CHAPITRE V
Au milieu de cette négociation il y avait eu un incident remarquable. Alexandre avait tout à coup fait appeler Caulaincourt et les maréchaux. Dans sa contenance tout était changé. Il leur avait reproché amèrement d'avoir abusé de sa confiance, a Napoléon , <c leur avait-il dit, le trompait: il révoquait son ab- « dication , et, profitant de la suspension d'armes, il « venait de disparaître avec une escorte , pour re- « joindre ses autres armées, renouveler la guerre et « la rendre interminable! »
Cette étrange nouvelle, mille bruits divers et Todieose dénonciation de Tun de nos généraux d'avantgarde paraissaient la confirmer. Macdonald la contesta; il'en démontra l'invraisemblance. Néanmoins, et pour rassurer*, il avait fallu qu'un aide de camp Russe, avec l'un des officiers du maréchal , allât, sous
un prétexte plaù»ble ^ s'assurer^ dans Fontainebleau même 9 de la fausseté de cette alerte.
Elle n'avait pourtant pas été dénuée de tout fondement véritable. Dès qu'il avait été affranchi de la présence des maréchaux , le génie de Napoléon se redressant^ -sa fierté s'était révoltée de ces négociations dans le seul intérêt de sa personne. 11 s'était écrié : « Qu'il ne voulait aucun prix pour le sacri- « fice qu'il faisait à sa Patrie! Qu'avait- il besmn d'un « traité , dès qu'on ne traitait point avec lui des in- « térêts de la France? Vaincu , il cédait au sort des « armesJ H refusait seulement de se rendre^ et, pour ce assurer sa liberté, un simple cartel devait suffire! »
Mais c'était surtout le regtet de son entière abdication qui l'avait saisi : il redemandait, à chaque instant, cet acte de sa déchéance et de celle de sa Famille. Plusieurs assurent même que, afin d'y échapper, se décidant à tout , il avait fait tenter le dévouement de sa Garde. On ignore quels moyens furent employés ; ce qui est certain , c'est que, dans la soirée du lo avril, les abords du palais furent soudainement assaillis par des clameurs menaçantes : des groupes de soldats exaspérés l'environnèrent. En même temps une foule d'autres soldats parcourut la ville en tumulte, criant: « Qu'on trahissait leur Empereur! <t qu'on le retenait captif! qu'ils voulaient le voir, et ce qu'on eût à le leur rendre à l'instant même! »
C'étaient surtout des Polonais et des chasseurs à pied de la Vieille Garde. L'effroi saisit les états-majors renfermés dans le château. Plusieurs officiers s'évadèrent. Il y eut un général d'artillerie qui s'en-