CHAPITRE III
L INDUSTRIE DE DA LAINE
Sources et liibliographie. — Les principales sources d’information sur ce sujet sont les Slatutes of the Hcaliu et leur indispensable supplément, les /{o//s of Parliamrnt < Hotuli Parliamcntorum). On trouvera un bon guide pour les statuts dans les Mcmoirs of irooZ de John Smith, dont la première édition, en deux volumes in-8®, parut en 1747, et la seconde, en deux volumes in-4°, en 1750. L’ouvrage donne un assez grand nombre d’extraits de la plupart des pamphlets sur le commerce de la laine et la fabrication du drap jusqu’à la date de sa publication, de sorte qu’il peut encore rendre des services pour la période suivante. Le nouveau Calendar of thc Patent Rolls ( i;J27-i;j30) publié par le député Keeper, en 1891, jette encore un nouveau jour sur les premières années du règne d’Edouard III. beaucoup de documents importants relatifs aux Tisserands de Londres pendant le XIV® et le XV® siècle sont imprimés dans .Madox, Firma Burgi (1726). Pour les conditions existant chez les autres peuples à cette même époque, on consultera très utilement ; Strasslnivgrr Tucher-und Wcberznnft de Schmoller (1879', ainsi que Etudes sur l'Industrie et la classe industrielle à Ibiris au xin® et au xiv® siècle (1877) par baguiez; le premier de ces ouvrages, en particulier, est très suggestif en ce qui concerne l'ensemble du mouvement industriel. L’ouvrage de John James, Historij of the Worsted Manufacture (18.17), contient une exposition synoptique très bien faite de la législation; et cette exposition peut être complétée par les renseignements éparpillés dans llistory of Norfolk, de bloomfleld, dont le second volume, consacré à Norwicli, parut en 184i). (Juant à ce qui concerne les sentiments du peuple vis-
ORIGINES. — les artisans ÉTRANGERS '219
à-vis des fabricants de drap, il est indispensable de connaître les pamphlets contemporains publiés par Pauli sous le titre de Drei volksicirthschaflliche Denkschriften ans der Zeit Heinricits VIII, dans les Abhandlungen der K. Gesellschaft der l\ isscnschaftcn île Gœttingue (1878). 11 est presque impossible de comprendre les commencements du système domestique sans étudier ses conditions au moment on il était sur le point de disparaître à la suite de la révolution industrielle due à l’emploi des machines ; et cela peut être très bien étudié dans Held, Zwei Bûcher zur socialen Geschichte Englands (1881) ; mais surtout dans le Report from the Coinmitce of the Bouse of Commons on the Woollcn Manufacture of England, avec les preuves à l’appui (1806). Historg of Wool and Wool-combing , de John Hurley (1889), est un livre instructif pour les temps modernes, mais la matière historique y est rare. Quant aux réfugiés du xvi® siècle, le seul livre qui essaie de traiter ce sujet d'une manière complète, est Bistorg fiom Eoreign Refugees, de J. S. Hurn (1846), livre qui est savant et plein de renseignements. En ce qui concerne la migration à Norwich, cet ouvrage a été dépassé par la publication des documents imprimés dans The Walloons and their Church at Norwich, their llistory and Registers 1 565- 1832, publiés en 1887-88 par la Huguenot Society de Londres, et précédés d'une introduction qui contient une exposition complète de la matière par \N. J. C. Moens. l.’Bisioire a été réimprimée séparément sous le titre de The Walloons and their Church at Norwich (1888). 11 convient d’ajouter qu’une grande partie du chapitre suivant a été tirée, avec des remaniements et des corrections considérables, d'un premier essai du présent auteur, The Early llistory of the English Woollen Induslry, dans les Publications of the American Economie
Association, 11, 4 (1887).
Section XLII. — Origines. — La première immigration
d’ Artisans Etrangers.
