‹ Histoire et Litterature IChapitre 7 sur 21 · ET MADAME DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

ET MADAME DE POMPADOUR

Il ne devrait être besoin ni de beaucoup de phrases, ni de grands mots, pour recommander la belle His* toire de Marie-Thérèse à laquelle M. d'Arnelh travaille depuis plus de quinze ans, et si seulement en France nous lisions davantage, ce serait Tavoîr suffisamment louée que d*en avoir nommé Fauteur. Peu d'écrivains ont rendu plus de services à Thisloire politique du xviii* siècle. Non seulement en effet M. d^Aineth, — si nous ajoutons à son Histoire de Marie-Thérèse son Histoire du prince Eugène de Savoie^ — se trouve avoir écrit véritablement les annales de l'Empire depuis 1700 jusqu'en 1780; mais encore il faut compter ces précieuses correspondances, tirées des archives de la maison d'Autriche, dont la publication ne fait pas moins d'honneur à la libéralité

du souverain qui Ta permise que les notes et les éclaircissements qui les accompagnent en font à la sagacité de l'éditeur, à l'étendue de ses informations, et à la sûreté de son érudition. Ce ne sont pas moins d'onze ou douze volumes* de pièces originales et inédites, qui forment la preuve suivie du récit de M. d'Arneth, qui sont comme les épisodes de ses recherches, ses bonnes fortunes d'archiviste, et dont quelques-unes n'intéressent pas plus l'histoire de la politique autrichienne que notre histoire de France et l'histoire même des approches de la révolution. L'ouvrier n'a pas fait défaut à cette riche matière; et, non moins habile à disposer de tant de ressources que patient à les réunir, c'est un monument digne d'elle que M. d'Arneth aura bientôt achevé d*élever à la grande mémoire de Marie- Thérèse, un monument vraiment digne d'une grande souveraine et d'une grande nation.

Il faut avouer que les étrangers ont une autre manière que nous d'écrire leur histoire nationale. On ne les voit pas affecter d'être obstinément rebelles au respect, et, sous un faux semblant d'impartialité, rétifs à l'admiration. Mais surtout ils ne semblent pas croire, — et ils ont raison, — que ce soit déroger à la

1. Marie-Antoinette^ Joseph II et Léopold II, i vol. — Joseph II et Catherine II, 1 vol. — Jospph II et Leopold de Tos" cane, 2 vol. — Marie-Thérèse et Joseph II, 3 vol. — Beaumar^ chais et Sonnenfelsy 1 vol. — Marie-Thérèse et Marie-Antoinette, 1 vol., dont les pièces les plus importantes ont été joinles à la Correspondance de Marie-Thérèse avec le comte de Mercy-Ar^ genteau, 3 vol. Paris, 1873, Firmin Didot.

justice de Thisloire que d*appliquer une autre mesure à ceux qni ont eu charge d'âmes et de peuples, une mesure plus large, plus généreuse qu'à ceux qui n'ont eu qu'eux-mêmes et eux seuls à gouverner dans cette vie. Ils ne cherchent pas d'abord le point faible, ils n'insistent pas sur les petits côtés, ils n'appuient pas sur le ridicule, ils négligent même certains détails qui n'ont en effet rien de commun, ou peu de chose, avec rhistoire. Vous diriez qu'ils se soucient médiocrement de savoir que, si Louis XïV paraissait grand, cela tenait à ses souliers, dont les talons étaient très hauts, bien qu'en réalité il fut d'une taille fort ordinaire. Il leur arrive enfin souvent de compenser les vertus et les vices, les qualités et les défauts, les succès et les revers, et, quand ils racontent l'histoire de Marie- Thérèse ou de Frédéric le Grand, s'ils pèchent par quelque endroit, ce sera plutôt par excès d'admiration ou même d'enthousiasme. En France, nous ne sommes pas même assurés que Louis XIV fut un grand roi. Que dis-je? Quand ils interrogent les cartes, il vient même à quelques-uns, comme ce pauvre Lanfrey, des doutes sur la valeur des combinaisons stratégiques d'un Napoléon. Noire mission dans la littérature historique est de dédorer les idoles.

La plupart de nos historiens se sont montrés sévères pour Marie-Thérèse, sévères jusqu'à l'injustice, et quelques-uns même au delà. J'o erais à peine reproduire les termes dont Michelet veillissant n'a pas craint de se servir dans es derniers volumes de son

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Histoire de France^ pour juger et condamner Timpéralrice*. 11 faut espérer que le livre de M. d'Ainelh aidera l'avenir à rabattre de cet excès de sévérité. Marieriicrèse fut une grande reine, qui voulut et qui sut réunir à tontes les qualités de la femme des qualités viriles d'intelligence et de résolution. Frédéric, mauvais complimenteur s'il en fut, dur aux femmes, cynique en propos comme en actes, mais qui savait juger en roi les choses de la politique et de la guerre, a renau noblement jui^tice àl'impératrice-reine. « Par ses soins, d>t-il dans son Histoire de la guerre de sept ans, le militaire acquit dans ce pays un degré de perfection où il n'était jamais parvenu sous les empereurs de la maison d'Autriche, el une femme exécuta des desseins dignes d'un grand homme, d La souveraine est dans l'histoire de son règne; la femme est tout entière dans cette simple phrase, vulgaire peutêtre, banale au moins sous une autre plume, touchante et profonde sous la sienne : elle écrit à Marie- Antoinette : « Du dauphin, je ne vous dirai rien, vous connaissez ma délicatesse sur ce point : la femme est soumise en tout à son mari, et ne doit avoir aucune occupation que de lui plaire et de faire ses voloiiiés. Le seul vrai bonheur en ce monde est un heureux mariage] j'en puis parler^. » Ces sortes de mots ne s'attendent guère des impératrices ni des reines. Il

1. Voyez pari iciilièrement au tomft X.VI, chap. xvni. ?• Mahc-TlierpKe, sa correspondance avec HilarU-AntoinetU, t. l*', par MiM. d'Araetli et Getfiuy, 6.

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y en a beaucoup d'aussi sincères et vraiment humains dans la correspondance de Marie-Thérèse.

Ce serait trahir M. d'Arneth que de vouloir analyser ses huit volumes en quelques pages ; nous ne l'essaierons donc pas. D'ailleurs il reste encore à Thistorien de ce long règne quatre années à parcourir, et sans doute un ou deux volumes à publier. Mais de ces inépuisables archives, dont il a la direction, M. d'Arneth, entre beaucoup d'autres curiosités, a tiré toute une correspondance, inconnue jusqu'à lui, du chancelier Kaunitz et de la marquise de Pompadour. C'est de quoi faire la lumière sur un petit point obscur de notre propre hisloire, et résoudre le problème des prétendus rapports de l'impératrice Marie- Thérèse avec le c ministre en jupons » de Louis XV.

On lit dans presque toutes nos histoires, dans les plus étendues^ comme dans les abrégés qui servent à renseignement de nos collèges, que la fière, oc l'austère i>, la « pudibonde t» impératrice, pour entraîner le cabinet de Versailles à signer ce fameux traité de 1756 qui donna le signal d'une sorte de changement à vue dans l'histoire de la politique française, en effaçant jusqu'au souvenir d'une inimitié deux fois séculaire entre les maisons de France et d'Autriche, aurait écrit de sa main à madame de Pompadour un billet, devenu célèbre, qui commençait par ces mots : Ma cousine,,, et qui finissait par ceux-ci : Votre

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