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plus, il était « lié de circonstances et de principes avec les chefs et les subalternes de la démagogie ». Barras se vante d'avoir forcé la main au général de l'armée de l'intérieur, et de l'avoir contraint « à prendre parti en faisant la clôture du Panthéon »; mais le témoignage de Barras est ici fort suspect, et nous verrons bientôt qu'il a mauvaise grâce à reprocher à Bonaparte une connivence avec les babouvistes.
Cependant, la nomination d'un ami de Carnot, Cochon de Lapparent, au ministère de la Police générale, le 14 germinal an IV (3 avril 1796), allait donner enfin de l'énergie au gouvernement. Il n'était que temps !
La fermeture du club du Panthéon avait exaspéré les terroristes. C'est en germinal an IV que parurent coup sur coup le Manifeste des Égaux, rédigé par l'athée Sylvain Maréchal, et F Analyse de la doctrine de Babeuf, qui contenaient toute la théorie du parti. Le Manifeste demandait la suppression de la propriété individuelle des terres, en vertu de ce principe que la terre n'est à personne et que les fruits sont à tout le monde; il préconisait la fondation de la République des Égaux, « ce grand hospice ouvert à tous les hommes », où chacun recevrait la même éducation et la même nourriture. L'Analyse réclamait la suppression de l'inégalité, l'établissement du Bonheur commun, la guerre contre les riches et la mise en vigueur de la Constitution de 1793, « véritable loi des Français parce que le peuple l'a solennellement acceptée ».
Le peuple s'attroupait autour du placard de Babeuf que déchirait la police, et criait : Vive la Constitution de 93 ! la liberté ou la mort ! On chantait les chansons de Sylvain Maréchal :
Mourant de faim, mourant de froid, Peuple, dépouillé de tout droit, Tout bas, tu te désoles....
ou bien :
Soyez- en sûrs, le peuple est las :
La faim l'agite et le réveille :
Il veut du pain, non des débats....
Ventre affamé n'a pas d'oreille.
Le Directoire, effrayé, adressa, le 26 germinal, un message au Corps législatif dénonçant les rassemblements et les provocations par voie d'affiches ou par les journaux. De là les lois des 27 et 28 germinal contre les attroupements et les écrits révolutionnaires. Les rapports dé police constatent que, le 28, la cavalerie dut charger, sabre nu, les groupes du pont au Change. Quant à Babeuf, furieux de voir sa plume brisée, il écrivit, dans le dernier numéro de son Tribun du Peuple (5 floréal an IV) : « Tout est consommé ! La Terreur contre le peuple est à l'ordre du jour. Il n'est plus permis de parler; il n'est plus permis de lire; il n'est plus permis de penser; il n'est plus permis de dire que l'on souffre... ».
Forcés de substituer la propagande clandestine à la propagande par la voie de la presse, les babouvistes se décidèrent à recourir aux moyens violents, et jetèrent les bases d'une vaste organisation révolutionnaire. Un directoire secret de quatre personnes avait la haute main sur le mouvement. Au-dessous de lui, se trouvait un comité de cinq agents militaires et douze agents civils, un par arrondissement. Des agents intermédiaires assuraient les communications entre les chefs d'arrondissement et le directoire secret dont ils ne connaissaient pas les membres. Des émis-
sa ires très nombreux devaient révolutionner les départements et travailler les différentes années de la République. A Paris, des afficheurs avaient mission de placarder les manifestes du Comité insurrecteur ou de les distribuer de la main à la main. Des groupeurs étaient chargés de circuler dans la foule qui stationnait chaque jour aux Tuileries, sur les ponts et les places publiques, et d'y entretenir la fermentation. Nous avons parcouru toute la correspondance du directoire secret avec les agents d'arrondissement. On y recommande de transmettre aux chefs anonymes de la conspiration les listes des réactionnaires connus et des patriotes, de prendre note des points où se trouvent des vivres et des armes, de préparer des guidons avec ces mots : Constitution de 1793, Égalité, Liberté, Bonheur commun.
Au mois de germinal an IV (21 mars au 19 avril 1796), les conspirateurs sont prêts pour l'action, et les agents d'arrondissement reçoivent des instructions détaillées. Mais, parallèlement au directoire secret babouviste, s'était formé un comité où figuraient les montagnards Amar, Vadier, Laignelot, Javogues, Choudieu, Ricord. Le directoire secret n'accepte pas cette concurrence. Dans une circulaire aux agents d'arrondissement, datée du 26 germinal 1 , il les prémunit contre « les émissaires des Tallien, Legendre, Barras qui font croire aux patriotes que ces trois réagisseurs, que ces hommes qui ont toujours trahi le peuple sont maintenant prêts à le servir, et à se mettre à sa tête pour l'aider à reconquérir les droits dont ils ont été les plus actifs destructeurs ». Les babouvistes sont per-