‹ Histoire et droit: Sér. 1-2Chapitre 38 sur 42 · Archives nat., F · texte numérisé non relu

Archives nat., F

3. Voir, aux Archives nat.. F 7 4278, le procès-verbal du commissaire de police Georges-Remy Petit, qui constata * l'évasion, en présence du général Hatry, de Chanez, commandant temporaire de la place de Paris, et des hommes de police. Ce procès^verbal prouve jusqu'à l'évidence que Drouet et ses protecteurs jouèrent très mal la comédie de l'escalade.

L'ARRESTATION t)E BABEUF. Jt?

il rencontra Henel, commissaire de police de là section de Ërutus, qui voulut bien assister le délégué du ministre de la police, concurremment avec Jolly, Tadjudantr-général de la section du Mail. Tandis que ce dernier disposait ses cavaliers aux alentours de la maison où se cachait Babeuf, rue de la Grande- Truanderie n« 21, d'Osson ville procéda ainsi qu'il suit 1 :

Rapport fait par d'Ossonville, inspecteur générai adjoint près le ministère de la police générale.

Du 21 floréal an IV de la République une et indivisible»

J'ai été chargé, le vingt et un de oe mois de mettre à exécution un arrêté du Directoire exécutif en date du 19, portant que Babeuf serait arrêté. L'exécution de cet ordre était d'une importance tellement majeure, et le Directoire exécutif le regardait comme si expressément lié aux grands intérêts de la République, que le citoyen Garnot, son pré* sident, avait lui-même levé et tracé le plan du repaire où le conspirateur insolent Babeuf calculait froidement le renversement de la Constitution organique, le massacre et le pillage, et méditait la ruine de la patrie.

C'est donc d'après le plan du lieu qui cachait Babeuf h tous les yeux qu'il avait intérêt d'éviter que j'ai dressé mes batteries pour qu'il ne m'échappât pasi II était à ce moment neuf heures du matin*

Après avoir bien reconnu la maison dont il s'agit, située rue de la Grande-Truanderie, n° 21, faisant l'encognure de la rue Verderet, je conférai avec le citoyen Jolly, adjudant* général de la section du Mail,, et nous convînmes ensemble que, dès le moment que je serais entré dans la maison, il disposerait un piquet de cavalerie qui était à la pointe Eustache, de manière à ce que rien ne pût échapper; savoir

l.ÀWhivesttat.,1", 42M.

qu'aux deux bouts de la rue Verderet, il placerait deux cavaliers, avec la consigne de n'en laisser sortir personne. Cette précaution parait à la double issue du repaire de Babeuf, dans le cas où elle aurait existé; et que le surplus du piquet bloquerait et se mettrait en mesure pour cerner la principale porte d'entrée de la maison, de manière que personne ne pût ni en approcher, ni en sortir.

Le quartier où cette expédition devait se faire étant près des Halles et conséquemment très peuplé, et ne doutant pas que l'appareil qu'elle nécessitait n'attirât une très grande affluence, je crus qu'il était prudent de faire semer le bruit que c'était une bande de voleurs et d'assassins qu'on arrêtait : je convins de cela avec le citoyen Jolly et me mis en marche pour aller requérir une autorité constituée de m'accompagner.

Je me présentai chez le citoyen Baron, juge de paix de la section du Mail; il était absent; je me transportai de là rue Neuve -Eustache, chez le citoyen Lefrançois, juge de paix de la section de Brutus, et lui demandai s'il voulait m'accompagner dans une opération dont j'étais chargé par le ministre de la police générale, en vertu d'ordres du Directoire. Ce juge de paix me répondit qu'il aimerait mieux donner sa démission que de faire aucune opération. Après cette réponse, je fus trouver le juge de paix du Contrat-Social. Il était malade. Le temps s'écoulait; mon impatience s'augmentait. Enfin je pris le parti d'aller chez le juge de paix de la section de Bon-Conseil, dans l'arrondissement duquel est située la rue de la Grande-Truanderie. Celui-là fut encore pis. Sur la proposition que je hii fis de m'accompagner pour mettre à exécution un ordre du Directoire, il me demanda ce que c'était que cet ordre; je tenais l'ordre à la main, mais, par réflexion, je lui demandai s'il viendrait avec moi. Il me répondit que non. Je remis alors l'ordre dans ma poche, et lui observai que je serais obligé de faire rapport de son refus. Il me répondit que je ferais bien, et même que je pouvais dire qu'il n'avait pas voulu du tout m'accompagner. Je fus donc encore obligé de me retirer et de recourir ailleurs. Je pensai aux autorités constituées de la section de Bonne-Nouvelle, la plus voisine de celle de Bon-Conseil; mais, comme les

principes du juge de paix de cette section me sont parfaitement connus, je crus qu'il serait plus sage de ne pas penser à lui.

