‹ Histoire et doctrines économiques de l'Angleterre [microform]Chapitre 64 sur 114 · DIMINUTION DE L AUTONOMIE DES METIERS · texte numérisé non relu

DIMINUTION DE L AUTONOMIE DES METIERS

exactement semblable de diverses professions en une seule se produisit en dehors de l'Angleterre. Ce fut souvent le cas avant la Béforme et même après dans les localités où celle-ci ne pénétra pas ; de sorte que nous ne pouvons en attribuer la cause à des changements religieux. L’exemple d’Edimbourg est particulièrement intéressant. Là, dès 1483, la Corporalion des Marteleurs se composait des Arts des forgerons, des orfèvres, des selliers, des couteliers et des boucliers ou armuriers, et nous voyons que jusqu’au xvin® siècle, « outre les assemblées générales des Corps réunis, les dilïerents arts particuliers ont leurs assemblées distinctes dans lesquelles sont examinées les affaires qui concernent chaque Compagnie, et ces Compagnies ont deux olticiers appelés le plus jeune Maître et le .Maître le plus rujè, qui président aux assemblées parliculières (I) ». Maureren cite de nombreux exemples en ce qui concerne l’Allemagne (2).

Avec le temps les combinaisons devinrent de plus en plus hétérogènes, et il est facile de voir que l'on n’invoqua même plus le prétexte de la surveillance à exercer sur les méthodes de fabrication. La susceptibilité du Moven Age au sujet des produits falsifiés disparut graduellement, en présence d’une nouvelle conception de la liberté individuelle. En même temps, le développement d’un puissant pouvoir judiciaire et d’un pouvoir exécutif de la nation mit fin à l’autonomie déjà restreinte des corporations, comme il avait fait, dans une large mesure, de l’autonomie dont jouissaient les villes auxquelles les rattachaient des liens de subordination. Le seul but du système de la gilde, pendant tout le temps qu’il survécut, à partir du xvii® siècle, ce lut la protection des intérêts des artisans des diverses localités en

mission. III, 432. l.es Forgerons s’unirent aux Eperonniers en 137 1

(bld. y no,

(1) Mailland, 20!).

(2J Geschichte der Stddtererfassungy II, 705, 715.

leur assurant le monopole de l’industrie de leur propre ville. Cela est clairement indiqué par de nombreuse.^ ordonnances des villes comme une chose toute natu-

relle. L’ordonnance de Creston, en 1028, en olïre un exemple typique : « Divers travailleurs et serviteurs appartenant au labourage abandonnant leur propre profession, cherchant non seulement à vivre aisément, mais

encore à vivre dans l’oisiveté, ont décidé de s’établir dans

la ville de Preston pour l’achat et la vente de diverses marchandises, contrairement à la loi ; pour y remédier, les maires, baillis et bourgeois de Preston, sur la pétition d’un grand nombre d’artisans du bourg, ordonnent qu<ï désormais il y aura dans la ville une Compagnie ou Praternité portant le nom de (iardes et Compagnie des Drapiers, Merciers, Saleurs et Quincailliers (I). >> Le seul lait qu’en dehors des Compagnies de métiers, de nouvelles et grandes industries dont l’accès était plus facileapparaissaient subitement, doit singulièrement avoiiaidé les petites professions à conserver leur caractère exclusif.

Section XLI. — Place de la gilde dans l’histoire

industrielle.

