‹ Histoire et droit: Sér. 1-2Chapitre 39 sur 42 · Archives nat,, F · texte numérisé non relu

Archives nat,, F

des fils) de Babeuf fut recueilli, élevé par un ami dévoué, vieux garçon. Celui-ci éleva son enfant adoptif avec affection, avec soin; il s'appliqua surtout à lui faire donner les meilleures leçons d'escrime. Quand le jeune homme fut tenu, à la salle d'armes, pour être de première force, son père adoptif lûî dit : « Mon ami Babeuf, votre père a été livré à la police, à la mort par un misérable, un traître dont je n'ai cessé de suivre les traces. Voulez- vous venger votre père? — Assurément, de suite; où est ce monstre? — Il est à Lyon, officier, dans tel régiment, en garnison dans cette ville. Tout est prêt pour notre départ; demain, nous prendrons la diligence pour Lyon. Arrivés dans cette ville, ils allèrent au café fréquenté par les officiers du régiment (de cavalerie, je pense) dont faisait partie ce traître. Le jeune homme, se dressant devant lui, lui dit : « Monsieur, je suis le fils de Babeuf ; je viens vous demander compte du sang de mon père ». Le duel eut lieu immédia tement, un officier s'étant offert pour témoin du fils vengeur. Babeuf tua l'assassin de son père. Je tiens ce récit de Babouvistes qui l'avaient appris de Charles Teste, ami de Babeuf et compromis dans sa conspiration.... Parmi les noms gravés sur la colonne de Juillet, j'ai lu celui de Babeuf : serait-ce celui de ce fils de Babeuf?... Salut et fraternité. B. Bocquet.

Cette lettre soulève des questions intéressantes, que je me propose d'élucider ultérieurement, si c'est possible. On sait que Babeuf, au moment de son exécution, avait deux fils qu'il recommanda, par lettre du 26 messidor an IV, à son ami Félix Le Pelletier. Dans cette lettre curieuse, Babeuf dit que son fils aîné, Emile, veut être imprimeur et que le second était jeune. Ils durent conserver un souvenir profond de l'exécution de leur père, à laquelle ils assistèrent avec leur mère, car Babeuf avait exigé que sa famille « l'accompagnât jusqu'au pied, dit-il, de l'autel où il serait immolé ». Mme Babeuf et son fils aîné avaient

déjà suivi à pied, de Paris à Vendôme, la voiture avec cage grillée qui emmenait Babeuf.

Est-ce Grisel qu'Emile Babeuf a tué en duel à Lyon?

Cela n'est pas impossible, et M. Advielle l'affirme également, mais cela ne nous semble guère probable, car de son dossier, que nous avons consulté aux Archives de la guerre, il résulte que Grisel est mort adjudant de la place de Nantes, le 22 juin 1812, à l'âge de quarante-sept ans 4 . C'est Carnot qui le fit nommer à cet emploi, le 1 er vendémiaire an IX. Nous connaissons de Grisel une lettre du 18 germinal an VIII 2 à Carnot, ministre de la guerre, dans laquelle le dénonciateur de Babeuf évoque le souvenir des services rendus à l'ex-président du Directoire, se compare « au lierre attaché au chêne », se plaint des vexations qu'il endure à la 52 e demi-brigade, et demande « un emploi quelconque », de préférence un poste d'adjudant de place. Carnot fit droit à la requête de Grisel et mit en marge : « Proposer le citoyen Grisel £ôur la première place d'adjudant de place ».

M. Advielle dit qu'en outre des deux fils que Babeuf recommanda à Félix Le Pelletier, et qui s'appelaient Robert, dit Emile, et Camille, il en eut un autre, Caïus-Gracchus, né à Vendôme, pendant le procès, sans parler de quatre autres enfants, morts jeunes. Seul, Emile paraît avoir laissé une trace et prolongé sa vie, car Caïus fut tué en 1814, par une balle ennemie, lors de la première invasion, et Camille, à la même époque, se précipita du haut de la colonne

1. Lettre du commandant de la 12 e division au duc de Feltre, ministre de la guerre, datée de juin 1812.

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