié des maisons furent détruites et la population réduite dans les mêmes proportions. Les hasards de la guerre, et la politique de Guillaume, qui consistait a multiplier les constructions de châteaux, contribuèrent également à ce résultat (I). Mais même] durant les vingt ans qui précédèrent le grand cadastre de lü86, les villes de la côte du sud avaient commencé à proliter de leurs relations plus étroites avec le rivage opposé (2). Aussitôt que le gouvernement normand fut établi solidement, il assura au pays une paix et un ordre intérieurs dont on n’avait jamais joui auparavant; la régression temporaire fut plus que réparée;
et dans chaque ville, l’une après l’autre, s’éleva la gilde de commerce.
La Gilde de commerce ou Hanse, car les deux mots sont employés comme synonymes, était une société formée originairement pour l’obtention et le maintien du privilège des transports commerciaux. Ce privilège impliquait la possession, par les confrères de la gilde, du monopole du commerce dans chaque ville, même vis-à-vis de ses autres habitants (3), et aussi la liberté de commerce dans d’autres villes (4). Le caractère précis du monopole variait probablement quelque peu d’endroit en endroit. Partout, apparemment, ceux qui n’en
(1) Voyez Freeman, Norman Conquest, V, 806.
(2) Voyez Pearsoii, 381.
(3) Gross, Gilda Mercatoria, 35. Les chartes des villes contiennent ordinairement une clause comme celle-ci « et quod nullus qui non sit de gilda ilia mercandisam aliquam faciat in predicta civitate, vel in suhurbio, nisi de voluntate eorumdem civium. »
La charte de Henri II à Oxford dit « Sciatis me concessisse
« civibus raeis in Oxenforde omnes libertates quas habuerunt
« tempore regis Henrici avi mei, nominatim gildam suam mer- ' <^^toriam lia quod aliquis qui non sit de gildlialla aliquam
O mercaturam non faciet in civitate vel suburhiis », Stubbs. Select Charters, 167.
(4) Gross, 63. Voyez cependant, infra 11« partie.
LA GILDE DE COMMERCE
étaient pas membres, gardaient la liberté d’acheter et de vendre des umre5(l) ; mais s’ils allaient plus loin, et s’engageaient dans un commerce régulier, ils tombaient sous le coup de droits économiques, dont les confrères de la gilde étaient affranchis (2). Si le commerçant était iche pour payer le droit d’entrée et devenir memmais s’v refusait obstinément, on le l’accablant de droits répétés. En d’informer les officiers de
assez r
bre de la gilde, forçait à céder, en certains endroits, la promesse la gilde de l’existence de toute personne traliquant, dans la ville, et capable d’entrer dans la corporation, faisait partie du serment d’entrée de chaque confrère (3). Chaque membre payait un droit d’entrée, et fournissait probablement d’autres contributions à la caisse commune. On les dépensait pour les besoins communs de la gilde, en fêles principalement. Et comme on ne pouvait concevoir bu Moyen Age Bucune société ssns une ceitaine juridiction sur ses membres (4), la gilde de commerce, dans ses réunions, qu’on appelait « mercuriales du matin (5) », rédigeait des règlements pour le
(1) Ibid., 53. La pénalité imposée à un confrère de la gilde a Slamford pour avoir refuv' une part dans un achat à un autre, fut « qu’il ne pourra de toute l’aunée, acheter ni vendre autre
chose que des vivres ».
(2) Même dans la petite ville de Saint Edmundsbury les membres de la gilde de commerce exigeaient des forages de tous les nnn-menibres vendant sur le marché, Chron. Jocelyn de Brake-
CHAP. Il
GfLDES DE COMMERCE
commerce, el punissait les intraclious merciale.
Certainement, avant la
religieuses, et des gildes à-dire des cercles de certains offices de
LA GILDE DE COMMERCE 9o
un peu avant d’être reconnues par chartes. La valeur de la charte était surtout dans la sanction qu’elle donnait au droit coercitif de la société. Malgré le petit nombre des preuves, l’existence d’une gilde de commerce peut être prouvée, en définitive, dans 1)2 villes, sur les IGO, qui, à un moment ou à un autre, ont été représentées dans les parlements d’Edouard T®*". Aucun nom important, à deux exceptions près, à savoir Londres et les Cinque ports, ne manque à la liste. Il est donc impossible de ne pas conclure, que chaque ville, en dehorsde celles qui étaient à peine plus importantes qu’un village, avait sa gilde de commerce. Ce fait en lui-même est suffisant pour prouver le grand rôle que la gilde a dû jouer dans la vie urbaine du temps.
