‹ Histoire et droit: Sér. 1-2Chapitre 12 sur 42 · Voir le Temps du 31 juillet · texte numérisé non relu

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est fort intéressant de rappeler l'attention publique sur un autre mort illustre qui, le premier, a été jugé digne des honneurs du Panthéon (alors appelé le Nouvel édifice de Sainte-Geneviève) par le décret du 4 avril 1791.

C'est un fait qui résulte du procès-verbal de l'huissier chargé « de l'expulsion » en 1794 que Mirabeau est enterré à l'ancien cimetière de Clamart, entre la rue du Fer-à- Moulin et le boulevard Saint-Marcel. On a déjà fait des fouilles inutiles, il y a quelques années, pour retrouver son corps, et ces recherches ont été conduites avec plus ou moins d'habileté, car Mirabeau a été enterré à deux pas du lieu où Pichegru reposait. Or, le cercueil de Pichegru a été retrouvé et exhumé, en présence de ses descendants. Pourquoi n'a-t-on pas été aussi heureux en ce qui touche Mirabeau? C'est que l'ancien directeur de Clamart, M. Serres était mort, et M. Serres était croyait-on, le seul qui possédât le secret de la sépulture de Mirabeau. Sous Louis-Philippe et Napoléon III, on eût été, d'ailleurs, mal venu à provoquer une exhumation de celui qui a renversé l'ancien régime, sauf à essayer un peu plus tard d'enrayer la Révolution.

Il est superflu de démontrer que le moment actuel se prête admirablement, au contraire, à la révélation d'un secret qui n'est pas mort, comme on pouvait le craindre avec ses premiers détenteurs. Le fossoyeur qui a confié à la terre le cercueil de Mirabeau s'appelait le père Lelièvre ; il avait transmis l'indication de la place où dormait le grand orateur à M. Serres, directeur de Clamart. Mais deux autres personnes ont eu connaissance de ce curieux renseignement. C'est d'abord le fils du fossoyeur Lelièvre qui habitait le cimetière Montparnasse (partie occupée par les morts des hôpitaux), et c'est ensuite mon ami A. Provotelle, fils d'un modeste employé de Clamart, qui est sorti de l'École normale et a été reçu le premier, je crois, à l'agrégation de grammaire. Il est aujourd'hui professeur au lycée de Rouen.

Au cours d'une conversation avec M. Provotelle, cet excellent camarade me révéla son secret, qui risquait de se perdre avec lui, et me proposa d'aller visiter Clamart, ~ se faisant fort de m'indiquer la place où reposait Mira-

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beau. J'acceptai très volontiers et, quelques moments après, nous roulions vers ce coin funèbre dont tout le monde parle et que peu de gens ont visité. Au premier abord, il ne présente, en effet, qu'un médiocre intérêt. Une porte verte, banale, donnant sur la rue duFer-à-Moulin, derrière l'hôpital de la Pitié, à deux pas du Jardin des Plantes. Nous sonnons et Ton nous introduit dans le bureau du directeur, qui vient nous recevoir, d'un air un peu méfiant. Provotelle se nomme et le directeur vérifie sur un registre que le père de mon ami a bien servi dans la maison. Alors notre visite commence. Nous tournons autour d'un bâtiment sans caractère, qui n'a pas été modifié depuis l'enfance de mon ami. Il fait un pèlerinage au grand peuplier (il y en avait trois naguère) qui se balance au-dessus d'autres sépultures historiques, et nous cherchons la place où est Mirabeau; mais une déception nous attend. L'ancien cimetière, où l'on n'enterre plus personne depuis 1814, a été coupé en deux. Il n'en reste qu'un petit mur à hauteur de main, bâti avec d'anciennes dalles funéraires; l'autre partie donne sur le boulevard Saint-Marcel et a été livrée à l'Assistance publique pour construire une école. Un grand mur bête sépare Fécole des bâtiments dont nous venons de faire le tour. Or c'est de l'autre côté que se trouve le cercueil du tribun de la Révolution. Nous remontons en voiture, après avoir pris congé du directeur très intrigué^ qui se doute peut-être de l'objet de notre recherche, et nous allons frapper à la porte de l'école du boulevard Saint-Marcel. Une bonne femme nous guide, sans défiance cette fois, et nous nous dirigeons à main droite dans la cour de l'école communale. Pour retrouver le lieu précis de la sépulture de Mirabeau, Provotelle s'oriente rapidement, car il le connaît depuis l'âge de dix ans. Il tire une ligne droite à partir de l'ancienne porte encore existante et voisine du dépôt, en la dirigeant le long du mur de ce dépôt à une distance de deux mètres. Il en tire une autre perpendiculaire à l'extrémité de la précédente et passant à travers la nouvelle école; puis une troisième partant de la dernière fenêtre de la grande classe de l'ancienne école des frères. Le point d'intersection est l'endroit cherché, à un ou deux mètres

