CHAPITRE I. l
chement, cherchait à se glisser au travers de oos avant-postes ; il fut saisi ; on trouva sur lui une lettre infâme; elle était signée d'un riche habitant des environs. Ce Français avertissait le général ennemi le plus voisin, que cinquante soldats Français étaient logés chez lui; il lui indiquait le chemin, le lieu, l'beute la plus favorable pour les surprendre! Le misérable, se voyant découvert, évita en se cachant le sort qu'il méritait; puis, ajoutant à son crime une lâcheté inutile, il envoya prier l'un des nôtres, le colonel C** de Turenne, d'intercéder pour lui près de l'Empereur. On lui fit répondre, avec horreur et 'mépris, de ne se fier qu'à l'obscurité de sa retraite. En même temps, non par intérêt pour ce traître, mais pour adoucir l'amertume de la trahison, Turenne calma l'Empereur en attribuant l'acte peivfide de ce malheureux à un cerveau dérangé, ce qui n'était pas entièrement invraisemblable.
Néanmoins Napoléon s'en était aigri. Le malheur voulut qu'il apprit, en ce moment, que le jeune Saint- Priest, émigré depuis son enfance, et attaché à l'Empereur Alexandre , venait d'être pris par nos afvant-postes. Dans son irritation il en ordonna aussitôt le jugement. Ce fut le même officier, dont Tindignation venait de repousser dans l'ombre où il se cachait l'autre coupable, qui essaya, en faveur de Saînt-Priest , quelques représentations. Elles furent d'abord inutiles. Turenne connaissait trop bien l'Empereur pour croire qu'il voulût une exécution militaire; mais la justice des camps marche vite, et, au
miKeu de tant d'autres soins impérieux, l'exemple de
Troyes aurait pu se renouveler. Il fallait d'ailleurs épargner au malheureux prisonnier le supplice de lattente. La bonne intention de Turenne fut ingénieuse. En insistant il supposa une conversation ré« cente avec un autre prisonnier, le colonel Gagarin, et, feignant une entière indifférence à Fégard de Saint- Priest, il allégua pour motif de son obsession son inquiétude sur le sort d'un ami, d'un aide de camp de Napoléon, du général Corbineau, qu'on pouvait croire alors prisonnier dans Reims. Il affirâia qu'il savait de Gagarin que l'Empereur Alexandre n'hésiterait pas à ordonner de cruelles représailles. Napoléon se tut, demeura pensif, et, dans la nuit même, l'ordre du jugement de Saint-Priest fut révoqué.
Le temps était venu de reporter toute sa pensée vers la Seine. C'était par Château-Thierry que, le lendemain, il voulait marcher au secours de Macdonald. Mais, dans l'instant où il ordonnait ce mouvement, on vint lui confirmer la nouvelle que Reims était ressaisie par un corps Russe, Corbineau perdu, et que désormais la communication entre les deux lignes d'opérations des Alliés était rouverte. Cette nouvelle changea sa détermination. Il ne songea plus dès lors qu'à reprendre Reims.