Revenons une fois de plus aux premières années du règne d'Llisabetb. On a mis en doute que le gouverne-

(1) (iross, op. cit, II, 1!)9. Cf. pour Ipswich, Wodderspoon, 17G, 177 ; et pour Axbridge, Hist. MSS. Coin., lit, .302, — ordonnance d’après laquelle, comme il y a eu jusqu'ici trois Compagnies dans la ville, celle des Drapiers, des Marchands de cuir, et celle des Forgcurs (forgerons de diverses sortes), tous les chefs de famille qui auront une boutique ou un magasin ou qui entretiendront une famille dans le bourg devront entrer dans une des trois corporations. Dans le cas d’un homme n’exerçant aucune profession, il devra choisir la Compagnie à laquelle il « aimerait à appartenir », sous peine d’une amende de 20 sliillings.

il est certain que cette politique s est présentée sous des aspects dillereiits (1). Mais pour ceux qui ont observé quelque attention le cours du précédent développeet ensuite la législation de lobd, il est impossible

nés d’un but parfaitement cons-

■ — !, d’un autre

! son action ne fut, si on la comcelle des autres gouvernements (2), ni aussi l’Angleterre ni aussi exceptionnelle qu’on Lorsque le gouvernement jeta un par le système de la

,sous

rellète dans Jes en les soumettant à la De là un certain aifaiblisedde. D’un autre côté, il y

s’étaient si alement,

, garantie apportée il sembla du dede l'intérêt elles indus-

avec ment

<le méconnaitre les sig

<;ient de la part du gouvernement ; quoique côté, il faille avouer que pare avec < nouvelle pour avait pu le supposer regard sur les industries régies gilde, il sentit le besoin de les placer plus étroitement le contrôle du public (et ce sentiment se o articles du statut des apprentis) juridiction des juges de paix, sement du système de la g avait certains caractères de ce système qui bien imprimés dans 1 esprit de la nation, speci la garantie d’une bonne fabrication par la méthode d apprentissage, qu voir évident d’un gouvernement soucieux public de les introduire dans toutes les nouv tries qui surgissaient avec ces règlements déterminés. De là vint la clause qui rendait les sept années d’apprentissage obligatoires pour toute industrie. On peut remarquer qu’en cette matière la moralité de l époque et 1 intérêt du gouvernement marchaient de pair ; car les maîtres artisans, dans les industries soumises à 1 organisation de la gilde, avaient encore un pouvoir politique

-ilfr CHAP. II. — les corps de MÉTIERS

plus cunsidérable que les patrons dans les nouvelles professions, et, en exigeant l’apprentissage, le gouvernement allait au-devant des désirs de la population. Le désir de fournir au corps des ouvriers adultes et compétents un travail suffisant, contribua à faire les règlements qui limitaient le nombre des apprentis et fixaient à un an le minimum de l’engagement. Ce n’élait pas que cette législation étendît le système de la gilde à toutes les industries ; son but lut plutôt de généraliser certaines conditions d’industrie que les Gildes avaient été les premières à établir. Ces conditions étaient susceptibles de s’unir, et, en fait, elles se trouvèrent bientôt unies à une organisation entièrement ditférente,— celle du « système domestique ». L’essence du système de la gilde fut la combinaison du travail avec un petit capital ; dans une vaste étendue du champ du travail, cela disparut pour faire place au système domestique. Mais ce fait n’eut absolument aucun ra[>port avec l’action gouvernementale. Il fut dû à 1 action d un pouvoir économique nouveau sur l’ensemble du corps des artisans, y compris les maîtres artisans, les journaliers et les apprentis ; et ce ne fut que les rapports de ces derniers que la législation d blisabeth chercha à contrôler. Le système existant assura au moins aux ouvriers la certitude d’être employés à d’assez honnes conditions, eu éerard à l’énonm*

PLACE DE LA GILDE DANS l’iIISTOIRE INDUSTRIELLE -I)