La similitude évidente des règlements des quatre gildes, dont les ordonnances ont été conservées en des endroits aussi éloignés l’un de l’autre que Totnes, Southampton, Leicester et Benvick, ne peut s’expliquer, qu’en admettant que les gildes de commerce avaient la même organisation dans toute l’Angleterre. Chacune était présidée par un alderman (deux en certains cas), avec deux ou quatre assistants, ordinairement connus sous le nom de wardens ou échevins; quelquefois il y avait aussi des intendants (stewarts). Il y avait généralement un petit conseil intime de douze ou de vingtquatre membres. L’alderman et les wardens, outre la
conquête,il avait existé des gildes I pour les chants d’église, c’estet des sociétés pour laccomplissement pieté, l’assistance mutuelle nour I-, conservât, ou de lu paix (1). I, est donc Ion ^7^0
ement de bonne heure en vue du commerce ^lais la
piemiere mention positive d’une gilde de commercants
ne remonte pas certainement au delà de 109S A ^ i
bal,sb„ry, t,oull,u„,pt„n; et dans toutes ces chant t
connu, ssanoe de la gilde de commerce occ, e te place importante (3) Fn f-iif 1» "
nui écrivait i r„„ • J“'''sc'>ns>ilte (ilanvil,
q «t"va,t a celte epoque, regarde la commune, c'est
no ue le corps ,les ciloyens jouissant des droits Je
eon,„,tcTt'"“"r‘''u de
*meice ( t). Lesjjildes comm..r.r.i..i.v„ . .
« -es jours de chapitre » dans les Coll 1 usage dut, maneloquium » à Andover P,-, ans Lross, Gild MeixhanL Morgensprache en Allemagne, .VJaurer, III, 38o
0) Const. Hist., l, 469 ; Kembl.
t-) i.es « chiiichten apparaissent pendant 1 <iross, :J2. n, I,
(3) («ross, 37, sqq.
C'est le passade hi conditi
universitaires, et euves et éclaircissements était le terme i?énpr/ïl
n’étaient pas bourgeois. « Si quis nalivus quiete per unum an- <( num et unum diem in aliqua villa privilegiata inanserit, « ita qnod in eorum communanij scilicet ijildam, ianquam civis « receptus fuerit, eo ipso a villenagio liberabitur. », Select CharierSy 162. De plus les droits des bourgeois, dans une des chartes urbaines, sont définitivement établies comme subordonnés à la possession d’une propriété dans la ville « Si aliquis nativus ali- « cujus in civitate manserit, et terrain m ea tenuerit et faerit in « gilda et hansa et scot et lot cum eisdem civibus nostris per unum a annûm et unum diem, deinceps non possit repeti a domino « suo, sed in eadem civitate liber permanent » Gross. 33.
-auiissant que, sons certaines '•ant dans la ville pendant un an et
on remarquera que (danvil, dit seu- • lorsque le vilain obtenait les pleins us verrons plus tard qu’il y avait corps considérable d’habitants qui
convocation et la présidence des réunions et des fêtes, dir igeaient l’emploi des fonds de la société, aussi bien tjue radministration de ses propriétés, lorsque, ce qui était fréquemment le cas, la gilde a-fait acheté ou, par tout autre procédé, acquis de la terre (I).