près, en allant vers le boulevard Saint-Marcel. Pour être sûr de ne pas se tromper, il faudrait savoir de l'architecte combien chacune des trois classes avait de fenêtres, puisque c'est la dernière fenêtre de la grande classe qui doit guider les recherches. ,

Le cercueil se trouve, selon toute probabilité, ou sous le trottoir de la cour ou sous la classe neuve qui touche le trottoir. Il y a cinq longues fosses parallèles, perpendiculaires au boulevard. En les comptant à partir du mur où se trouve maintenant la fontaine et les cabinets d'aisances, Mirabeau est dans la deuxième ou la troisième, mais pas dans les autres. Si le service d'architecture se souvient de la place où était le tombeau de Pichegru, celui de Mirabeau se trouve à environ deux mètres, à droite, en faisant face au boulevard. La fosse est une fosse commune qui a au moins 6 pieds de profondeur. Elle était pleine de cadavres enterrés sans cercueils, l'usage étant alors d'enterrer ainsi les pauvres gens. Le cercueil de Mirabeau est en plomb, tout à fait au fond : Si Ton rencontre ailleurs des cercueils de plomb, ils doivent se trouver presque à la surface, car ils appartiennent à des concessions à perpétuité qui n'occupaient que le dessus des fosses. M. Serres a maintes fois indiqué à Provotelle la place tant cherchée depuis et, la frappant du pied, s'écriait : « C'est là que se trouve Mirabeau ! »

Certes, la construction de l'école complique un peu les recherches, qui, sans cela, seraient très faciles avec des indications si précises, et il faut espérer que les entrepreneurs et les architectes n'ont pas remué le sol à six pieds et ont construit au-dessus du cercueil de Mirabeau, car le préau est de construction légère. Nous croyons d'ailleurs qu'on n'a trouvé, lors des dernières fouilles, qu'un cercueil de plomb, rencontré d'un autre côté de la cour de l'école, et ce cercueil renfermait une jeune fille. La découverte, d'un autre cercueil de plomb n'eût pas manqué d'attirer l'attention. Il y a donc tout lieu de croire que Mirabeau est toujours à Clamart, attendant la justice des hommes!

Cette lettre fît un certain bruit et le Président de la République, M. Carnot, voulut bien, sur ma demande,

prescrire au ministre de l'Instruction publique des recherches qui sont demeurées infructueuses.

C'est ce que j'ai eu l'occasion d'expliquer, en septembre 1904, dans une lettre au journal F Eclair, lequel avait repris l'étude de la question.

Voici la lettre dont il s'agit 1 :

Mon cher confrère,

On me communique, à mon retour de Suisse, l'Éclair du 21 septembre qui contient un article sur la sépulture de Mirabeau. Le rédacteur de l'article m'invite très courtoisement à prendre connaissance d'un croquis communiqué

1. Voir VÉclair du 21 septembre 1904. On trouve un Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 30 janvier 1906 une note de M. Yves Barré, ancien fonctionnaire de la Ville, qui confirme pleinement les détails que j'ai donnés moi-même sur l'aspect de l'ex-cimetière au moment des fouilles de 1890.

Je reproduis cette note, adressée à la Commission du Vieux Paris :

Paris, le 24 septembre 1904.

