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Extrait de la Revue de Paris, n° du 1 er mars

2. Ces documents sont extraits surtout des cartons de la section administrative des Archives nationales, qui portent les numéros F 7 4276, 4277, 4278. Nous les avons complétés par les ouvrages imprimés qui se rapportaient à notre sujet, notamment par les deux volumes de M. Advielle sur Babeuf (Histoire de Babeuf et du Babouvisme. Paris, 1884), les Mémoires de Barras, de La Revellière- Lépeaux, et les Mémoires sur Carnot, par son flls.

Babeuf est né le 24 novembre 1760, à Saint-Quentin. Son père, Claude Babu (en picard bu équivaut à bœuf) était un petit employé des fermes du roi, ancien déserteur du régiment Dauphin-étranger, amnistié en 1755, et qui eut beaucoup d'enfants de sa femme Marie-Catherine Anceret. Babeuf eut une enfance des plus misérables : il couchait dans une malle vermoulue, replié sur lui-même; il apprit l'alphabet « dans quelques feuilles qu'il ramassait dans la rue », et finit par fuir la maison paternelle où Ton ne mangeait pas tous les jours. Il fut tour à tour petit clerc, puis domestique chez M. de Bracquemont, près de Roye, dont il épousa une servante, Marie -Anne- Victoire Langlet, en 1782. Trois ans plus, tard, on le retrouve « commissaire à terrier », c'est-à-dire gardien des titres domaniaux, féodaux et censuels. Mal payé par ses nobles clients, il conçoit contre eux une haine féroce. A ce moment-là, il échange une correspondance insipide avec le secrétaire de l'Académie d'Arras, un excellent prud'homme. Le seul côté intéressant de ces lettres, c'est l'orthographe de Babeuf. Il écrit, comme M. L. Havet, « fisique, conservacion, molesse, home, etc. », mais Babeuf devait plus tard se permettre de plus grandes audaces.

Quand la Révolution éclate, il fait brûler les archives seigneuriales sur la place de Roye, et publie des articles virulents pour réclamer la suppression du droit d'aînesse, la substitution à tous les impôts d'un impôt unique, une éducation nationale pour tous les Français. Puis, il court à la capitale chercher fortune. Au 14 Juillet, il est au premier rang des vainqueurs de

la Bastille, et ne se croit pas pour cela un héros. Il écrit même à sa femme pour déplorer les meurtres de Foullon et de Bertier; mais quoi! « c'est la faute des maîtres qui nous ont rendus barbares parce qu'ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu'ils ont semé ». Il se lie avec Marat en 1790, et retourne en province, où il commande la garde nationale de Roye. Mais, quand il réclame l'abolition de l'impôt des aides, on lance contre lui un décret de prise de corps, et le directoire du département le tire avec peine de ce mauvais pas. C'est seulement après le 10 Août qu'il parvient à entrer dans les fonctions publiques (septembre 1792) comme administrateur du département de la Somme; mais le représentant Dumont, qui le connaissait de longue date, le fait destituer « à cause de la violence désordonnée de sa conduite ». Il parvient à se faire nommer cependant administrateur du district de Montdidier; mais la falsiflcation de l'acte de vente d'un bien national le fait condamner (par contumace, car il avait pris la fuite) à vingt ans de fers.

Caché à Paris, il végète dans une atroce misère. Le mobilier de sa femme a été saisi, et « ses enfants pleurent parce qu'ils n'ont pas de pain ». Fournier, l'Américain, lui procure un peu de travail, mais Babeuf est arrêté de nouveau, en brumaire an II, pour purger sa contumace. Il inonde de mémoires justificatifs les Comités de Salut public et de Sûreté générale, ainsi que le ministère de la justice. Il voudrait voler à la frontière, mais « sa femme, ses enfants qui les nourrirait 1 ? » Enfin, à

1. C'était, au contraire, la malheureuse femme qui le nourrissait dans sa prison. Voici une lettre d'elle : « Bonjour, mon cher amie,

force de démarches, il arrive à faire annuler par le Tribunal de cassation, le 21 prairial an II, le jugement du tribunal de Montdidier, et les juges de Laon, devant lesquels il est renvoyé, l'acquittent. Babeuf se terre dans un petit emploi du service des subsistances jusqu'à la mort de Robespierre. Il fonde alors le Journal de la liberté de la presse, qui deviendra un peu plus tard le Tribun du Peuple. Il insulte le dictateur défunt, mais, en môme temps, la Convention et le parti vainqueur : Tallien, Barère, Barras, Merlin de Thionville, la jeunesse dorée et les contre-révolutionnaires, tout le monde. Tallien l'accuse d'outrage à la représentation nationale et, le 22 vendémiaire an III (13 octobre 1794), un ordre d'arrestation est lancé contre Babeuf par le Comité de Sûreté générale. Prévenu à temps, il put encore s'échapper et resta caché à Paris. Mais son journal, qui avait pris le titre de Tribun du Peuple, redoubla de violence, à la faveur de la liberté rendue à la presse. Le Comité de Sûreté générale dénonça Babeuf comme conspirateur et, cette lois, réussit à le faire arrêter.

C'est le 19 pluviôse an III que l'ordre d'arrestation fut exécuté.

Le révolutionnaire ne fit aucune résistance; mais il essaya de corrompre le gendarme Labre qui l'emmenait; il lui proposa une somme de trente mille livres et un lieu de sûreté s'il voulait se prêter à l'évasion de son prisonnier f . Amené devant les membres de la

je fanvoi une chemise, une paire de bas, une cravatte, des chosons, un mouchoir. Je t'anvoi des radits, du fromage. Ta femme : Babeuf. 19 floréal. »

i. Archives nat., F* 1 , 4276. Déclaration du gendarme Labre devant le Comité de Sûreté générale, 10 pluviôse an III.

Commission administrative de Paris (toujours le 19 pluviôse), Babeuf, après avoir déclaré son âge (trente-quatre ans), sa profession (journaliste, auteur du Tribun du peuple et défenseur des droits de l'Homme) , reconnut qu'il avait quitté son domicile (faubourg Sainl-Honoré , n° 29), afin « de se soustraire à l'oppression », après qu'il avait eu connaissance du mandat d'arrêt lancé contre lui. Écroué à la prison de la rue des Orties, près du Louvre, le Tribun du peuple refusa de répondre au sieur Jean Almain, chef du bureau des interrogatoires, sous prétexte qu'il ne voulait être interrogé que par un représentant du peuple; il scandalisa le citoyen Besse, concierge de la maison de détention, en le traitant de « vil suppôt, de bas valet, etc. », et il maltraita l'ouvrier chargé de condamner les croisées sur la rue. Comme on lui avait permis de lire les journaux et d'écrire, il profita de la permission pour adresser, le 21 pluviôse an III, une longue lettre de vingt et un feuillets au Comité de Sûreté générale 1 . Il s'y défend d'avoir conspiré, et prétend que tout son crime a été de réfuter Fréron, « ce provocateur qui a écrit que la Déclaration des droits de V Homme était une pancarte barbouillée ». Il plaisante, à propos du prénom de Gracchus qu'on lui a reproché de prendre sans y avoir le moindre droit « La liberté des cultes n'est-elle pas décrétée? Qui peut m'obliger de prendre pour mon patron, pour mon modèle, un héros chrétien? Quel mal peut-il résulter (sic) que je prenne pour parrain un grand homme plutôt qu'un petit? » A la déposition du gendarme qui l'accusait de lui avoir offert trente mille

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