Quelles étaient les personnes éligibles comme membres de la gilde? 11 est impossible de. le dire avec certitude. 11 est clair que l'association renfermait un très grand nombre de membres, au moins deux cents pour la petite ville de Totnes (2). Si elle comprenait les marchands voyageant dans les marchés éloignés, elle n’excluait en aucune façon à l'origine les gfens du métier, comme tels (3). 11 est certain que les tils ainés, ou les héritiers des gens de la gilde, avaient le droit d’être admis sans rien payer, et les (ils cadets en payant un droit d'entrée moins considérable que les étrangers ; certainement aussi, d’abord, les membres pouvaient céder ou vendre leurs droits, et les transmettre à leurs héritières qui pouvaient les exercer par elles-mêmes, ou les donner à leurs ncaris ou à leurs fils f iV Les droits
LA GILDE DE COMMERCE
de l’association s’exprimaient le plus ordinairement par l’expression de seatj sedes (siège) ; on disait que les membres sollicitaient, possédaient, vendaient, ou don~ liaient leur5ea/(l). On le désignait comme étant tantôt dM-dessous, tantôt au-^/mw^ de celui d’un autre confrère. A l’origine, cette expression se rapportait probablement à la place occupée dans le marché. On se sert aussi quelquefois du mot gilde pour exprimer l’ensemble des droits de l’association, mais plus fréquemment on l’applique aux réunions de la société, surtout aux rassemblements solennels qui avaient lieu une ou deux fois par an (2). Nous savons que les commerçants des autres villes étaient admis à être membres de l’association, et que les mêmes privilèges étaient souvent obtenus par les monastères voisins et les seigneurs des manoirs (3). Mais, à coup sùr, la grande majorité des membres appartenait à la ville elle- même, et nous avons de fortes raisons pour supposer que, parmi les habitants, on admettait seulement dans l’association ceux qui possédaient une propriété dans l’enceinte de la ville ; les tenanciers en bourgeoisie, hurgenses o\\.cives, bourgeois ou citoyens
par excellence (en franç. dans le texte). Seuls, ils étaient entièrement qualifiés pour être membres de l’assemblée municipale (1). Nous ne devons pas cependant considérer tous les membres de la gilde comme étant des commerçants importants. Dans beaucoup de villes, l’agriculture était encore une des principales occupations des bourgeois (2) ; mais beaucoup de ceux qui occupaient la terre, devaient désirer de toute façon vendre le surplus de leurs produits. Les articles les plus souvent mentionnés dans les documents des gildes,' les peaux, la laine, le grain, etc., montrentque le commerce consistait presque entièrement dans la vente et l’achat des produits bruts de l’agriculture (3). On a déjà remarqué que les non associés recevaient la permission d’acheter ou de vendre contre le paiement de droits économiques ;
(1) Voyez la deuxième citation, note 4, p. 94. Dans un rôle de l’Echiquier de Jean sans Terre, David le teinturier de Carliste est enregistré comme payant un marc, afin que l’établissement qu’il a à Carlisle lui donne le droit de bourgeoisie « et quoJ ipse- babeat easdem libertates quas alii burgenses de « Kaerleolo », Madox, Exchequer, 278. Nous sommes conduits à croire que la possession d’une propriété était une des conditions de l’affiliation, même quand le langage des chartes semblerait impliquer le contraire. Ainsi la charte de Henri II pour Lincoln dit que si un homme demeure un an et un jour à Lincoln sans être réclamé « et dederit consuetudines », il doit rester en paix » sicut civis meus », Select Charters, 166. Cependant sous le règne de Jean, les foulons et les teinturiers de Lincoln se plaignirent de la saisie de leurs draps par les aldermen et les reeves, et réclamèrent le droit de teindre à leur volonté, comme libres citoyens de Lincoln. Les aldermen et les reeves déclarent que les artisans « non habent legem vel communiam cum liberis civibus », Placitorum abbreviatio (éd. 1811), 6d ; Asbley, E7iglish Woolen Industi'y, 23. Cf. Pour les Flandres, Vanderkindere, Le siècle (les Artevelde, 63.
(2) Thompson, Leieester, 31. Les porcs et les bœufs semblent avoir été élevés dans l’intérieur même de la cité de Londres jusqu’au xiiC siècle. Liber Albits, XLI-XLll.
(3) Berwick statutes § 20 ; Entjlish Gilds, 342
LA. GÏLDE DE COMMERCE
mais, en certains cas, le commerce de certains articles leur était entièrement interdit, par exemple pour les peaux (1). 11 est encore important d’observer que, dans plusieurs villes, la gilde de commerce avait jugé indispensable d’obtenir du roi le monopole de la vente au détail des draps de couleur, dont se servaient les hautes classes (2), ou meme de la vente au détail de toute espèce de drap (3). Nous verrons plus tard comment ces privilèges ont été pour elles une cause de conflit avec les gildes de métier. |
Nous avons vu que les assemblées de la gilde, ou ses dignitaires en son nom, rédigeaient des règlements, ou exerçaient une juridiction dans les questions commerciales. Ces règlements éclairent d’une manière évidente un trait commun à la fois aux gildes de commerce et de métiers, à savoir que, tandis que chaque membre individuel, dans certaines limites, était autorisé à poursuivre ses intérêts par les moyens qu’il pensait les meilleurs, on avait cependant le sentiment très fort, que le commerce et l’industrie étaient l'intérêt commun du corps tout entier. On estimait que chacun devait se soumettre aux règlements pour le bien commun, et venir en aide à ses confrères. Ainsi, à Leicester, une ordonnance de la gilde décidait que les marchands de drap, lorsqu’ils allaient à la foire de Saint-Botolph, à Boston, se placeraient du côté sud du marché, et les marchands de laine du côté nord. Un peu plus tard on décida que les commerçants de
(1) Gross, 55.
