‹ Histoire et géographie de MadagascarChapitre 2 sur 38 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

INTRODUCTION

communication avec la grande île, d’autres marchandises encombrantes peuvent en être exportées qui, auparavant, ne se répandaient qu’aux alentours ; nous voulons parler des bestiaux. D’immenses, d’innombrables troupeaux de bœufs vivent à l’état de nature à Madagascar. Ces bœufs, magnifiques bêtes, sont des zébus ou bœufs à bosse, bien connus au Sénégal et dans les Antilles. C’est cette richesse naturelle qui forme le principal commerce du pays. Ces bœufs se vendent couramment, aujourd’hui, de 50 à 60 fr. l’un, ce qui est un prix fait pour tenter la haute spéculation d’exportation (1). Dans le cas d’une occupation suivie de colonisation, on pourrait établir dans l’île de grands établissements de salaisons qui nous dispenseraient de recourir aux dangereux produits américains de même sorte et dans lesquels on pourrait traiter aussi les poissons salés. Le commerce des moutons n’offre pas moins d’importance; ce sont les moutons à grosse queue du Cap. Dans le sud, les traitants achètent un mouton pesant cent livres, au prix de 1 fr. 50 c., payable en marchandises. Les porcs ne sont pas moins abondants, ni beaucoup plus chers ; nous ne parlons pas du gibier, du sanglier qui n’y pullule que trop, du poisson, non plus que des huîtres, de la pêche du cachalot et de la baleine, qui

(1) En 1837, lorsqu’on essaya en vain de substituer à l’impôt annuel en nature l’impôt en argent d’un kiroubo par an et par tête ( 1 fr. 25 c.) les naturels préféraient se libérer avec un bœuf ou deux , ce qui démontre la surabondance du bétail. Il y a trente ans, un bœuf se vendait encore 15 francs. Il se vend aujourd’hui, dans le sud, trente francs, mais les naturels exigent, en plus, une livre de poudre, qui vaut 20 francs environ, ce qui porte le prix total à 50 francs. Nous donnons, dans le cours de notre livre, le prix des denrées du pays sur le marché de Tananarive. On y verra que le riz vaut 5 francs les 100 kilogrammes, le café 70 francs, le sucre 45 francs, le fer brut 20 francs, une peau de bœuf 7 fr. 50 c. Dans le sud , une peau de bœuf ne coûte qu’une piastre, soit 5 fr. 40 c. Le bois de palissandre vaut 1 fr. 42 c. le mètre, le saindoux 40 francs les 100 kilos. Une poularde y coûte 63 centimes, une oie 80 centimes, une dinde grasse 50 centimes, un canard 40 centimes, une poule 23 centimes, etc.

INTRODUCTION

xxiij ;

donnerait lien à la création des usines à terre pour la fabrication de l’huile. Une magnifique exploitation est celle des bois de construction et d’ébénisterie , bois de natte et d’acajou, ébène, palissandre , bois de rose, bois de sandal, d’une variété infinie, dont on trouvera plus loin la nomenclature à peu près complète. Pour le fret ordinaire, Madagascar présente des éléments précieux de cargaisons , une grande quantité de résines, l’indigo, dont nous achetons pour 50 millions à> l’étranger, le caoutchouc, qui y a pris une grande extension, et dont on exporte, déjà, pour plus d’un million, la guttapercha, l’un des éléments essentiels de la télégraphie, la cire, l’indigo, la cochenille, le copal, l’opium, douze espèces d’huile, dont celle d’arachide, les épices de toute nature, l’orseille tinctoriale, dont Marseille seule achète pour un million par an et, enfin, le miel vert, le thé, le tabac et le café. Le tabac, à Madagascar, est de qualité supérieure : il y réussit dans tous les terrains ; le café, pour lequel nous payons à l’étranger nn tribut de près de cent millions, y vient aussi bien qn’à la Réunion. Les céréales et racines comestibles y prospèrent au point de composer l’unique aliment de la population. La principale est le riz, dont Madagascar possède jusqu’à onze variétés, entre autres le riz rouge, de qualité supérieure à celui de l’Inde. De ce chef, nous payons à l’étranger trente ou quarante millions par an, dont nous sommes obligés de compter près de la moitié à l’Angleterre et à ses colonies. Les autres céréales sont le maïs, qui vient après le riz, le froment, l’avoine, l’orge de plusieurs espèces, vingt sortes de faséoles, et, de plus, ces admirables racines farineuses propres aux tropiques, le manioc, hase du tapioca, l’arrow-root, l’igname et leurs succédanées, le malanga, le madère. Parmi les fruits, Madagascar les réunit tous, l’ananas, les cocos, les figues, les bananes de tontes les espèces, les grenades, les oranges et les citrons.