« J'étais, à cette époque (1890), sous-chef à la mairie du V e arrondissement et je fus envoyé à cet établissement scolaire pour enquête, à propos des émanations signalées par des voisins de l'immeuble.

« A mon entrée dans la cour de récréation je vis M. Trélat qui me montra les cercueils en question, que l'on avait découverts dans la partie gauche, voisine du mur mitoyen, et qui n'avaient aucun rapport avec celui de Mirabeau."

« Cette cour était sillonnée de profondes tranchées, creusées seulement autour des arbres.

« Le terrain situé au-dessous de chacun d'eux était resté intact. Il y avait là des espaces assez importants où l'on aurait peut-être pu faire d'utiles recherches. J'y ai quelquefois pensé, mais les travaux furent arrêtés presque aussitôt, et je ne crois pas qu'ils aient été repris ultérieurement. Je n'en entendis pas parler.

« Les émanations étaient très fortes. Elles provenaient des monceaux de cadavres, devenus de l'humus liquide, après trois quarts de siècle, à tel point que l'hôpital de la Pitié avait mis à la disposition de l'architecte un tonneau de sulfate de fer que l'on venait de répandre dans les tranchées du milieu pour les désinfecter.

par M. Gustave Bord et qui représenterait l'ancien cimetière Sainte-Catherine lors des travaux de 1868, avec cette légende : Pichegru, cimetière de Glamart, Mirabeau à 35 pieds, cercueil de plomb, Danton à côté de Mirabeau.

VÉclair résume ensuite un article que j'ai donné autrefois au Temps et qui doit porter la date du 31 juillet 1889. Cet article relatait les confidences que m'avait faites mon vieil ami Auguste Provotelle, un des plus brillants élèves de l'École normale, et qui était fils d'un ancien employé de Clamart. Se sentant très malade et condamné, Provotelle avait voulu me transmettre les renseignements directs que lui et son père tenaient d'un vieillard, M. Serres, ancien conservateur de Clamart. Je ne reviendrai pas sur la visite que j'ai faite à Clamart avec mon ami, en juillet 1889, et, puisque votre collaborateur anonyme fait appel à mes souvenirs, je ne demande pas mieux que d'éclairer le public et de compléter les données un peu vagues sur lesquelles on disserte encore aujourd'hui, paraît-il.

Je n'ai pas lu les journaux depuis un mois et je n'ai causé qu'avec la Jungfrau. Cette conversation a eu même pour conséquence une légère crise de goutte qui m'empêche de remuer mes cartons. Je pars demain à la campagne pour me remettre.

« Les ossements étaient, en effet, rangés en piles le long du préau couvert, sous la marquise.

« Sur un certain nombre de cjrànes, à la hauteur de la tempe, on remarquait des trous ronds, faits évidemment par des balles qui les avaient traversés, sans les faire éclater.

« Beaucoup avaient encore leurs cheveux; sur plusieurs ils étaient serrés à leur extrémité par un ruban noir, mais, pour la plupart, ils étaient entourés d'un morceau de toile bleu foncé, formant la queue portée par les soldats de cette époque.

« Tous ces ossements avaient dû appartenir à des Français, Russes et Prussiens, tués en 1814, dans les combats livrés aux portes de Paris, et qui avaient été ensevelis dans une énorme fosse commune

Signé : Yves Barré.

La Commission demande l'insertion de cette lettre au procèsverbal et transmet ses remerciements à M» Yves Barré»

Je veux néanmoins faire preuve de bonne volonté et je crois, d'ailleurs, la suite de mon histoire assez intéressante pour retenir un moment l'attention des curieux.

Mon article du Temps avait été reproduit par beaucoup de journaux et, Provotelle me pressant, d'autre part, de lui donner une sanction pratique, j'allai trouver M. Garnot, président de la République, qui m'honorait de sa bienveillance. Je puise dans mes notes (où l'on trouvera plus tard bien des détails peu connus sur l'histoire de notre temps), quelques renseignements précis sur le cercueil de Mirabeau. Je les résume pour vous.

