‹ Histoire et droit: Sér. 1-2Chapitre 26 sur 42 · T. I er , chap. xx · texte numérisé non relu

T. I er , chap. xx

pourquoi plusieurs de ces révolutionnaires « ne pouvaient supporter dans Barras l'un des principaux auteurs du 9 thermidor, dont le luxe et la prodigalité les offusquaient ». D'autre part, Barras apprit que le Directoire était informé de tous les détails de la conspiration par les agents de la police secrète, et notamment par Grisel, qu'il appelle dans ses Mémoires Yinfâme Grisel. Aussi, dès qu'il vit que les babouvistes allaient être arrêtés, qu'ils étaient perdus, il se hâta de sortir du jeu. Soutenu énergiquernent par Reubell, qui l'avait averti, il fit une scène violente aux autres directeurs. Il leur arracha une déclaration portant qu'ils n'avaient pas « donné créance aux bruits que la malveillance avait fait courir » et il annonça qu'il allait demander sa comparution devant les Cinq-Cents « pour obtenir une satisfaction publique». Ne se souciant pas de se diviser au moment du péril, les autres directeurs apaisèrent Barras, et lui promirent qu'aucune accusation ne serait portée contre lui.

L'arrestation de Babeuf eut donc lieu sans difficulté le 21 floréal an IV, par les soins de d'Ossonville, inspecteur général près le ministère de la police générale 1 . Le même jour, les principaux conjurés, notamment Germain, Darthé, Didier, Ricord, Laignelot furent mis sous la main delà justice, et renvoyés, deux jours après, devant le directeur du jury d'accusation du département de la Seine.

C'est aussi le 21 floréal que fut arrêté Drouet, qui était membre des Cinq- Cents; mais la présence d'un

i. Voir notre communication à la Société de l'Histoire de la Révolution, dans la Revue de cette Société, numéro du 24 avril 1895.

représentant du peuple aussi connu parmi les prisonniers, était une complication grave. L'ex-maître de poste de Varennes jouissait encore d'un grand prestige, et Carnot lui-même avait prescrit au général Hatry, commandant de l'armée de l'intérieur, d'avoir pour lui les plus grands égards.

Drouet ne manqua pas de se prévaloir de son titre de représentant pour réclamer un traitement de faveur et pour se plaindre de l'ingratitude du gouvernement : « Ils sont bien soupçonneux, ces hommes, écrit-il le 28 floréal au ministre de la police, pour ne pouvoir croire en la vertu d'un représentant du peuple; et quel encore? Celui que toute la France a comblé d'éloges en 1791, 92, 93! Quoi! le peuple français serait-il donc devenu assez vil pour qu'un représentant de ce même peuple ne puisse pas être cru sur sa parole d'honneur? » Il demande qu'on lui envoie un secrétaire pour l'aider à classer ses papiers, et ne veut pas être entouré « de l'appareil insultant de la force armée » quand on l'extrait de sa prison. Au surplus, le Directoire crut devoir demander au Conseil des Cinq-Cents, par un message spécial, l'autorisation de mettre les scellés sur les papiers de Drouet, et, en attendant la réponse du Corps législatif, Carnot pria le ministre de la police de vouloir bien garder chez lui le représentant inculpé 1 .

Cependant Barras était directement et indirectement sommé par les jacobins de tirer d'affaire les conspirateurs arrêtés. Une lettre, adressée aux rédac-

1. La levée des scellés eut lieu discrètement, en présence du citoyen Mangin, mandataire de Drouet, et ce en vertu d'une procuration qui est aux Archives nationales, F 7 , 4 276. Elle porte la signature lourde et tremblée de Pex-maîtrc de poste.

teurs du Courrier républicain f , cite un interrogatoire de Babeuf en date du 28 prairial, qu'on ne rendit pas public; Barras est clairement dénoncé comme complice de l'insurrection : « II faudra que ceux-là qui ont voulu partager les chances et la gloire de la guerre de la vertu soutiennent leur caractère et ne puissent pas continuer de paraître parmi les persécuteurs de leurs compagnons d'armes ». Barras se conduisit en cette circonstance de manière à justifier le jugement de La Revellière, qui a dit de lui m< Il était brave, le sabre à la main, mais, en toute autre circonstance, il avait la lâcheté des hommes sans âme ». En attendant l'occasion de prendre sa revan^ che, il laissa lancer un mandat /d'arrêt contre son propre secrétaire, Louis, dit Brutu*. Il essaya une timide justification des ex- conventionnels Laignelot et Ricord, de l'adjudant général Jorry, et enfin de Félix-Lepelletier que La Revellière voulait faire ins* crire sur la liste des émigrés. Il ne s'opposa pas à ce qu'on donnât suite au procès des babouvistes qui fut porté, par suite de la complicité du représentant Drouet, devant une Haute-Cour, constituée à Vendôme; mais, avant la translation des accusés en cette ville (10 fructidor an IV-27 août 1796), Drouet s'échappa de sa prison de l'Abbaye dans des circonstances qui valent la peine d'être précisées.

11 existe 2 un curieux rapport de Georges-Rémy Petit, commissaire de police de la division de la Fontaine de Grenelle (X e arrondissement du canton de Paris), qui avait été requis par le citoyen Noël, officier de paix,

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