CHAPITRE XIIL 32U
de front le récit sans confusion. U y a toujours une de ces parties qui doit dominer les autres, par laquelle il convient de commencer^ qu'il faut savoir choisir, et conduire , autant qu'il se peut , jusqu a sa fin, sans Tentrecouper d'épisodes qui en distrayent. Les autres parties viennent ensuite ^ mais en résumés succincts, puisqu'elles ont été jugées secondaires. Elles se rattachent alors , 9, leur tour, au premier et au principal récit, lequel sera resté d'autant plus net-tement dans la mémoire qu'il y sera entré tout en** lier, sans distraction , de plein fil , et isolément.
Telle a été, dans mes ceuvres historiques, si vous y avez fait attention, ma méthode habituelle. Ici, pour* tant, un autre motif m'a décidé. Si j'ai choisi ma vie littéraire coiiime le côté dominant de cette partie de mes Mémok*es, c'est que de mes autres souvenirs d'à* l(Nrs, ceux politiques ou militaires sont sans importance, et que ceux de notre intérieur, superflus pour vous qui les connaissez , seraient sans intérêt et sans convenance pour des yeux étrangers à notre famille.
Qu'importent les anciens exemples contraires, ceux de Rousseau, de Marmontel, cl autres, quelle qu'en ait été la renommée ? Nous sonimes si loin de la paisible société du dix-huitième siècle , où les détails de la vie privée des notabilités littéraires pouvaient attirer l'attention - d'un monde d'élite , mais sans affaires sérieuses, sans événements graves , et comparativement inoccupé.
Dans cette société causeuse, et la plus spirituellement aimable qui fut jamais , cercle d'élite , réunion de toutes les supériorités sociales, dominant seule et
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donnant le ton.à.lOMt le reste, tout était clause, tous se connaissaient,. tous se tenaient pap des liens de plaisir, de proteclion.au de parenté; c'était cpmme une grande famille. Les prétentions y étaient limitées; les concurrences rares , et les ambicioxis circc^crites dans lart de plaire et d'amuser. Voilà quelle ^it alors la plus importante affaire, le plus grand:succcs, celui qui menait à tous les autres : -quelques- uqs, aux honneurs^ le plus grand nombre, à la fortune; et plusieurs , à la renommée.
Je ne juge point ici cet ordre de choses, doqt le plus grand inconvénient fut d'amener celui qui lui succéda.
Au milieu d'un monde pareil, avide de distractions, allant au-devant , s'y prêtant avec complaisance, on conçoit, sans peine y l'accueil empressé que devaient obtenir les récits anecdotiques de quelques auteurs, racontant à cette bonne compagnie leuv avènement au milieu d'elle, et tous les détails de son influence sur leur intérieur et sur leurs intérêts privés; tout cela, bien entendu, avec toutes les convenances et tous les attraits d'un style que le goût exquis, les formes séduisantes de ce grand monde, et les charmes de son langage, leur avaient imposé.
Mais, à présent que cette société d'élite a disparu; maintenant qu'elle est remplacée par une foule confuse de gens d'affaires, de rêveurs égalitairçs, de prétendus hommes d'État , la plupart incoAnus les uns des autres, surgissant de partout, et prétendant à tout; aujourd'hui enfin, i8 juin 18489 qu^ tant de révolutionnaires, brisant les bases de l'ordre