L’iiistoire de la laine et du drap en Angleterre offre un double intérêt: elle explique l’origine de la richesse de l’Angleterre et elle éclaire d’un jour tout particulier le développement de l’industrie. Vers la fin du Moyen
CHAP. III, — l/lNDUSTRIE DE LA LAINE
Age, la laine était pour l'Angleterre le seul article d’exportation important, — un article dont ce pays avait, en fait, le monopole dans le Aord-Ouest de l’Europe ; de sorte que son contrôle fournissait une arme puissante entre les mains de la diplomatie et que sa taxation fournissait un moyen facile d’augmenter le revenu royal. Mais l’Angleterre ne se contentait pas seulement de fournir à l’Europe la matière brute ; son gouvernement lit d’énergiques et continuels efforts pour conquérir le premier rang en matière d’industrie ; ses etforts furent couronnés de succès. Le drap devint « la base de notre richesse (l) », et, à la fin du xvii® siècle, les marchandises de laine représentaient « les deux tiers de l’exportation de l’Angleterre (2) »,
L’industrie lainière olfre encore un plus grand intérêt au point de vue économique. Les aliments et les vêtements sont les deux premières nécessités de la vie humaine et ils jouent dans I histoire sociale un rôle qui est en rapport avec leur importance. Un fait signilicatif, c est que les boulangers et les tisserands se tiennent côte à côte dans les premiers documents des gildes de métiers en Angleterre (3). Tous ceux qui ont quelque connaissance de la législation du Moyen Age, n’ont pas besoin qu’on leur rappelle avec quel soin les autorités publiques surveillaient la vente du blé et du pain. Mais le pain ne pouvait être produit que par quantités relativement petites; il ne pouvait pas, non plus, être fait en vue d’un marché trop distant ou d’un marché à longue échéance, 'l'out cela, naturellement, était également vrai de tous les produits alimentaires avant la création de nos moyens rapides de transport et la découverte de méthodes de conservation ; donc, puisque « la division du
(1) L’Kvê(|ue Berkeley, en IT.t?, cité dans Toynbee, Industrial IterolutiuH, Wk
(2) Davenant, (tfGahi in Trade (1(199), 47.
(9) Madox, ///s/or// of the Eærhc.quer , 231.
ORIGINES. LES ARTISANS ETRANGERS
travail est limitée par l’extension du marché (1) », ce n’était pas dans la production des aliments que pouvait se produire un considérable dévelopi»ement manufactu-
riGr»
Il en était tout autrement lorsqu’il s’agissait de la labrication du drap. Un article nécessaire, mais un article susceptible de conservation, lut le prtmiier en vue de la fabrication duquel un corps spécial d’artisans se forma. Et, dès le commencement, il se lorma parmi les artisans employés dans cette industrie une forte tendance vers une spécialisation plus complète. Partout où les conditions étaient favorables, spécialement au point de vue de l’abondance de la matière première, il commença bientôt à se former une demande qui n’étail plus purement locale, et cette demande, non seulement encourageait cette division des travaux qui, de bonne heure, a ete si avantageuse, mais encore elle tendait à créer une classe de commerçants distincte de celle des fabricants.
Ue sont là les causes qui tirent que la manufacture de la laine fut la première à prendre la forme de la gilde et, aussi, la première à en dépasser les limites; qu’elle devint la plus largement répandue des industries « domestiques » et, par conséquent, celle dans laquelle le système de la fabrique gagna sa plus diflicile et sa plus signalée A’ictoire. , ,
Nous avons déjà remarqué, dans les sections precedentes, la première apparition des gildes des tisserands dans la première moitié du xii” siècle, et la lutte d intérêts qui s’éleva entre eux et le corps des bourgeois (2). Nous avons vu les larges pouvoirs dont la Cour des Tisserands de Londres jouissait au commencement du XIV® siècle (3) ; et la tendance au monopole — tendance que, dès cette époque, manifestèrent les tisserands et que
(1) Cf. J. s. Mill, PoHlical. Econ., livre I, chap. viii, § 0.
(2) Part. I, 108-111 (Trad. fr.)
(3) Ibid., lit) (Trad. fr.)
CliAP. III. — l’iküustrie de la laine
l’on eut à réprimer eu faisant appel aux Cours royales (I). Nous ayons vu aussi que la forme et la qualité des étoffes fabriquées furent placées sous la surveillance d’un officier spécial, Vaidnaffer [en français] (2). Nous nous proposons dans le présent chapitre de retracer Thistoire de 1 industrie dans la période qui s’étend du milieu du xv« siècle au milieu du règne d’Elisabeth ; cette histoire comportera nécesîsairement trois divisions; I® la première grande immigration d’artisans pendant le règne d’Edouard III, amenant à sa suite l’expansion de Eindustrie anglaise et le commencement de la fabrication en vue de l’exportation ; la transformation, au xv« et au xvi« siècle, du système de la gilde proprement dit en ce qui fut connu à une époque postérieure sous le nom de « système domestique » de l’industrie ; et 3° la seconde immigration d'artisans étrangers ; puis rétablissement
des « nouvelles draperies », c’est-à-dire la fabrication des qualités supérieures.
