CHAPITRE IV
tiaves qui de tous côtés rétreignaient : contre le délaissement des siens ; contre le discrédit'dont le frappaient trois années de désastres, la perte de Paris, et surtout ce mot à^ abdication ; enfin, contre les intérêts privés qui se détachaient. de son infortune, s'écria : a Que, puisqu'il fallait renoncer à défendre plus longer temps la France, l'Italie lui offrait, du moins, une <( retraite digne de lui! Il demanda si Ton voulait « l'y suivre encore une fois , et marcher aux Alpes ! » C'était une dernière convulsion de désespoir! Un profond silence y répondit. Lui-même sentit bien que sa détresse venait de laisser échapper de vaines paroles. C'est pourquoi, cédant enfin : « Vous voulez « du repos? leur dit-il; ayez-en donc! Hélas! vous « ignorez combien de chagrins et de dangers vous « attendent! Quelques années de cette paix , que vous « allez payer si cher, en moissonneront un plus grand « nombre d'entre vous, que n'aurait fait la guerre « la plus désespérée ! »
Alors, c'était le 7 avril, vaincu par cette défection si contagieuse, et renonçant à tous, lui-même, en ce moment, s'abandonna! Il reprit une plume et traça cette déclaration , dont il ne tarda pas à se repentir : « Les Puissances Alliées ayant proclamé que « l'Empereur était le seul obstacle au rétablissement « de la paix en Europe , TEmpereur, fidèle à son ser- « ment, déclare qu'il renonce, pour lui et ses en- « fants, aux Trônes de France et d'Italie, et qu'il n'est « aucun sacrifice, même celui de sa vie, qu'il ne « soit prêt à faire aux intérêts de la France ! »
Cette seconde et entière abdication consomma tout!
188 LIVRE ONZI^ÈME.
Aussitôt le Duc de Vicence et les maréchaux repartirent. Le lendemain, 8 avril, tous les corps d'armée et leurs chefs déclarèrent leur soumission au Gouvernement Provisoire !
Dès lors le traité se prépara. L'Empereur Alexandre, satisfait dans sa vengeance, dans sa gloire et dans sa politique , continua ses générosités apparentes ; il en décora habilement son triomphe; il se plût à se montrer le Protecteur de la France, de l'armée et de l'Empereur lui-même : de la France, à laquelle il voulait conserver le juste degré de force qui, sans l'inquiéter lui-même, l'aiderait à contre-balancer l'ambition Anglaise } de l'armée, qui, décimée et désunie, avait cessé de lui faire ombrage; enfm, deinotre Empereur, désarmé, abandonné, et qui, par cette abdication, avouait et confirmait toute sa victoire!
Au milieu du bonheur d'un triomphe aussi complet, quels que soient l'orgueil vindicatif et la politique intéressée qui l'aient inspiré, et quoique ses soins pour dorer la chaîne de son rival abattu ne dussent.éU'e coûteux qu'à la France, il en faut convenir, dans ses formes du moins , il se montra digne de sa fortune. A Macdonald , à ce représentant de notre malheureuse armée, il offrit ses cartes , et le laissa maître d'y tracer, à son gré, la ligne d'armistice. Quand les généraux Alliés voulurent, par d'indignes et puérils subterfuges, altérer cet accord en s'efForçant d'envelopper Fontainebleau de leurs baïonnettes, il les gourmanda , et satisfit la fierté menaçante des réclamations de notre maréchal. Avec Caulaincourt, il régla les honneurs et le sort de tous les membres de