CHAPITRE V
jeune Duc d'Orléans (quoique ces griefs fussent taxés d'exagération par Montalivet), m'avaient plus que jamais convaincu que le salut du Trône et du Pays allaient dépendre du résultat de ma seconde tentative. Montalivet fut celui de nous trois qui dormit le mieux ^ soit satisfaction de conscience, soit qualité et tempérament d'homme d'État qu'il faut reconnaître en lui , l'ayant vu pendant les plus fortes crises rester dans seshabitudeSy et demeurer, à la fois, calme et résolu.
Le jour enfin revenu, le i*' mars, plein de mon. sujet et d'arguments fruits de ma nocturne méditation, je retournai, avant neuf heures du matin, chez Périer. Une première chose me plut : sa porte, pour tout autre que pour moi, était close; cela me parut de bon augure. « Eh bien! lui dis-je en arrivant, vous êtes- « vous réveillé, ce matin, patriote plus dévoué qu'hier, « si toutefois le remords a pu vous laisser dormir? » Alors, entrant promptement en matière, je réduisis à quatre objections toutes ses difficultés de la veille :
Il ne voulait pas, après Lafitte, avait-il dit, renouveler en lui le scandale d'un banquier premier ministre ;
Le maréchal Soult, ministre de la guerre, qu'il jugeait indispensable, lui disputerait la Présidence;
Son avènement serait accueilli par une émeute, sans qu'il connût les moyens de la réprimer;
Il ne connaissait que trop les dispositions du Roi et de sa Famille, etc.
Ce texte ainsi établi sans contestation, je lui fis re-i marquer sur la première objection, sa maison de banque, qu'il avait un frère éprouvé , digne de toute sa confiance; que d'ailleurs sa renommée financière se-
rait un précieux avantage, à tous les yeux, dans l'état critique de nos finances.
A regard de l'opposition du maréchal , je convins qu'elle était à craindre ; mais, d'accord avec le ministre de l'Intérieur, je lui donnai un moyen honorable et infaillible de la vaincre.
Quant à l'émeute , d'abord Montalivet n'y croyait point. Dans tous les cas, d'ailleurs, il s'en déclarait responsable, se chargeait de la dompter, et promettait enfin de ne lui remettre le Pouvoir que tout entier et incontesté.
Sur la nécessité et la possibiHté d'un prompt changement de ministère , je lui expliquai pourquoi nous jugions qu'il n'y avait plus un instant à perdre, et comment Montalivet pouvait, par sa démission, choisir le jour de cet événement à sa disposition.
Je résume ici, car je fus moins bref, étstnt cette fois mieux écouté. Déjà même, ne doutant plus de mon succès, je me développais complaisamment sur ce terrain dont je me croyais le maître, quand tout à coup je le sentis manquer sous moi par uni choc si violent, que j'en perdis, un moment, toute espérance. Nous en étions arrivés à la politique suivie jusque-là avec l'Opposition, lorsque le nom seul du Roi, comme Tétincelle sur la mine , produisit une telle explosion , que je me vis rejeté , d'un seul coup , au point où nous en étions resté la veille.
ce Oui! oui! s'écria Pérîer; vous me répondez de <c tout : je n'ai plus qu'à accepter, me voilà ministre! « Mais alors, vous et Montalivet, me répondrez-vous « de tous les faux-fuyants qu'on prendra , de toutes