‹ Histoire et littérature, Volume 3Chapitre 17 sur 27 · LÀ POÉSIE DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

LÀ POÉSIE DE LAMARTINE

.'e veux parler. Les vers en sont-ils peut-être quelquefois moins beaux? ou les rimes moins riches et moins retentissantes? moins exactes parfois? ou les descriptions plus vagues? Je n'oserais le dire. Mais comme Taccent en est toujours juste! Comme le poète Éf'y émeut lui-même au souvenir de tout ce que ses vers éveillent ou renouvellent en lui ! Comme on sent qu'il n'a p^:s vu seulement, mais vraiment vécu ses impressions, et je ne veux pas dire qu'il improvise, mais qu'il abandonne lui-même et qu'il laisse égarer son chant au hasard de ses rêveries!

vallons paternels ! doux champs ! humble chaumière Aux bords penchants des bois suspendue aux coteaux, Dont l'humble toit, caché sous des touffes de lierre, Ressemble au nid sous les rameaux!

Gazons entrecoupés de ruisseaux et d'ombrages ; Seuil antique où mon père, adOré comme un roi, Comptait ses gras troupeaux rentrant des pâturages, Ouvrei-votts ! ouvrez-vous ! C'est moi.

Je ne sais si quelqu'un en a déjà fait la remarque, mais des circonstances particulières me semblent expliquer ce caractère de la poésie de Lamartine. Si Musset, comme le croyait son excellent homme de frère, eût été ^ nécessairement de la cour > dans le siècle^^cTe Louis XIV, il n'était pas moins né dans un vulgaire appartement parisien de la triste rue des Noyers^ et ses souvenirs d'enfance lui rappelaient si

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peu de chose qu'on n'en trouve seulement pas trace dans ses Poésies. Victor Hugo, fils d'un soldat,

Jeté comme U graine aa gré de l*air qui vole»

tratné de ville en ville dans les bagages de son père, a pu chanter indifféremment ses € Espagnes », ou plus tard la maison de la rue des Feuillantines : il n'a pas eu, lui non plus, de patrie locale, et à peine un foyer domestique. Seul, au contraire, de tous nos grands poètes, mille liens sublils et forts, ces liens de l'habitude, inconsciemment tissés au jour le jour, ont rattaché Lamartine à une terre natale, à une maison paternelle, à des lieux familiers :

Montagnes que voilait le brouillard de Tautomne, Vallons que tapissait le givre du matin, Saules dont l'émondeur effeuillait la couronne. Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,

Murs noircis par les ans, coteaux, senUer rapide, Fontaine où les pasteurs, accroupis tour à tour, Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide. Et, leur urne à la main, s'entretenaient du jour.

Chaumière oêt du foyer étincelait la flamme, Toit que le pèlerin aimait à voir fumer.

Objets inanimés, avez-vous donc une âme Qui s'attache à notre àme et la force d*aimer?

Oui, sans doute, ils en ont une ; et c'est à un grand poète une grande infériorité que de ne Tavoir pas connue ; et c'est celle d'flugo en comparaison de La-

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