(2) Asbley, English Woolen Industrg, 19-24.
(3i Ainsi dans une Cliarte de Henri II à Chiebester « Nullus in civitate Cicestr’ vendat pannes per detaillum nisi sit de gilda inercatoria », Gross, 54. Parmi les « coutumes » de Newcastle (au temps de Henri I), l’une d’elles décidait que personne, excepté un bourgeois, ne pouvait acheter, faire (c’est-à-dire fabriquer) ou couper du drap pour la teinture. Select Charters, 112.
Leicester à Boston feraient toujours l’étalage de leurs draps dans la rangée où les gens du Leicestershire avaient coutume de se tenir, sous peine d’avoir à payer un tonneau d’ale. On pouvait bien, pour plus de sécurité, rentrer avec soi son drap, pour la nuit, dans un logement situé hors de la « rangée » ; mais on ne pouvait le vendre que sur l’alignement obligatoire (1).
» C’était d’ailleurs la seule manière possible d’exercer la surveillance sur les commerçants qui prétendaient venir de Leicester, et c’est ainsi seulement qu’on pouvait empêcher les fraudeurs de ruiner la bonne réputation des produits d’une ville. Mais en récompense de ces prohibitions, les gens de la gilde obtenaient le bénélice de la protection. Si un des membres de la gilde de Southampton était mis en jirison dans n’importe quelle partie de l’Angleterre, l’alderman, l’intendant et l’un des écbevins étaient obligés de partir aux frais de la gilde, pour obtenir sa délivrance. A Berwick,. « deux ou trois de la gilde » étaient obligés de « travailler » pour le compte de tout confrère en danger de perdre la vie ou un membre, mais seulement pendant deux jours, aux trais de la gilde (2). Les individus ne devaient pas monopoliser les avantages du commerce. A Southampton, pendant la discussion d’un marché, tout autre membre de la gilde pouvait survenir et réclamer d’v être admis, en fournissant garantie qu’il pouvait payer, pour la part qu’il désirait. A Berwick un homme qui achetait un lot de harengs, devait les partager au prix coûtant avec les gens de la gilde présents, et quiconque n’était pas présent pouvait aussi avoir sa part, en payant le prix et douze pence de bénélice pour l’acheteur |'3)
(1) 1201. Thompson, 89.
(2) Davies, Southampton, 140 § H ; pour Berwick, Houard, Coutumes anulo-normandes, II, 471,^5 12.
(3) Davies, § 24 ; English Gihls, 343, § 37.
(1) Davies, § 21 ; Thompson, 78, 79,
(2) Cela est éclairci particulièrement par les documents analysés dans Thompson. Un certain Roger Alditch leur a donné beaucoup de peine. Il fut chassé de la gilde pour avoir joint du drap vermeil de mauvaise qualité à une pièce de bonne fabrication, et pour deux autres délits antérieurs ; il fut réadmis après un an et un jour, eu payant une amende et en produisant des cautions ; un peu plus tard, il fut de nouveau dans l’embarras pour avoir envoyé à un acheteur du drap inférieur à celui qui avait été montré lorsque le marché avait été fait, pp, 68, 77. 81. Une fois, le maire et certains confrères de la gilde furent condamnés à rarnende d’une mesure d’ale, pour avoir coloré frauduleusement la laine, p. 78.
ir
secourus ; leurs filles recevaient des dots j)our se marier ou pour entrer au couvent; et quand un membre mourait, ses funérailles étaient suivies par ses confrères, et on pourvoyait aux frais d’une cérémonie convenable (1).
Section VIII. — Origine des Gildes de métiers.
Ce fut, comme nous l’avons vu, dans la seconde moitié du xi® siècle, que les gildes de commerce commencèrent à se former; pendant le xii®, elles surgirent dans toutes les villes considérables de l’Angleterre. La naissance des gildes de métiers, d’une manière approximative, doit être reportée à trois quarts de siècle plus tard. Des exemples isolés se rencontrent de bonne heure au xii® siècle ; ils deviennent plus nombreux à mesure que le siècle avance, et au xui® ils apparaissent dans toutes les branches de fabrication, et dans tout centre industriel.