E importance de l'industrie lainière en Angleterre au xiii“ siècle ressort clairement de l’importance attribuée à la « vérification du drap » {nsshe o/ cloth) ; et la grande importation de guède nous indiquii aussi que ce drap était teint (3). Mais si on compare cette industrie à celle
(1) Ibid., 231 (Trad. fr.)
(2) Ibid., 2.‘10-2;il fïrad. fr.)
(3) Durant la sixième et la septième année du règne de Jean, les Chambellans du Roi reçurent 100 livres pour « l’autorisation de porter de la guède à Londres pour l'y vendre .> ; et dans la douzième année, en six mois, tes gardes des ports en comptèrent presque pour 000 livres; .\tadox, E.rchequer, iiSl, 332, colonne 1 •
ysi, colonne 1.
Macpherson, Annah uf Vounnercc, I. .330, 382, s’est servi des cliilfres donnés par Madox. Mais il s’est trompé lorsqu’il a supposé que les chilTres donnés pour la douzième année du règne de Jean se rapportent à toute l’année. Le texte est intitulé : « Cowjiolm (.usludiun Porlmiin .Maris a frstc Suncti Michaelis unno .\ll tisqiic ad mediam (Juadranesmam aniii sequenlis hune aununi », la
ORIGINES. — LES ARTIS.ANS ÉTRANGERS
des Pays-Bas (1) et des grandes villes du Rhin (2), elle nous apparait bien en retard. Il n’était pas fabriqué de drap en vue de l'exportation et même une grande partie de la demande anglaise, — en particulier pour les draps de qualité supérieure, — était importée de l’étranger. Cependant, c’était d’Angleterre que les Flandres et les pays voisins faisaient venir la plus grande partie, sinon la totalité, de la matière première ; et cela ne pouvait manquer de suggérer aux Anglais l’idée qu’aucun obstacle insurmontable ne s opposait à ce qu ils missent eux-mêmes en œuvre leurs propres produits. Il semble qu’ils aient cru, tout d’abord, qu’ils pouvaient arrivera ce résultat en interdisant l’exportation de la laine. Privés ainsi de leur provision accoutumée de matière première, les étrangers trouveraient plus difficile de labriquer du drap pour l’importer en Angleterre j en conséquence, il se produirait en Angleterre une demande plus importante pour les manufactures anglaises et, en même temps, les artisans anglais achèteraient leur fil à meilleur marche maintenant que la laine serait travaillée dans leur pays.
demi-année qui va de la Saint-Michel 1310 à la Mi-Careine 1311, et qui fait partie de la douzième année.
Douvres est, soit exempté, soit non excepté, selon le sens que l’on donne à ces mots de l’assise de guède de Ivent et de Sussex, « præter Douve. »
(1) Arras et les villes situées dans les environs avaient conservé quelque chose de la vieille réputation concernant 1 habileté des artisans romains; et les contrées du Nord de la 1* rance et des Flandres devinrent de bonne heure très renommées au sujet de la qualité supérieure et des riches nuances de leurs draps : Schmoller, Tuchcr-und Weberzunft, 300, 307. Au xi« siècle et au xn«, les draps gros bleu et verts de Flandre remplacèrent la toile pour les vêtements des classes supérieures en Allemagne. Ibid., 303.
(2) Cologne n’arriva a une importance commerciale et manufacturière qu’après les villes de Flandre, mais elle y arriva plus têit que les autres villes allemandes, spécialement en ce qui regarde le tissage. Ibid., 300.
