CHAPITRE VI
Garde, une de ce$ rencontres de colonnes, assez fréquentes, surtout aux approches des riches cantonnements, où chacun se dispute le passage. En toute autre occasion ces vieux grenadiers eussent, avec raison, refusé de céder le pas à ces jeunes Gardes, mais cette fois s'arrétant avec complaisance : « Pour « aujourd'hui, dirent-ils, laissons-les passer, ce terce rain est bien à eux; ils ont le droit d'y être fiertf, et « de prendre la tête de la colonne ! »
Ainsi, devant Reims comme devant Hanau, la Vieille Garde rendit au troisième de Gardes d'Honneur, le plus glorieux des témoignages! Napoléon, pour cette seconde fois aussi, s'y associa. L'afTection des Gardes pour moi dont je m'honore, et que la mienne pour eux méritait, les avait conduits à me rapporter sur leurs bras dans Reims, à la suite de l'Empereur. J'étais à peine établi dans cette ville, qu'il envoya le Duc de Bassano me demander les noms des Gardes que je jugeais les plus dignes de récompense. Embarrassé du choix, mais enhardi par leur dévouement et par les promesses faites pour les attirer sous les drapeaux, je risquai d'en citer jusqu'à trente-neuf! J'en désignai vingt pour l'Ordre d'Honneur et dixneuf pour le grade d'officier. Une promotion aussi nombreuse, dans un seul corps, était inouïe : je n'espérais pas en obtenir le tiers ; je me trompais, l'Empereur approuva , il accorda tout , et m'en envoya aussitôt riieureuse nouvelle. J'en avais besoin pour ni'aider à supporter les pertes que j'avais faites.
Quant à moi, que déjà récompensait assez une faveur aussi grande, il m'en réservait une autre dans
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le bulletin de cette journée, faveuf qu'il savait m'être la plus sensible. Il s'y plut à citer : a Les Gardes « d'Honneur du troisième, et notamment leur gë- « néral! » Il appela leur effort : « Une charge su- « perbe! » Il dit à la France : « Qu'ils s'étaient cou*- <f verts de gloire! » Et quant aux blessures de leur chef, il daigna, comme à Sommo*Sierra, rassurer nos concitoyens sur leurs suites.
Sommo-Sierra ! Reims! Quel triste rapprochement! Ainsi donc, après tant de conquêtes si lointaine», c'était Reîms qu'il nous avait fallu reconquérir! Aussi me semblait-il qu'entre ces deux charges sanglantes tout un siècle s'était passé, tant les situations étaient différentes; et pourtant, le premier de ces deux combats expliquait l'autre : n'était-ce pas suiv tont à notre invasion en Espagne que nous devions attribuer celle de la France?
Mais, dans d'aussi graves circonstances, c'est assez, c'est trop parler de soi; reprenons l'histoire.
Napoléon , dans Reims , en dépit de divers avis alarmants reçus de Paris, était près de prendre un parti extrême. Il espérait que là singulière inaction, à Laon, de Blùcher, encore étonné et tout ensanglanté, se prolongerait. Supposant, en même temps, que le retentissement du coup porté à Reims, la reprise de Ghâlons par Ney, et sa propre réapparition sur l'Aube qu'il méditait, allaient faire rétrograder Schwartzenberg sur Troyes et Chaumont, il complaît avoir le temps de rallier, vers Vitry, toute son armée. C'eût été, avec tous ses maréchaux et ses renforts accourant de Paris, soixante-dix mille hommes. Dès lors,