C'est le 16 juin 1890 que je remis à M. Carnot mon petit dossier, qui contenait les indications fournies par Provotelle, avec un plan sommaire que M. Vacquer, délégué aux fouilles de la Ville de Paris, avait eu l'obligeance de dresser à mon intention. Le président de la République reçut mes notes avec un vif intérêt, et me promit de s'en occuper. Il a tenu sa promesse. Le 26 juillet suivant, M. Xavier Charmes, directeur au ministère de l'Instruction publique, me pria de venir le voir. Il me dit que son ami M. G. Pallain, alors directeur des douanes, s'intéressait beaucoup à la question. Toutes ces influences réunies aboutirent à une nouvelle enquête, d'autant phis que les renseignements fournis par l'ingénieur qui avait déjà dirigé les fouilles antérieures, concordaient avec les miens. Malheureusement, cet ingénieur venait de mourir. J'écrivis à Provotelle pour le prier de venir nous aider, mais c'est sa veuve qui me répondit :

Le pauvre garçon était mort à Mont-de-Marsan, le 5 août 1890, laissant cinq enfants !

Il fallait donc se passer de ces utiles concours. Les fouilles commencèrent, dans la seconde quinzaine d'août 1890, sous la direction de M. Trélat fils, architecte de la Ville. On creusa de longues tranchées dans tous les sens, au préau de l'école du boulevard Saint-Marcel. Les ouvriers mirent au jour trois cercueils de pierre, dont un était vide, et d'innombrables cadavres empilés les uns sur les autres dans la fosse commune jusqu'à une profondeur de quatre ou cinq mètres.

Les corps étaient en pleine putréfaction et formaient une

espèce de boue noire et gluante. L'odeur était si infecte, qu'après plusieurs descentes dans ces tranchées nauséabondes, je dus les interrompre, pour avoir pris là une sorte de fièvre infectieuse. Je me souviens des piles d'ossements qu'on rangea dans la cour de l'école, qui était vide par suite des vacances. J'ai tenu entre mes mains plusieurs crânes percés de balles, et dont l'un avait encore des cheveux blonds et un nœud de ruban noir.

Mais on ne trouva pas le cercueil de Mirabeau et les fouilles furent interrompues un peu après, à la suite des plaintes du quartier qui craignait une épidémie de fièvre typhoïde ou de choléra. L'architecte recouvrit ces fosses, emporta les ossements dans les catacombes — je crois — et les recherches furent suspendues.

Voilà tout ce que je sais et j'ignore si, depuis, on a effectué de nouvelles investigations. Je souhaite que les chercheurs de l'avenir soient plus heureux.

Pour être complet, il faut mentionner en terminant les renseignements adressés au journal l'Éclair, le 22 septembre 1904, par M. Gustave Bord, qui possède de nombreux documents sur la période révolutionnaire. L'honorable érudit parle d'abord d'un curieux croquis possédé par la famille du peintre Pierre Bisson, un des amis de Henri Murger. Ce croquis représente le cimetière de Clamart avec son terrain gazonné, stèles en ruines, quelques rochers, quelques débris de construction. Au bas du dessin, cette légende :

Pichegru

Cimetière de Clamart

Mirabeau à 35 pieds; cercueil de plomb.

Danton, à côté de Mirabeau

Passons sur les restes de Danton, car je serais embarrassé de trouver un document sérieux qui puisse

faire supposer qu'ils aient été portés à Clamart; mais le croquis eu question fournissait un argument de plus sur remplacement présumé de la sépulture du tribun. Néanmoins, dans sa lettre à l'Éclair M. Gustave Bord déclare acquis aujourd'hui :

1° Qu'à sa sortie du Panthéon, le corps de Mirabeau fut retiré de son cercueil de plomb et enterré dans le cimetière voisin de Saint-Étienne-du-Mont ;

2° Que le plomb du cercueil fut déposé dans un immeuble national voisin, et confié à la garde du fossoyeur;

3° Que, en Tan XII, les administrateurs du département de le Seine avisèrent le ministre de Tintérieur qu'ils avaient envoyé dans le dépôt du mobilier national le cercueil de Mirabeau, dépouillé des restes funéraires qu'il contenait;

4° Que la sœur de Mirabeau, Elisabeth Charlotte du Saillant de Lasteyrie, en Tan VII, avait fait rechercher le corps de son frère, lavait exhumé et transporté.