CHA1>. 111. — l’industrie de la laine
Nous rencontrons un premier exemple de celle prohibition d’exportation dans un acte du Parlement d'Oxford de 12.J8. Les barons, alors, « ordonnèrent que la laine du pays serait travaillée en Angleterre et ne devrait pas être vendue à des étrangers, et que personne ne devrait porter que des étoiles fabriquées en Angleterre » ; et de peur que les gens ne fussent mécontents d’avoir à se vêtir avec les étoiles grossières d’Angleterre, ils défendirent de « rechercher les vêtements luxueux (1) », Nous pouvons peut-être retrouver une idée analogue dans ce qu’un chroniqueur nous rapporte de Simon de Montfort : comment, lorsque les pirateries des marins des Cinq Ports eurent fait cesser tout commerce et que le jieuple commençait à se lamenter, le Comte essaya de lui persuader qu’il pouvait très bien se passer de tout tralic avecles étrangers ; « sur quoi, un très grand nombre, cbercbant à plaire au Comte, portaient des étoffes blanches ne voulant plus en porter de teintes (2) ».
Une autre tentative fut faite en 1271, lorsque l’exportation de la laine fut de nouveau prohibée et, ce qui est plus signiticalif, que l’importation du drap fut interdite également (3). .Mais celte ordonnance fut rap[>oitée en 1274. Il est hors de doute que le but principal de ces mesures était d’obliger les gouverneurs des Flandres à accéder aux demandes politiques du gouvernement anglais, et il n’était guère probable que la prohibition serait maintenue a])rôs que les Flamands seraient venus à arrangement. Même beaucoup plus lard, lorsque l’industrie anglaise fut prospère, la politi((ue de protection industrielle du gouvernement fut continuellement entravée
(t) Walter of llemingburgh, I, 3U(i (éd. Société anglaise d'IIistoire).
(ü) Thomas Wykes, sut) aniw 126i, dans les Annales Monasliri (Rolls'Series) IV, 138.
(3) Calendar Ilot. Patentium (éd. de 1802); 33, Henri III, I, M. C, 10. — Ilymer, Fœdcra, 1, 310, 313.
ORKIINES. — LES ARTISANS ETRANGERS
et suspendue pour des motifs politiques temporaires. .Mais ces e.xpérieiices ré[>élées eurent prubablement le résultat suivant : elles iinjutrèrent clairement que [)Our la fabrication des belles qualités de drap, et pour donner au drap des nuances riches et variées, les Anglais n’avaient pas l'habileté technique nécessaire. Le gouvernement d’Fdouard III vit que si l'Angleterre devait se passer des draps flamands, il fallait qu’elle fît venii- des ouvi iers des Flandres. En conséquence, elle eut recours à une mesure que jugèrent à propos d ’employer tous les gouvernements qui désiraient encourager l’industiie et ([u’ils employèrent jusque bien après le Moyen Age. bille s’appliqua moins à défendre l’im[)ortalion qu’à importer le talent étranger (1). On peut dire, — pour em- [>loyer la terminologie de Frédéric List, — que ce dont on avait besoin alors ce n’était pas la création de « valeurs d’échange », mais la création de « pouvoirs producteurs (2) ».
La situation des Fays-Bas, spécialement des l’iandres, était bien propre à faciliter celte introduction d’ouvriers en Angleterre. I^a défaite écrasante des artisans llamands à Casse!, en 1328, par les forces combinées de leur (fomte et de son suzc'rain Philippe de Valois, fut suivie de mesures rigoureuses contre les gildes et du bannissement de centaines d’ouvriers de chacune des grandes villes, — Gand, Bruges et Ypres (3j. Surtout, il y avait en
(1) Ce fut lîi, sinon le premier éLal)lissemenl des tisserands étrangers, du moins le premier étatdissement qui a e.xercé quelque inituence sur l'industrie anglaise, (juant à l'étahlissement des tisserands étrangers dans le Pemlmolvesliire sous le règne de Henri l®'', établissement auquel se réfère Cunningham dans son Eiujlisli Indusfvy, 1, 17(i, 282, note 3, voyez la critique qui en a été faite par le présent auteur dans Political Science (Juaiterlij, VI (i891), 13(i.
(2) Voyez List., Aational of Political Econonin, livre H,
chap. XII. H a été bien tratluit par Sampson Lloyd G883).
(3) Asliley, Artcreldr, G!l 71.