Je ne savais plus à qui m'adresser : la peur de manquer mon opération, le temps qui s'écoulait, tout redoublait mon impatience. Enfin, le citoyen Jolly, qui vqyait comme moi, m'indiqua le commissaire de police de la section de Brutus, Renel, et il me l'indiqua comme très propre à me bien seconder, mais il ne savait pas où il demeurait. Je pris alors le parti de retourner chez le juge de paix de cette section pour m'informer de la demeure du commissaire de police. Heureusement, je rencontrai ce dernier chez le juge de paix. Je le priai de sortir un instant : je lui demandai s'il voulait m'accompagner dans mon opération, et je dois ici rendre justice à ce fonctionnaire public : c'est qu'il ne m'a pas donné le temps de lui en dire davantage ; il est parti avec moi, avec un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge.

Nous nous acheminâmes donc, le commissaire de police, quelques autres citoyens qui m'accompagnaient et moi, vers le repaire de Babeuf. Le citoyen Jolly retourna auprès du piquet de cavalerie, afin d'en disposer, suivant nos conventions. Mais, craignant que le bruit des chevaux ne donnât l'éveil £ Babeuf, je pensai qu'il était plus sage de joindre la chambre qui recelait Babeuf; et que, pendant ce temps, la cavalerie avancerait et ferait ses dispositions. Il était alors onze heures.

Nous entrâmes donc dans la maison. Je plaçai des citoyens qui m'accompagnaient, au milieu de l'escalier. Le commissaire de police, deux autres citoyens et moi montâmes au troisième étage. Je sonnai à la porte d'un appartement occupé par le citoyen Tissot, qui était celui indiqué comme la retraite de Babeuf. La citoyenne Tissot vint m'ouvrir la porte. J'entrai. Le commissaire de police me suivit, ainsi que les deux citoyens. Je demandai à la citoyenne Tissot si son mari y était; sur la réponse qu'il n'y était pas, j'eus l'air d'avancer dans la cuisine, mais je tournai brusquement et j'enfilai un petit corridor qui me conduisit à une petite chambre, à gauche, dont j'ouvris la porte si à propos que j'étais auprès de Babeuf et de ceux

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qui étaient avec lui, qu'ils ne m'avaient point encore, pour ainsi dire, aperçu.

Babeuf rédigeait, à la table, son 44* numéro. Étaient avec lui Buonaroti et Pelle, secrétaire d'Héron. Je notifiai Tordre dont j'étais porteur et donnai sur-le-champ l'ordre aux citoyens qui étaient, pendant ce court intervalle, arrivés à la chambre, de veiller aux fenêtres et aux moindres mouvements que ces messieurs tenteraient de faire.

Ce fut à ce moment que la consternation la plus morne se peignit sur ces trois physionomies : ils furent, comme l'on dit, tous les trois les bras cassés, et, quoique entourés d'armes à feu chargées jusqu'au bout du canon et de sabres, et que je leur eusse, dans les premiers moments, apparu seul, ils n'ont pas fait le moindre geste pour se mettre en défense. Babeuf S'est levé debout devant sa table. Buonaroti s'est occupé à cacher sous lui un papier qu'il a remis un instant après. Et Pelle m'a observé qu'il' n'était pas compris dans Tordre. Je lui ai répondu qu'il s'en expliquerait avec le ministre de la police générale. Babeuf» en se levant de dessus sa chaise, s'est écrié : C'en est fait.,*, la tyrannie l'emporte. Et, un moment après, il m'a demandé pourquoi j'obéissais à de* maîtres. Je lut ai répondu que j'obéissais à un gouvernement pour lequel le peuple s'était franchement prononcé, et, sans perdre plus de temps #n discours inutiles, j'ai continué mon opération*

