‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 1 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

C'était le II mars, et sur Soissons, que l'armée

avait commencé sa retraite. L'Empereur la devança. Il descendit 9 l'archevêché. Là, au milieu de tant d'anxiétés de toute nature, les écartant, il fixa sa pensée tout entière sur celte place. Et d'abord, n'y voulant plus pour gouverneur qu'un officier jeune d'âge, de grade et d'espoir, ce fut à un simple chef de bataillon qu'il la confia. Dès lors, pendant le reste du II et la journée du 12, il s'entoura d'officiers d'artillerie et du génie. On le vit tantôt couché sur ses cartes le compas à la main, tantôt, à pied ou à cheval, examiner et prescrire les travaux à faire : il indiquait leur degré d'urgence, n'oubliant aucun détail. On eût dit qu'il n'avait plus d'autre préoccupation que la défense de cette ville.

BI8T. ET mim. — • T. Tii. 1

Ce fut avec le même calme que, dans la soirée du 12^ seul avec Berthier, il resserra les cadres presque vides de ses divisions. Pourtant un autre travail montra, dans la nuit suivante, à quelle extrémité il se croyait réduit. Il songeait à sa dernière ressource : il se disposait, depuis le 2 mars, à se jeter derrière l'ennemi, au milieu des forteresses et des populations guerrières de nos provinces de TEst L'un de ses officiers les plus déterminés , le général d'artillerie Neigre, fut celui auquel il confia ce projet hardi, conçu quatre mois plus tôt, mais plus vaste alors, moins désespéré, et auquel Eugène et Augereau devaient concourir. Je tiens de Neigre lui-même, qu'à Soissons il écrivit, sous la dictée de Napoléon, aux commandants de nos places fortes, tous les ordres nécessaires pour les préparer à son arrivée au milieu d'elles.

Il comptait, de ce côté, sur une insurrection générale. Déjà même autour de lui nos malheureux paysans, révoltés contre les excès des Alliés, venaient de toutes parts à nos bivouacs, comme à Montereau, demander des armes. Les décrets deFismes les avaient appelés; ils y répondaient. On s'aperçut alors que les menaces de ces proclamations contre des dispositions contraires, n'avaient pas été inspirées .par une aveugle irritation; malheureusement plusieurs trahisons les justifièrent. Une entre autres, bien plus coupable que celle de Troyes, vint, en ce moment, indigner le Quartier Impérial.

Dans les premières heures de cette nuit on s'était aperçu qu'un officier russe, à la tête d'un fort déta-

Page 1