Les Gildes de métier étaient des associations, pour certains intérêts communs, entre tous les artisans voués à une industrie déterminée dans une ville donnée. .Nous verrons plus tard quels étaient ces intérêts. Leur apparition marque la seconde période de l’histoire de
(4) Ceci est éclairci par les statuts de Berwick et de Southaraptou. La disposition suivante des statuts de lîerwick en laveur d’une orpheline est amusante ( § tO, Houard, II, 471) « Si quis « confralrum uostrorum relinquat post obituin suam lîliam ex « uiore conjugata, qui sit laudabilis conversationis, et bonæ « faniæ, et non habeat de proficiis unde sibi providere valeat « de viro, aut si in domo religionis caste vivere voluerit, secun- « duin æstimationem et dispositionera aldermanni, dècani et « confratruni, secundum facultates Gildæ, sibi de viro vel de « domo religionis provideatur ». La clause a pour titre « De relevatione tîliarium Cildæ ».
ORIGINE DES GILDES DE METIERS lUo
l’industrie, la transition du sijsthne domestique au système de la gilde (ou des métiers) (1). Dans le premier il n’y avait pas de classe d’artisans à proprement parler, c’est-à-dire pas de classe d’hommes entièrement ou principalement voués à une fabrication spéciale, et cela parce que les besoins d’une famille ou de tout autre groupe domestique, monastère ou maison seigneuriale, étaient satisfaits par le travail des membres du groupe lui-même. Le second système, au contraire, est marqué par l'existence d’un corps d’individus, dont chacun était occupé plus ou moins exclusivement à une fabrication spéciale. Le passage d’un système à l’autre est donc un exemple de la « division du travail », ou pour employer une meilleure expression de la « division des fonctions ». Si, avec Adam Smith (2) nous cherchions à déterminer « les progrès naturels de la richesse », nous pourrions formuler ainsi la loi de son développement. Dans une communauté agricole, la division des fonctions apparaîtra d’abord de la façon suivante : d’un côté la grande masse de la population, qui continue à être employée dans l’agriculture, de l’autre le pietit nombre de personnes, qui s’occupent de transporter le surplus des produits bruts d’un endroit dans un autre où ils sont nécessaires. Lorsque cependant, comme dans le cas de l’Angleterre, un pays est surpassé par d’autres dans les arts industriels, ou incapable de se fournir lui-même des articles de luxe, comme les pierres précieuses, on verra apparaître des îninm-lalHiirs de ces nroduits désirés par les classes les
(1) Pour la comparaison des conditions de l'industrie pendant ce que nous avons appelé le système familial, le système de la gilde, le système domestique et le système de la fabrique, voyez Thun, Die Industrie am Niederrhein, II, 246 ; lleld, Zwei Bûcher zur socialem Geschiclite Englands, 5il ; et cf. Ashley, English Woolen Industrie, 71-73.
(2) Weallh of dations, liv. III, ch. i.
plus riches, même avant qu’il ne se crée une classe de commerçants pour les produits bruts du pays. Mais en tout cas la formation d’une classe de petits marchands ou classe commerciale précède celle de la classe industrielle.
Si 1 on conçoit ainsi la place des fabriques naissantes du xii*’ siècle dans le développement de la société du Moyen discussion sur la possibilité de 1 « origine » romaine des gildes perd beaucoup de son intérêt (1). Sans doute, les historiens modernes ont exagéré la solution de continuité qui existe entre le monde romain et le monde barbare , sans doute, les artisans de la fin de l’empire romain avaient une organisation quelque peu semblable à celle des gildes plus récentes. Bien plus, il est possible que, dans un ou deux endroits de la Gaule, certaines corporations d’artisans aient eu une existence ininterrompue du v“ au xii® siècle ; il se peut même que la réglementation romaine ait servi de modèle à l’organisation des esclaves artisans sur les t(!rres des monastères et des grandes seigneuries ; et c est là probablement, sur le continent, l’origine de quelques-unes des gildes de métiers postérieures. Mais nous voyons que le développement d une classe d’artisans, en tant qu’on la distingue des artisans isolés en quelques endroits, était impossible jusqu’au xii« siècle; car la société n avait pas encore atteint la période où il était profitable et sùr, pour un nombre considérable d’hommes, de se borner à toute autre occupation que l’agriculture. Nous voyons aussi que les idées directrices des gildes de métiers ne leur étaient pas paiticulières, mais étaient communes à toute la société contemporaine. Par conséquent les éléments d’organisation que l’on peut admettre comme dérivés des corporations ro-
(1) Voyez pour 1 opinion, poussée ù l’extrême, qui rattache cette organisation aux institutions romaines, Gasquet, Précis des institutions de l'ancienne France, II. 233-243.
