CHAPITRE VI
Préval , ce qui arrivait rarement, était seul ; autre ; -propos! Aussitôt qu'il m'aperçut : « Savez-vous, me n dit-iF, ce qui se passe? Quelle scène! En entrant ce « matin chez le Maréchal, je l'ai trouvé étendu sans force dans son fauteuil, muet, pâle, tout défait! Je l'ai cru mort. Son orgueil, blessé des prétentions de Péricr à la Présidence, l'avait mis dans cet état! « 11 hésitait , depuis la veille , entre deux partis : celui d'accepter cet abaissement, ou de se jeter dans l'Opposition et d'en être le ministre. Sa femme , pendant toute cette nuit, l'avait supplié de se résigner; mais, surexcité par ***, il avait résisté, et il me faisait appeler pour me demander conseil.
(c Voire temps, lui ai-je dit, n'est point venu ; il vien- « dra , laissez-le faire. La France n'en est pas à la a page de son histoire où son ministre de la guerre , a son guerrier le plus renommé , doit être Président « de son Conseil . Vous n'en êtes pas moins ici l'homme « indispensable , l'homme dont tous les partis ont et a auront toujours besoin. Tous les autres personn nages s'useront : ce sont des hommes de passage. « Vous seul, par votre renommée et votre rang*, leur « survivrez. Placez- vous donc au-dessus de tous , et (c de tous les partis surtout. C'est de cette hauteur « qu'il faut envisager votre position. N'écoutez pas
« * ; vous connaissez son orgueil et sa violence, ces « méchants conseillers l'aveuglent ! Ce général ne voit « pas que, vous retirant aujourd'hui , demain vous ne « serez plus que Maréchal d'un parti , au lieu d'être « resté celui de la France. Hé quoi! lorsque dans « votre main vous tenez toutes les armes du Royaume,
« VOUS VOUS réduiriez vous-même à n'être plus que « larme d'une faction , l'instrument d'insensés ulo- « pistes qui, dans leur aveuglement , n'aperçoivent pas ce à leurs pieds l'abime de boue et de sang où ils nous ce entraînent! Est-ce à vous, grand propriétaire , Ma- « réchal, Duc, homme de Commandement et d'Aulou rite , à vous mettre aux ordres de ces révoluliontf naires ? Que respectent-ils? Ne jetez pas à leur merci « votre illustration, votre tête blanchie , votre maia « victorieuse!... »
Ici Pré val, après celte chaleureuse inspiration, où chacun reconnaîtra son langage ardent et ses formes sentencieuses , s'était arrêté , voyant , m'a-t-il dit , la Maréchale et sa fille fondre en larmes, et le Maréchal, tout ému lui-même, lui tendre la oiaîn, et de l'autre s'essuyer les yeux.
Son parti était pris. Préval me confia que , dans le Conseil convoqué ce jour-là même, le Maréchal se résignerait. Mais, ajoula-t-il , vous comprenez combien il importe que Périer en soit prévenu , et qu'il n'y a pas un instant à perdre ; sans quoi, avec la répugnance qu'oi\ emporte d'ici, une délibération trop vive ou mal conduite gâterait tout!
Je n'hésitai point; mais déjà Périer était au Palais- Royal. Je décidai son frère Joseph à s'y rendre surle-champ. Un billet, qu'il lui ferait passer au Conseil, devait l'avertir que la place était rendue, et que les noms de Jourdan ou de Clausel , mis en avant avec tous les ménagements convenables, décideraient de la résistance du Maréchal. Ce fut justement ce qui arriva.
Le hasard seul , comme on Ta vu , m'avait mis et