... Où cela? C'est toute la question, en supposant exactes les affirmations de M. Bord, qui ne cite pas les documents sur lesquels il s'appuie. Du reste, le cercueil, ou la boîte qui reçut les ossements exhumés, pourrait, d'après M. Bord lui-même, avoir été porté à Clamart, comme le veut la tradition, puisqu'on n'a rien trouvé ni à Bignon, ni à Bezons, ni à Argenteuil, ni à Mériadec (Morbihan) où le fils de Mirabeau-Toncereau avait une chapelle funéraire. Enfin, M. Bord conteste même, d'après une lettre d'un sieur Cabet à la Chronique de Paris (du 13 mai 1791) que le corps de Mirabeau ait été inhumé au Panthéon. On n'y aurait mis qu'une tombe vide.

Les souvenirs de Napoléon I er ont conservé ce privilège de fixer la curiosité aussi bien des Français que des étrangers. On peut délester ce génie destructeur et organisateur : il n'est indifférent à personne. Le dôme des Invalides et le Musée de l'Armée attirent constamment la foule. Le Musée Carnavalet, le Palais de la Malmaison, celui de Fontainebleau, où se trouvent dispersés des objets ou des meubles ayant servi au vainqueur d'Austerlitz, voient se succéder des flots de visiteurs.

J'ai eu la bonne fortune de joindre une relique précieuse à celles que possédaient déjà nos musées, et voici dans quelles circonstances :

Mon grand-père maternel, Edouard Le Marchand, était un ancien officier du Premier Empire. Il était sorti de Saint-Cyr pour aller combattre à Waterloo. Après le désastre, on l'envoya sur la Loire. Mais, malgré les conseils de son parent, le trop fameux général Canuel qui l'engageait à se munir de billets de confession, il refusa de servir les Bourbons et brisa son épée. Il fallait vivre cependant, et l'officier, redevenu simple civil, n'était pas riche. Comme il dessi-

nait fort bien, il entra dans l'industrie et fonda au faubourg Saint- Antoine une fabrique de meubles qui ne tarda pas à être prospère. Sous Louis-Philippe, l'ancien combattant de Waterloo devint four- * nisseur du Mobilier de la couronne, et le roi le décora comme capitaine de la milice citoyenne.

Lorsque le gouvernement de Juillet décida, en 1840, de ramener en France les restes de Napoléon, ce fut Edouard Le Marchand qu'on chargea d'exécuter le cercueil d'ébène qui allait être envoyé sur la Belle- Poule à Sainte-Hélène.

Victor Hugo raconte * la visite qu'il fit en juillet 1840 dans les ateliers de mon grand-père, rue des Tournelles. Le passage vaut la peine d'être cité.

J'avais suivi M... rue des Tournelles. Là, après m'avoir fait traverser plusieurs grandes salles encombrées, et m'avoir montré une foule immense de meubles en chêne et en acajou, chaises gothiques, secrétaires à. galeries estampées, tables à pieds tors, parmi lesquels j'avais admiré une vraie vieille armoire de la renaissance, incrustée de nacre et de marbre, fort délabrée et fort charmante, l'ébéniste m'avait introduit dans un grand atelier plein d'activité, de hâte et de bruit, où une vingtaine d'ouvriers travaillaient avec je ne sais quels morceaux de bois noir entre les mains. J'avais aperçu dans un coin de l'atelier une sorte de grande boîte noire en ébène, longue d'environ huit pieds, large de trois, garnie à ses extrémités de gros anneaux de cuivre. Je m'étais approché. — C'est là précisément, m'avait dit le maître, ce que je voulais vous montrer. — Cette boîte noire, c'était le cercueil de l'Empereur. Je l'avais vue alors, je la revoyais aujourd'hui. Je l'avais vue vide, creuse, toute grande ouverte. Je la revoyais pleine, habitée par un grand souvenir, à jamais fermée.

Je me souviens que j'en considérai longtemps l'intérieur.

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