Acte d'accusation. Archives nat., F
qu'on trouva chez Babeuf* l'indiquait très clairement : « Tuer les cinq, les sept ministres, le général de l'intérieur et son état-major, et s'emparer des salles des Cinq-Cents et des anciens; faire main basse sur tout ce qui s'y présenterait; mettre à mort tout fonctionnaire public qui exercerait ces fonctions, tout étranger qui ne se rendrait pas en état provisoire d'arrestation au chef-lieu de sa section, tout citoyen qui* après des visites domiciliaires rigoureusement faites, se trouverait avoir des farines, légumes et autres comestibles qu'il n'aurait point déclarés, tous marchands de vin et d'eau-de-vie qui ne distribueraient point leur marchandise; accrocher à la première lanterne tout boulanger qui ne Cuirait point; poursuivre par le fer et par le feu quiconque opposerait résistance ». On voit que les Babouvistes ne péchaient pas par manque d'énergie. D'ailleurs, lexgénéral Rossignol, un de leurs principaux chefs, avait dit * dans une réunion tenue le J2 floréal) chez Babeuf i « Je ne veux point me mêler de votre insurrection* si les têtes ne tombent comme là grêle, si les tripes et les boyaux ne jonchent lé pavé* si enfin elle n'inspire une terreur qui fosse frémir l'univers entier. Nous n'aurions pas oette insurrection à faire* si celles qui l'ont précédée eussent été comme je VeUx que soit celle-ci. La Vendée en est un exemple: si l'on m'eût laissé faire, il y a longtemps que cette guerre serait finie, car je n'y eusse laissé rien de vivant »* La marche indiquée par le directoire secret pour faire réussir le mouvement lorsque le signal en serait donné, ne manquait pas d'habileté 1 ; on devait com-
1. Voir lé t>laa d'inaurreetiofi, qui porte là date du It floréal
mencer par sonner le tocsin dans toutes les sections et soulever les faubourgs, en faisant courir le bruit que le Directoire allait sortir de Paris et faire marcher une armée sur la capitale pour rétablir la royauté. On annoncerait aussi que les troupes des camps de Grenelle et de Vincennes se rangeaient au parti du peuple; les femmes jetteraient des couronnes aux soldats qui seraient envoyés pour dissiper l'insurrection. Des hommes sûrs porteraient de longs bâtons, munis de cartes avec les mots : Constitution de 1793. Égalité, Liberté, bonheur commun. Les membres du Directoire seraient cernés entre minuit et une heure. La garde de service devait avoir pour chef le commandant de Chamborand, qui livrerait le mot d'ordre et permettrait d'arriver sans obstacle jusqu'aux Directeurs. Ceux-ci seraient égorgés avec les ministres et une partie des membres des Anciens et des Cinq-Cents. Un Comité de salut public et un Comité militaire dirigeraient l'action,, mettraient la main sur les autorités constituées. Les comités révolutionnaires de Paris qui existaient avant le 8 thermidor rentreraient en fonctions sur-le-champ. On garderait les barrières, après avoir occupé la Monnaie, la Trésorerie nationale, la Poste aux lettres, les magasins publics et privés contenant des vivres. On mettrait à mort surle-champ tout député, administrateur, juge, officier ou fonctionnaire « qui paraîtrait pour donner des ordres ou pour l'exercice d'une fonction i ».
Tout cela n'eût pas constitué un gouvernement, au lendemain de la victoire. Dans le projet primitif des
an IV, 5 heures du soir, Archives nat, F 7 4 276, et ordres du Directoire de salut public, F 7 , 4 277.
1, Instruction du 13 floréal an IV. Archives nat, F 7 , 4277.
Babouvistes, les deux Conseils devaient être remplacés par une Convention nouvelle, composée d'un membre par département. Le peuple aurait d'ailleurs été seulement admis à ratifier les choix faits par le directoire de salut public; mais, pour obtenir le concours des anciens montagnards, le Comité d'insurrection finit par admettre qu'on adjoindrait aux députés des départements désignés par lui les 68 membres de la Convention qui avaient été exclus. Au surplus « le directoire insurrecteur» conserverait le pouvoir «jusqu'à ce que le peuple fût parfaitement heureux et tranquille 1 ».
Des décrets tout préparés ordonnaient aux propriétaires d'avoir à loger les citoyens pauvres, auxquels on donnerait les meubles des riches. « Les récoltes et les subsistances en magasins seraient mises sous la main de la République et distribuées gratuitement au peuple, moyennant une indemnité suffisante, payée aux cultivateurs par le gouvernement 2 . » Un de ces décrets porte : a Article 1 er . Les citoyens pauvres, que la tyrannie a laissés nus, seront habillés demain aux frais de la République... ».
A lire ces décrets, on se demande si les conspirateurs babouvistes menaçaient réellement le Directoire d'un sérieux danger. Cela n'est pas douteux cependant. Ils pouvaient compter, non seulement sur les sympathies des faubourgs, des anciens sectionnaires jacobins, des officiers, et soldats licenciés, mais sur le concours effectif de plusieurs généraux, notam-
i . Circulaire du directoire de salut public aux agents des douze arrondissements, en date du 18 floréal de Tan IV. Archives nat., F**, 4 277.