CHAPITRE
fuit, et erra toute la nuit dans la foret. Berthier luimême se crut perdu. Cependant d'autres généraux , plus décidés , résistèrent : ils firent fermer et garder toutes les issues. On se servit du nom de l'Empereur contre, lai-méme. Alors, et à regret, les officiers, toujours intéressés à la discipline, intervinrent, et Tordre enfin se rétablit.
Le 1:2 avril, au milieu de cette agonie, Macdonald, Gaulaîncourt et Schouwaloff^ aide de camp de rEmpéreur Alexandre, apportèrent le traité conclu et signé la veille. Ce fut Caulaincourt seul qui le présenta à l'Empereur. Sa dernière abdication du 7 avril en était la base.; elle avait été produite, elle était publiée, et pourtant Napoïéon ne répondit qu'en redemandant encore cet acte écrit de sa main; et qu'avait dû livrer le Duc de Vicence. Quant au traité, il le repoussa, néanmoins, comme les plénipotentiaires et l'aide de camp Russe attendaient, il les fit inviter à sa table, où il ne parut point luimême.
La nuit venait. Silencieux, seul et renfermé dans
ses appartements, il persistait à refuser à ce fatal traité sa signature. Enveloppé , comme il l'était, par larmée Alliée, désarmé et comme emprisonné dans Fontainebleau, sa résistance étonnait ses serviteurs les plus intimes. Us se demandaient quel but avait son* hésitation; à quelle dernière ressource il songeait à en appeler! Et tous, alarmés de son attitude inorne, surveillaient tous ses mouvements avec une anxiété de plus en plus vive. Ils avaient remarqué, depuis quelques jours, qu'un
sombre et secret dessein paraissait le préoccuper. L'un d'eux même, le C* de Turenne, avait cru devoir placer ses pistolets hors de sa portée, et les décharger. Or, quand avec une singulière impatience Napoléon les avait redemandés le lendemain, à son irritation, à ses reproches sur ce qu'il les avait trouvés vides, Turenne vit bien qu'il avait été tenté de s'en servir! Pourtant, soit qu'il se sentit deviné, soit irrésolution, ou plutôt qu'il se crut maître d'une arme plus prompte et plus sûre, il n'avait plus insisté, et cet incident n'avait pas eu d'autres suites.
Depuis, il y eut même plusieurs moments où, paraissant accepter son exil , il affecta une résignation calme et philosophique : il s'occupait , il parlait des détails de son établissement à File d'Elbe, où il comptait être réuni à l'Impératrice et au Roi de Rome. Quant à la mort , il convenait que plusieurs fois il l'avait cherchée sur les champs de bataille, et il cita, • entr 'autres, celui d'Arcis. Mais on l'avait entendu repousser comme indigne de lui la pensée d'un suicide; il dit : a Que se tuer, c'était la mort d'un joueur! ce qu'il était condamné à vivre! que d'ailleurs il « n'y avait que les morts qui ne revenaient pas! » Puis, reprenant ses discussions précédentes à propos de la paix tant de fois offerte à Châtillon et qu'on le plaignait d'avoir repoussée, il persévéra « à nier la « bonne foi du Congrès ; » à soutenir « qu'il n'avait « dû avoir de confiance que dans la victoire ! qu'une « bataille était un coup de foudre qui transformait « tout. » Et il s'était applaudi même encore, « d'a- 'c voir été fidèle à sa déclaration de ne jamais signer