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inaines d’artisans, ou comme suggérés par elles, sont tout à fait d’importance secondaire.
Tl y a, nous l’avons dit, peu de doute que quelquesunes des gildes de métiers, en France et en Allemagne, ne fussent à l’origine des organisations de serfs artisans sur les manoirs des seigneurs importants, laïques ou ecclésiastiques.Cecas peut s’ètre produit aussi, dans quelques endroits, en Angleterre ; mais on n’a pas encore fourni la preuve qu’il en ait été ainsi. Cependant il faut rappeler que nous savons encore très peu de chose de l’histoire primitive des villes ; d’autre part, il est possible que, dans bien des cas, les bourgeois, qui ont formé plus tard la gilde de commerce, fussent à l’origine des vilains astreints aux corvées à l’égard de leurs seigneurs; il est donc possible aussi qu’il y eut, en quelques endroits, des groupes d’artisans, travaillant pour un seigneur, soumis à des règlements et à des officiers désignés par lui et qui, peu à peu, s’affranchirent de la servitude et devinrent des artisans libres. Mais ce ne sont là que des déductions ; a l’époque où les preuves apparaissent pour la première fois dans les documents qui sont présentement à notre portée, ces ouvriers sont libres de leur personne, et ne sont pas soumis à la surveillance seigneuriale.
Une autre question plus difficile encore est celle des rapports des gildes de métiers et des gildes de commerce. Dans beaucoup de villes d’Allemagne et des Pays-Bas, il se produisit pendant le xiii® et le xiv® siècle une lutte désespérée entre l’oligarchie bourgeoise, qui monopolisait le gouvernement municipal, et dont la force s’augmentait encore dans bien des cas de ce qu’elle était unie dans une gilde de commerce, et les artisans, organisés en gildes de métiers Les gens de métier combattirent d’abord pour avoir le droit de posséder leurs gildes particulières, puis pour obtenir une part dans le gouvernement de la ville. Ces faits ont pris facilement la forme d’une théorie symétrique du développement industriel.
Les gildes de commerce, a-t-on dit, s’étaient d’abord formées pour se protéger contre les seigneurs féodaux ; puis elles devinrent tyranniques, et rendirent ainsi nécessaire la formation des gildes de métiers ; de même, les gildes de métiers devinrent tyranniques dans la suite, et les journaliers furent obligés de former des sociétés à eux, pour se protéger contre les maîtres. A la lumière de cette théorie, il n’était pas difficile d’expliquer les renseignements beaucoup trop rares que nous avons sur la question en Angleterre, et de compenser le silence des chroniqueurs anglais, en se rabattant sur les analogies qu’on trouve dans les documents étrangers (1).
l.a simplicité même de cette théorie, la facilité avec la- ([uelle les vulgarisateurs l’ont acceptée, malgré le peu de preuves que les documents anglais pouvaient fournir, ont |)eut-être conduit quelques historiens à la traiter avec mépris. On allègue qu’il n’y a pas de preuves, en ce pays, d’une pareille lutte entre les bourgeois et les artisans (2). On maintient même que les gildes de métiers n’avaient que peu d’indépendance, et doivent être regardées simplement comme l’organisme au moyen duquel les autorités municipales surveillaient la fabrication (3). Cependant ce point de vue ne parait pas satis-
(1) C’est l’opinion adoptée par Brentano dans son essai placé en tête de EntjUsh Gilds (Early Engl. Text. Soc.) ; et brièvement reprise dans son Arbeilerverhaltniss gemüss dem heiitigen Recht,
tions des différentes corporations doit être regardée simplement comme une théorie ; mais elle -ne semble pas en contradiction avec les faits, et elle est confirmée par beaucoup de preuves indirectes.