INTRODUCTION

La vigne, importée d’Europe et qui y donne deux récoltes par an, y prospère. Les fruits de France y sont acclimatés sans peine. Nous ne voulons pas oublier 1 arbre à pain, ce curieux végétal, haut comme nos marronniers et qui porte sur ses branches de véritables pains de deux livres que la nature, plus que prodigue, semble offrir comme un appât à l’indolence paresseuse des habitants des tropiques (1).

Nous avons parlé déjà des ressources que présente Madagascar à la navigation par les gisements de charbon. Nous avons fait ressortir l’importance de ces gisements et donné l’analyse de ces houilles, d’après M. l’ingénieur Simonin, sous le double rapport du combustible et de l’extraction du gaz. Le même ingénieur y signale « des filons de cuivre sulfuré gris, de cuivre panaché et de cuivre pyriteux, mêlés de cuivre carbonaté vert et bleu et de cuivre hydrosilicaté , qui traversent les divers terrains de File, ainsi que des filons de plomb argentifère très riche en argent et d’une

(1) Il y a aussi à Madagascar de nombreuses sources thermales de composition très variée , les unes salines , les autres sulfureuses, d’autres ferrugineuses ; quelques-unes atteignent le point d’ébullition. La plus connue de ces stations thermales , parce qu’elle avoisine Tamatave , où viennent beaucoup d’Européens qui en ont analysé les eaux, est celle de Marofana. D’après M. le docteur Milhet Fontarabie, cette eau est acidulée-alcaline, riche en sels de soude et de potasse, de nature, ferrugineuse. La température est de 32 à 35 degrés centigrades. On l’emploie avec succès contre les affections du foie et autres maladies. « Autour de ces sources, dit le docteur Lacaze, se voient des traces de sacrifices : des têtes de coq , des pattes de poule , des cornes de bœuf attachées au sommet de morceaux de bois plantés dans le sable. Des bambous remplis de besabèse sont placés à côté, ce sont des ex-voto en mémoire de guérisons sans doute opérées par cette eau. » Ce détail intéressant nous montre que l’humanité est toujours la même dans tous les temps, dans tous les pays. Personne n’ignore que les Romains avaient la coutume de jeter dans la source qui les avait guéris des pièces de monnaie offertes à la divinité du lieu, deus ïoci, et même, parfois, les gobelets qui leur avaient servi, témoin le célèbre gobelet d’argent conservé au musée Kircher, à Rome, et qui porte sur ses contours l’itinéraire du malade de Rome à Cadix, détail précieux qui a permis de compléter, de nos jours, la géographie de la Gaule méridionale.

INTRODUCTION

grande pureté (1). » On verra dans notre livre qu’un de nos officiers de marine y a découvert, à la côte occidentale, des carrières de marbre veiné blanc et jaune, des sources d’asphalte et des résines fossiles rappelant l’ambre gris. Le sol offre encore de vastes dépôts d’étain, de mercure, de salpêtre, d’oxyde de manganèse et des salines, sur les côtes, aussi vastes qu’on peut les souhaiter. On y a trouvé, encore, la plombagine ou fer carburé propre à faire les crayons et les creusets. On y rencontre également, au milieu des basaltes, des pouzzolanes de bonne qualité pouvant fournir d’excellents matériaux pour la construction. On y a découvert, enfin, des sables vitrifiables, ainsi qu’un kaolin très précieux pour y fabriquer la faïence et même la porcelaine. Quant aux grands métaux, il y a longtemps qu’on a constaté la présence à Madagascar de l’or, de l’argent, du cuivre et du fer. Le soin avec lequel le gouvernement local en interdit, sous les peines les plus sévères, l’exploitation et même le signalement démontre que les naturels n’en ignorent point l’existence. Dans le dernier code de lois promulgué en 1868, l’interdiction spéciale s’étend même aux mines de diamants. « Le cristal de roche de Madagascar, dit M. l’ingénieur Simonin, peut lutter pour la transparenee et la limpidité avec le cristal si réputé du Brésil , auquel il a fait longtemps concurrence en France (2). » Il ne faut pas oublier, enfin, qu’à Madagascar les pierres précieuses brillent par leur variété et leur richesse. On y trouve des améthystes, des topazes, des aigues-marines, du jaspe, des opales, des tourmalines, des émeraudes, des grenats, des rubis balais.

Flacourt, si judicieux observateur, a donc eu raison de dire de Madagascar : Cette île est un petit monde .

Ce ne sont pas seulement les Français, naturellement

(1) Les Richesses naturelles de Madagascar ; 1862.

(2) Ibid.

Page 1