L INDUSTRIE DE LA LAINE
Flandre et probablement aussi dans les principautés voisines, de la part des villages et des petites villes, un effort continuel pour se soustraire, plus ou moins complètement, au monopole de l’industrie drapière accaparé parles grands centr-es (1). Par suite, ce que devait taire Eilouard 111, c’était de promettr-e sa protection à ceux rjui désireraient venir en Angleterre. La première de ces lettres de protection, qui existe encore, fut ptdiliée en 13.31 pour « .lolin Kempe, de Flandr-e, tisserand en drap ». Après nous avoir exposé (}ue Kempe est venu en Angleterre avec certains serviteurs et apprentis dans !(' but d’exercer son métier et dans le but aussi d’instruire et de façonner ceux qui désireraient l’apprendre (2),
(11 Sur les elloiTs désespérés faits par l'operinghe, enl.‘M3-44, pour faire supprimer le monopole d’Ypres concernant la fabrication de ces sortes de draps connus sous le nom de draps rayés, voyez ?6â/., KîO, ainsique les jugements dont il est donné des e.xtraits par I. L. A. Diegerick, Inventaire des Chartes, etc., de la ville d’Ypres (18î)3), II, 127, 134. Vingt des agitateurs furent effectivement exilés en Angleterre, iind., 133. En 1342, le comte prononça un semblable jugement au sujet du district rural connu sous le nom de Franc de Itrnges. Dans cet exemple, les hommes de Bruges réussirent à faire cesser toute fabrication de drap en me de la rente hors du village on ce drap était fabriqué : « Il est défendu de fabriquer, tondre, teindre, vendre ou débiter du drap dans toute l'étendue du Franc de nruges... Les paroisses du Franc où se trouvaient antérieurement des métiers, rames, etc., pourront cependant conserver un seul métier, et s’en servir pour fabriquer du drap de leur propre laine. Ce drap ne pourra servir qu’à leur usage personnel et à celui de leurs femmes, enfants et domestiques, et il leur est strictement dtifendu de le vendre » ; [en français], Diegerick, II, 123. Ces circonstances étaient parfaitement connues en Angleterre où, en 1347, les Communes représentèrent que « les trois bonnes Villes de Flaundres,Gaunt, Brugges et Ipre, ne voillent soeffrer les petites Villes de Flaundres (jui soleient achatre grantes summes de teines, overir Draps, mes ount destruit leur lustrumentz, en abessement du pris des Leines » [en français]. Itut Farlam., Il, 101».
(2) « Gau.sa mesteri sui inliibi excercendi et illus qui inde addiscere
ORIGINES. — LES ARTISANS ÉTR.ANGERS
elle annonçait que le roi avait pris Kempe et ses ouvriers sous sa protection ; et elle promettait une semblable protection à tous autres ouvriers de cette profession, ainsi qu’aux teinturiers et aux foulons qui voudraient venir habiter le royaume. Fne lettre analogue fut octroyée en 1331» à deux tisserands du lîrabant qui s’étaient établis à York ; le roi y déclarait « qu'il espérait que sMls exerçaient leur industrie en Angleterre, il en résulterait un grand avantage pour lui-même et pour ses suj’ets (1) ». Dans le courant de la même année il y en eut une autre semblable pour quinze fabricants de drap qui, avec leurs ouvriers et serviteurs, étaient sur le point de venir de la Zélande (2). Mais le gouvernement ne se contentait pas de protéger des immigrants isolés. Fne complète déclaration de politique apparait dans un statut de 1337 (3). Le gouvernement offre protection à tous les ouvriers drapiers élrangers qui viendront s’établir dans le pays et il leur promet en outre de leur accorder <( des franebises aussi nombreuses et telles qu'ils pourront les désirer » ; il exemple les nouveaux venus de toutes restrictions en ce (jui concerne Vaidnage — « que l’on tasse le drap aussi long et aussi court que l’on vou- <lra » ; il interdit totalement d’importer du drap étranger ■et, même, à qui que ce soit, grand ou petit, d’en faire usage, à l’exception de la famille royale ; il prohibe aussi l’exportation de la laine jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné. Le chroni(jueur contemporain a certainement raison quand il indique le but immédiat de cette prohibition de l’exportation — « alin que le roi parvînt [)lus promptement à vaincre l’orgueil des Flamands, ()ui respectaient beaucoup plus les ballots de laine qu’ils ne
roluerint instruendi et inforrnandi » Bymer, Fa-dera (Becord édilioiij. II, 823.
(1) Und., 11,1)34.
(2) Und., il, D(ü).
(3) 11 Edouard III, Sial nies, I, 280.