Les membres de l’assemblée municipale, la coiirt leet, ou poi'tmaiwiote, semblent, à l’origine, avoir été astreints à être propriétaires fonciers dans les limites delà ville ; et c’est d’abord le droit de siéger dans cette assemblée,qui caractérisait le bourgeois ou le citoyen. Ce sont ces bourgeois qui constituèrent la gilde de commerce de chaque ville (1). D’abord le terme « commerçant ou marchand » devait s’étendre à tous ceux qui avaient l’occasion de vendre ou d’acheter tout ce qui n’était pas provisions pour l’usage journalier. Celui qui occupait un lot de terre, si petit qu’il fût, fût-il un artisan, ne devait pas être exclu. Mais cette union et cette harmonie ont dû être troublées de deux façons. Il se forma une classe d habitants des villes qui n’étaient pas propriétaires fonciers ; elle se recrutait principalement sans doute par 1 accroissement naturel de la population urbaine elle-même, mais aussi peut-être, pour une part, par l’immigration des serfs venant des districts agricoles. Ces habitants non propriétaires ne pouvaient être en aucune façon considérés comme des bourgeois ; aussi ils ne pouvaient être admis dans la gilde de commerce, même s ils le désiraient, et s’ils étaient capables de payer le droit d’entrée. Beaucoup d’entre eux durent se mettre au service des citoyens riches; mais il y en eut qui se tournèrent vers les métiers manuels. Secondement, bien
(1) Voyez note t, p. 98. L’évêque Slubbs croit « que la gilde « de commerce comprenait tous les marchands, qu’ils eussent ou non une propriété foncière », Const. Uni., 474. Mais il n’y a pas de preuve, semble-t-il, d’une affirmation si générale.
(2) L’évêque Stubbs dit prudemment. « Les luttes entre le « patriciat bourgeois de la gilde de commerce et les plébéiens « des gildes de métiers, qui marquent riiistoire municipale de « l’Allemagne, n'ont pas de parallèle exact en Angleterre », ConsL Uist.y I, 474 (Libr. Ed.). M. Cunningham déclare plus hardiment « quM n’y a aucune preuve de la tyrannie des classes «riches, ni de l’opposition que les artisans leur auraient faite... »>, Formation et dêcadeiice dés gildes de méhers (angl. Transact. Royal Ilist. Soc.), p, U.
(3) Ochenkowski, Englands wirihschaftUche Entwickehmgy o5, 74-79.
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que dans une petite ville, comme Totnes, la gilde des commerçants ait pu pendant longtemps continuer à comprendre les artisans, dans les villes plus grandes, il devait y avoir une tendance à ce que la direction de la gilde tombât entièrement dans les mains des « négociants » au sens moderne du mot; et ils ont Uni par imposer, par la contrainte, ce règlement qu’avant d’être admis dans la gilde, un artisan devait abjurer son métier (l). Mais, pendant ce temps, la gilde de commerce dont les membres devaient avoir exercé dès l’origine une influence prédominante dans la ville, était devenue, en fait, identique avec le corps gouvernant; ou plutôt, une organisation municipale s’élait formée, qui combinait les droits de juridiction de la « court-leet » et les droits commerciaux delà gilde (2). Ainsi, deux questions distinctes se posaient. Les gens de métier devaient-ils obtenir pour leur gilde des droits de surveillance et de juridiction sur leurs membres, à part, et indépendamment des autorités municipales? ou devaient-ils continuer à se soumettre au monopole commercial de la gilde des marchands? Les premières gildes de métiers, qui sont parvenues à notre connaissance, sont celles des tisserands et des foulons en draps de laine. Go fut la gilde des tisserands, dans toute l’Europe de l’ouest, qui commença et qui conduisit la lutte contre les vieilles corporations gouvernantes. La raison en est naturelle. La fabrication des fournitures pour la draperie devait être la ]»remière industrie qui provoquât une demande considérable, et par conséquent elle devait paraître à des artisans mériter qu’ils s’y vouassent entièrement ; aussi fut-elle la première où
nous voyons apparaître une corporuuou spéciale ue gens de métier. On trouve, il est vrai, des gildes de boulangers à une époque presque aussi ancienne (1), mais comme il faut bien moins d’habileté pour la boulangerie que pour le tissage, la boulangerie est longtemps restée, comme elle l’est encore dans une grande proportion, une occupation domestique. Ainsi les boulangers ne pouvaient pas être aussi nombreux que les tisserands, et comme les premiers fabriquaient pour la consommation immédiate, ils furent rarement en conflit avec le
monopole des commerçants (2).