J'ai rassemblé les papiers qui m'ont paru les plus propres à confirmer la vérité de cette vaste et abominable conspiration. Pendant le court espacé de temps que j'ai eu pour les examiner, j'ai fort bien remarqué des proclama^ tions portant en tête, en lettres grosses et longues comme le doigt : Constitution de 93 ou la mort, des ordres pour distribuer les poudres de Grenelle aux assassins et aux brigands chargés d'égorger lé Directoire exécutif, les deux Conseils, Tétat-major de la garde parisienne, les autorités constituées, de piller toutes les boutiques et magasins, enfin des affiches portant Ces mots : Ceux qui insultent à la souveraineté du peuple méritent la mort, un cachet pointant pour légende Salut Publia. Tous ces papiers ont été renfermés dans un carton et transportés avec les prévenus m ministère ûâ la peliee générale,

Sur le surplus des cartons et des papiers qui sont en profusion dans cette chambre, il a été apposé des scellés, à la garde desquels j'ai provisoirement établi deux gardiens, pris parmi le nombre de cavaliers qui ont assisté à cette opération, et jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. Ces opérations terminées, les prévenus ont été placés chacun dans une voiture de place et transférés, sous bonne escorte de cavalerie, au ministère de la police générale.

Le citoyen Jolly, dont j'ai parlé plus haut, avait parfaitement rempli la mission dont il s'était chargé pour les dispositions de la force militaire. Le concours du peuple était immense, mais tout s'est passé dans la plus grande tranquillité et le plus grand ora>e. Et j'ai remarqué que le bruit répandu que c'était des voleurs et des assassins avait produit effet, car on criait : Bravo ! ne laissez pas échapper ces voleurs, ces assassins!

Babeuf seul paraissait surpris de ce que Ton criait sur lui au voleur! Peut-être ne l'aurait-il pas été, si on se fût contenté de crier à Vassassin, puisque, d'après ses projets, il lui fallait faire tomber trente mille têtes.

d'Ossonville.

On sait le reste. Babeuf, à cause de la présence de D rouet parmi les conjurés, fut traduit devant une Haute-Cour, constituée à Vendôme. A la suite de longs débats qui durèrent depuis le 5 octobre 1796 (14 vendémiaire an V) jusqu'au 26 mai 1797 (7 prairial an V), il fut condamné à mort ainsi que Darthé, et subit sa peine, avec son ami, le lendemain, 8 prairial. Les élections de germinal an V venaient de donner la majorité aux royalistes dans les deux Conseils. Les deux hommes qui avaient abattu Babeuf, Carnot et Cochon, furent vaincus à leur tour, au 18 fructidor (4 septembre 1797) ; les directeurs Carnot et Barthélémy, Cochon, l'ancien ministre de la police, furent condamnés à la déportation, avec 53 membres

du Corps législatif et le policier d'Ossonville, qui avait arrêté Babeuf. Quant au bureau central de police du canton de Paris, il écrivit, le 21 fructidor, au nouveau ministre *, par l'organe du citoyen Limodin, que Carnot, Barthélémy, les ex-généraux Miranda et Morgan « s'étaient soustraits par la fuite à l'exécution des mesures ordonnées à leur égard », et que, si les agents du ministre « venaient à découvrir et à arrêter quelques-uns de ces individus », on les ferait écrouer de suite dans une maison d'arrêt.

C'est ainsi que Barras vengea son secrétaire, Louis, dit Brutus, et remercia Carnot et Cochon de ne pas l'avoir impliqué dans l'affaire des Babouvistes, « ces braves gens! »

J'aurais terminé, si je n'avais à vous communiquer partiellement une lettre que j'ai reçue hier d'un membre de la Société de l'histoire de la Révolution, M. Bocquet, ex-maire du V e arrondissement de Paris (ancien 12 e ) en 1848 et en 1870. Notre collègue, qui a aujourd'hui soixante-dix-sept ans, m'écrit de Nice ce qui suit :

Pension Cattaneo, 40, rue Gioffredo, Nice.

Monsieur,

Je n'ai point l'honneur d'être connu de vous; mais, membre de la Société de l'histoire de la Révolution, j'apprends par une circulaire de M. A. Aulard, en date du 22 février 1895, que vous devez entretenir l'assemblée convoquée à la Sorbonne, le 3 mars, de « l'arrestation de Babeuf ».

J'ai pensé qu'il pourrait vous paraître intéressant d'apprendre, si vous l'ignorez, le fait suivant. Le fils (ou l'aîné

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