telle que le système de la gilde, — ne pouvait donner entière satisfaction à la nature humaine, parce que lorsqu’elle donne satisfaction à quelques-uns, elle déplaît et préjudicie à d’autres (1). Aussi le système de la gilde ne fut jamais un système idéal, si l’on entend par là un système répondant à tous les besoins de tous les hommes et de tous les temps. Etant, par essence, un système de contrôle, il était inhérent à sa nature même d’empêcher, jusqu’à un certain point, la liberté d entreprise et 1 indépendance de l’initiative individuelle ; étant aussi un système de restriction, il était inévitable qu en protégeant ceux qui en faisaient partie, il engendrât de la répugnance et de l’aversion chez ceux qui étaient en dehors. Mais quoiqu’il soit dangereux de philosopher sur un développement historique, on peut avancer sans témérité que dans chaque période d évolution sociale il y a des nécessités particulières de l esprit humain qui demandent soit à être réprimées, soit à être stimulées. Généralement parlant, nous pouvons dire que, vers la fin du Moyen Age, les temps n’étaient pas encore mûrs pour un libre jeu de l’entreprise industrielle. C’était plutôt un temps où les conceptions élémentaires d un tia\ail bon et honnête avaient besoin d’être introduites dans la conscience générale par des règlements minutieux, énergiquement mis à exécution ; ce qui était alors nécessaire, c’était plutôt la discipline que la spontanéité (2). Alors aussi, ce fut un temps où, en 1 absence d’un fort gouvernement national, les artisans ou les négociants individuels avaient besoin d’èlre soutenus par un corps organisé qui les protégeât contre la violence .1 /-n- at nrnleclion irnnliauait néces-

la gilile un jugement favorable. Dans son sein se développe une classe moyenne de commerçants opulents et d’artisans aisés (1); ce fut l’apparition de cette classe, à côté et, dans un certain sens, parmi les « lords terriens » et les ouvriers agricoles, qui amena la transformation de la société féodale en la société des temps modernes. La classe moyenne, et cela est devenu aujourd’hui un lieu commun, a été le représentant spécial et la propagatrice des idées modernes; mais cette classe-là n’existait pas encore, lorsque les gildes firent leur première apparition ; et quoiqu’on puisse comprendre que, sous un gouvernement fort, elle aurait pu exister sans le secours et sans les restrictions des gildes, il est, cependant, bon de se rappeler que, en fait, le gouvernement fort n’existait pas, et que ce fut sous le système de la gilde que la « bourgeoisie » prit elîectivement naissance. Alors aussi, c’est grâce au système de la gilde, que, pendant un temps et dans une large mesure, se trouvèrent conciliés les intérêts des producteurs et ceux des consommateurs (2). La tendance de la concurrence moderne est de sacrifier les producteurs; d’afürmer que, pourvu que les articles soient produits à bas prix, la rémunération des ouvriers importe à peine ; mais la législation de la gilde eut toujours en vue l'idéal qui consiste à combiner la bonne qualité d’un prix abordable avec une rémunération convenable de l'ouvrier. La méthode au moyen de laquelle eut lieu cet essai ne pouvait pas durer indéliniment ; son renversement (ut dù à des forces matérielles aussi bien qu’à un changement survenu dans l’opinion. x\lais c’était déjà quelque chose que d’avoir visé à cet idéal ; et l’elï'ort qui fut lait pour contrôlei’ les procédés de production et la vente des produits par rapport au bien-être social est une leçon permanente pour les économistes modernes.

(1) Cf. Shmoller, Kümpfe, 07.

(2) Cf. Shonberg, dans son Uandbuch, 838.

PLACE DE LA GILDE 1).\NS l’iIISTOIRE INDUSTRIELLE ^17

Finalement, on doit faire remarquer que les conditions économiques de cette époque, la difficulté des communications et, par suite, le peu d’étendue du marche pour la plupart des produits, l’absence de tout secours mécanique dans la production et autres choses analogues, taisaient que les petites entreprises industrielles étaient seules possibles. Aussitôt que devint possible l’accumulation d’un grand capital, comme dans les grandes Compaonies de Londres, le système de la gilde tendit a deveniimne forme vide. Etant données les petites entreprises industrielles, étant donnés aussi le courant politique, éthique et les idées religieuses, ce système était inévitable ; et, comme pour toutes les choses qui sont réellement inévitables, demander s’il était ou non justifiable, c’est vouloir appliquer une règle qui n est pas

applicable.

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