Nous devons à l’existence fortuite du « pipe roll » (registre des droits) de 1130, de savoir qu’il y avait à cette date précise des gildes de tisserands à Londres, Lincoln et Oxford (3), qui, chaque année, payaient au roi des droits pour être autorisées. Les tisserands d Oxford, en nous reportant au règne d’Edouard l®^ époque où la taxe fut fixée, déclaraient que leur gilde comprenait alors soixante membres (4). Pendant le même règne, il y avait aussi à Oxford une gilde de « corvesars », ou corroyeurs (5). Pendant les premières années de Henri 11, on trouve aussi des gildes de tisserands à \oik, A\ in-
(1) « Bolengarü debent I marcam et VI uiicias auri », Pipe lioU, îi. Henri II ; Madox, History of tlie Excliequer, 231.
(2j Cf. Asliley, English Woolen Induslrn, 13, 14.
(3) Rotulus maipius Pipæ (éd. Record Comm., 1833), li+, 2, 109. Pour les tisserands et les corroyeurs d’Oxford, voyez Boase, Oxfordj 36, 37.
(4) « Eo tempore quo promissionem dictæ marcæ auri feceran! Tellarii predicti erant numéro sexaginta et plures iii villa prædicta, et ipsi jam ad taiitam inopiam deveneriiit quod vix sint numéro quindecim », Madox, Exch€(]ueri 232.
(5) Un « luspeximus » d’Henri III, imprimé in ArchæoL Journal,
YI, 146, cite une charte de Henri II conünnant les droits dont jouissaient les « corversarii » au temps de Henri « Ita fapînt A^^ipinm eorum in villa de Oxon’ nisi sit de
(1) C’était certainement le cas à Winchester, Marlborough et Heverley, Liber C ustwnarum (liolh' Sériés), 60, 130,1; Cf. les villes llamandes, dans Warnkônig, Hist, de Flandre^ traduct. Cheldolf II, 208, »qq ; 306, sqq.; Cilliodts, lurent, des Archives de Bruges^ IV, 272, sqq.
(2) Stubbs, Cunst, Mist,, III, 608-610.
IIU CHAP. ir. — GILDES DE COMMERCE ET DE MÉTIERS
chesler, Kuntingdon, et Noltingliam, et une gilde de foulons à Winchester, chacune payant des droits annuels à l’Echiquier (I). Ce n’était pas tout-à-fait une taxe ; c’était la condition à laquelle ils recevaient la sanction du gouvernement. Les gildes que le roi n’avait pas autorisées, étaient condamnées à l’amende comme illegales. Ce fut le cas, en 1 180, à Londres pour les gildes des forgerons, des bouchers, des marchands d’épices, et des apprèteurs de drap (2). Mais il ne semble pas qu’il y ait eu une tentative pour dissoudre par la force les sociétés illégales ; elles n’étaient pas assez grandes pour exciter la jalousie des bourgeois de Londres ; et elles survécurent toutes, pour prendre leur place dans les corporations, qui se formèrent plus tard.
Dans les plus anciennes chartes, telles qu’elles ont été accordées aux tisserands de Londres et de York par Henri H, en dehors d’une confirmation générale des « libertés et coutumes », la seule clause j)récise était que personne, dans l’intérieur delà ville, quelquefois du district, ne pouvait exercer un métier, à moins d’appartenir à la gilde (d). Le droit de forcer tous les gens de métier à faire partie de l’organisation corporative, Z un/l-Zu'anff,se\onV expression des écrivains allemands,
(1) The Great llolh of the Pipe, 2-4, Henri II, (éd. 1844), 39, 90, lo3. Pour York, Close Rolls (éd. 1883), I, 421.
(2) Madox, Exchequer, 390. J’ai emprunté quelques phrases à mon travail sur la Woolen Industry, 16, sqq.
(3) « Sciatis me coucessisse Telariis Londoniarum Gildam suam « in Londoniis habendam cum omnibus libertatibus quas habue- « runt tempore regis Henrici avi mei; et ita quod nullus nisi per « illos se intromittat infra civitatem de eo ministero, et nisi « sit de eorum gilda, neque in budwerke neque in aliis locis Lon- « doniis pertinentibus». Liber Custumarum. d'd. — Pour York, personne ne devait fabriquer de drap dans le comté, sinon avec le consentement des tisserands de cette ville. Voyez le rescrit d’Henri ordonnant au sherilf de donner force de loi à ce règlement, Close Rolls, I, 421. Cf. note 4, p. 109..