CHAPITRE X
Mon embarras vaincu, tout entier à ce cri d'indignation, à peine entendis-je les acclamations de la plus grande partie de l'Assemblée. Aussi, quelle fut mon émotion quand, descendu de la tribune , je me vis entouré des félicitations de mes collègues , quand notre Président lui-même vint me dire que, dès mon
début , je venais de me marquer une place honorable dans notre Chambre !
La séance y pendant un quart d'heure , fut suspendue.
Mais de ces éloges j les plus touchants pour moi furent ceux du savant et éloquent Mousnier et du vieux et respectable Siméon , qui, tous deux me remerciant de leurs voix émues, de leuVsyeux baignés de larmes, et de leurs mains pressant les miennes, s' ('crièrent : « Ah ! pourquoi votre illustre père, que « nous aimions tant , n'était-il plus là pour vous en- « Rendre? »
On alla bientôt aux voix; nous l'emportâmes; j'en eus l'honneur et quelques inconvénients. Ainsi, par exemple, pendant qu'on dépouillait le scrutin, le Grand Référendaire, prévoyant le résultat, vint me dire : « Monsieur, vous vous en laverez les mains! » A quoi je répliquai que , les trouvant fort propres, je laissais ce soin à ceux qui pourraient croire en avoir besoin. Le soir encore, à la Cour où j'avais été invité, deux Députés me cherchèrent querelle avec tant de violence, que je restai brouillé avec l'un d'eux dont j'étais parent. Le Roi aussi m'évita avec humeur, et sa Sœur, quand je la saluai , détourqa brusquement la tète.
Il est vrai que, en ce moment même, par compensation , Casimir Périer, tout Président du Conseil qu'il était, ne put s'einpêcher de me témoigner, par un geste expressif, son approbation tacite. Il est également vrai que le lendemain , à l'Académie Française, quand j'entrai à la séance, mes confrères. Cousin, \illemain, Cuvier, etc., me félicitèrent à leur tour,